Suite Les chasseurs reviennent

616 Words
Une lame qui n’avait pas besoin de briller pour couper. Raphaël se baissa, fouilla rapidement l’un des corps, puis ramassa une cartouche tombée près de la cabane. Il l’observa un instant. Et Aylia comprit qu’il cherchait une information. Pas une victoire. Il revint vers la cabane. Avant même qu’il n’ouvre la porte, Aylia se recula. Elle sentit la honte la brûler. Elle était restée ici, immobile, alors qu’une partie d’elle voulait tout massacrer. La porte s’ouvrit. Raphaël entra, referma derrière lui et verrouilla sans bruit. Il posa la cartouche sur la table. Une marque gravée dessus. Un signe. Aylia vit son regard se durcir. Pas de peur. De reconnaissance. Il murmura : — Ils viennent plus loin que je pensais. Aylia s’assit lentement, les jambes soudain trop faibles. Le feu, réduit, projetait une lumière instable sur le bois. Elle releva la tête vers lui. — Ils vont revenir, dit-elle. — Oui, répondit-il. Mais pas ce soir. Il observa sa plaie d’un regard rapide, comme s’il calculait déjà l’après. Aylia sentit sa gorge se serrer. Une question, simple, humaine, remonta. Elle la posa d’une voix rauque : — Tu fais que me soigner… tu me protèges… tu risques ta peau pour moi… et je ne connais même pas ton prénom. Le silence retomba. Raphaël la fixa longuement, comme si le mot “prénom” appartenait à une vie qu’il n’utilisait plus depuis longtemps. Il détourna les yeux vers la fenêtre. — Les noms attirent, dit-il doucement. Aylia ne baissa pas le regard. — Moi j’ai besoin de savoir, insista-t-elle. Pas pour te dominer. Pas pour te posséder. Juste… pour ne pas te considérer comme une ombre. Cette fois, il ne répondit pas immédiatement. Il sembla hésiter, non par peur, mais par mémoire. Puis il dit : — Raphaël. Le prénom resta suspendu dans l’air, comme si la cabane venait de changer de forme autour de lui. Aylia répéta mentalement. Raphaël. Ce n’était pas un nom de forêt. C’était un nom de lignée. De sang noble. De destin cassé. Elle le regarda autrement. — Raphaël…, souffla-t-elle. Il ne répondit pas. Il s’assit près du feu, comme si prononcer son propre prénom lui avait coûté plus qu’un combat. Aylia fixa la cartouche sur la table. Puis elle murmura : — Les chasseurs m’ont tiré dessus parce qu’ils ont senti que j’étais différente. Raphaël ne la contredit pas. — Oui. — Et si Kaël apprend… Le nom fit vibrer l’air encore une fois. Raphaël releva lentement la tête. Son regard accrocha celui d’Aylia. Il n’y avait pas de rage dans ses yeux. Il y avait quelque chose de pire : Une certitude longue. — Il apprendra, dit-il. Tout finit toujours par revenir au centre. Aylia inspira. Ses doigts serrèrent le plaid. — Je ne veux plus être faible, murmura-t-elle. Raphaël la fixa. Puis il dit, très calmement : — Alors guéris. Et apprends. Il se leva et se dirigea vers la porte. Avant de sortir à nouveau, il ajouta : — Et surtout… ne laisse pas la vengeance te rendre aveugle. Kaël n’est pas le seul danger. Aylia frissonna. — Qui d’autre ? Raphaël ouvrit la porte, la lumière noire de la forêt entrant comme une marée. — Ceux qui tirent dans l’ombre, dit-il. Ceux qui n’ont pas besoin de trône pour tuer. Il sortit. La porte se referma. Aylia resta là, le cœur battant. Elle regarda encore la cartouche. Puis elle posa la main sur sa plaie. Et pour la première fois depuis le rejet, une idée s’installa en elle sans trembler : Elle n’allait pas seulement survivre. Elle allait devenir. Et quand elle reviendrait vers Kaël… ce ne serait pas pour demander justice. Ce serait pour la prendre.
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