Suite Marquée

389 Words
Elle apprenait déjà. Aylia trouva un repli naturel entre deux rochers, suffisamment large pour s’y asseoir. Elle posa son sac, but quelques gorgées d’eau, laissa ses muscles se détendre. La fatigue s’abattit sur elle d’un coup, lourde, insistante. Elle sortit la pierre lisse de son sac. Ce petit objet inutile qu’elle avait emporté sans réfléchir. Elle la fit rouler entre ses doigts, sentant sa surface familière. Ce contact simple l’ancrait plus que tout le reste. Elle ferma les yeux. Les images revinrent, malgré elle. La pierre centrale. La voix de Kaël. Le mot rejet. Elle laissa la douleur passer cette fois. Ne la repoussa pas. Ne l’embrassa pas non plus. Elle la traversa. Quand elle rouvrit les yeux, la lumière avait changé. Sur une crête lointaine, une silhouette se dessinait, immobile. Trop droite pour être un arbre. Trop large pour être un hasard. Kaël. Ou peut-être pas. Aylia resta figée une seconde. Son cœur réagit avant sa raison. Pas de manque. Pas d’espoir. Une habitude ancienne qui refusait encore de mourir. Puis elle comprit que cela n’avait plus d’importance. S’il la regardait, il regardait quelque chose qu’il ne possédait plus. S’il ne la regardait pas, cela confirmait simplement ce qu’elle savait déjà. Aylia détourna le regard. Ce geste lui coûta plus qu’elle ne l’aurait cru. Mais une fois fait, quelque chose se calma en elle. Une tension ancienne céda, laissant derrière elle une clarté froide. Elle reprit sa marche. Plus tard, quand la faim se fit sentir, elle s’arrêta près d’un ruisseau. Elle observa les traces, calcula, attendit. La chasse ne fut pas élégante. Elle fut efficace. Quand elle mangea enfin, lentement, méthodiquement, elle ressentit un soulagement brut, presque animal. À la tombée de la nuit, Aylia trouva refuge dans un arbre creux. Elle s’y glissa, posa son sac contre elle, la tête appuyée sur le bois rugueux. La lune monta dans le ciel. Elle la regarda longtemps. Pas avec rancœur. Pas avec supplication. « Tu m’as vue, » murmura-t-elle. « Maintenant, laisse-moi devenir autre chose. » Le vent fit frémir les feuilles comme une réponse imparfaite. Aylia ferma les yeux. Cette nuit-là, elle dormit peu. Chaque bruit la tirait à la surface. Mais sous cette vigilance nouvelle, quelque chose se construisait lentement. Une certitude. La meute l’avait marquée pour l’effacer. Elle venait de se marquer elle-même pour survivre.
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