J’avais envoyé plusieurs sms à Marième pour la rassurer mais c’était le silence total. Je lui avais même téléphoné, mais rien. Cela me rendait dingue. Il n’y a pas pire que le silence ! L’indifférence et le silence font plus mal que les mots.
J’étais rentré chez moi bredouille et inquiet. J’étais face à une impasse. Je ne savais plus quoi faire.
C’était une des périodes les plus sombres de ma vie, je vous assure. Je faisais tout pour ne pas perdre pieds.
Je payai ma facture au restaurant avant de m’en aller. J’allumai la voiture de ma cousine et me rendit chez elle. Je mis pratiquement une heure avant d’arriver à cause des bouchons. Ce fut infernal. Quand j’arrivai, Coumba et son mari étaient assis au salon et discutaient tranquillement. Elle se leva pour m’accueillir dès qu’elle me vit entrer :
COUMBA : Alors cousin, ça été j’espère ?
MOI : Oui, ça va.
Je regardai son mari et lui dit :
MOI : J’espère qu’il y a du mieux ?
LE MARI DE COUMBA : Oui. J’ai dit à Coumba qu’elle ne sera pas veuve malheureusement LOL.
Nous nous mirent tous à rire. Je restai un peu avec eux avant d’aller dans ma chambre et prendre une bonne douche. J’enfilai une tenue confortable et adaptée au climat. Je ne voulais même plus lire la suite de la lettre. Ma mère était morte et ne méritait pas que je lui en veuille encore mais cette lettre ne faisait qu’encore plus me conforter dans mes choix antérieurs. Elle avait écrit cette lettre pour que je lui pardonne, mais les quelques lignes que j’avais lues, avait réveillé la haine et la rancœur qui sommeillaient au fond de moi.
Il fallait que je vois Oumar. Cela faisait un moment. Je recherchai son numéro puis lui téléphona sur w******p. C’était un père de famille maintenant. Il avait eu la chance d’épouser la femme qu’il avait choisie et non celle qu’on lui avait imposée :
OUMAR : Mon bro.
MOI : Hey man, ça va ?
OUMAR: On est là, on gère quoi.
MOI : Je t’appelle pour te dire que je suis à Dakar depuis hier. Je ne sais pas si tu es au courant, mais ma mère est décédée.
OUMAR : Non ! je n’étais pas au courant. Toutes mes condoléances mon frère. Que la terre lui soit légère ! J’espère que tu tiens le coup ?
MOI : Oui ça va dans l’ensemble. Il faut qu’on se voit. Dis-moi quand tu seras dispo ok ?
OUMAR : Viens passer la journée demain, ce sera l’occasion pour toi de rencontrer madame et les enfants.
MOI : Avec plaisir. Merci mon frère.
OUMAR : On est ensemble. A demain !
MOI : Inshallah.
Je suis super content à l’idée de savoir que je verrai mon meilleur ami demain. J’ai tant de choses à partager avec lui et j’ai également des questions à lui poser.
Coumba frappa à la porte de ma chambre afin de me dire de venir diner. Je déclinai poliment. Je n’avais plus d’appétit.
Si je pouvais, j’aurai partagé le début de la lettre avec Marième afin qu’elle sache que ma naïveté avait été ma seule faute.
Je partage avec vous une citation d’André Maurois que j’adore : « Si belle qu’ait été une vie, il y a toujours un immense écart entre l’existence qu’avait rêvée l’adolescent et celle qu’a connue l’homme ».
Malgré toutes mes frustrations et déceptions, j'avais quand même réussi à dormir. Je pense que la fatigue du voyage y était pour beaucoup.
Cette fois-ci, je ne fus pas réveillé par mon terrible neveu. Je sortis de ma chambre après avoir pris une bonne douche afin de saluer ma cousine et son mari et de prendre ensuite mon PDJ. Je voulais sortir tôt afin de passer à la pâtisserie prendre un gâteau pour le dessert. Mon beau-frère était déjà allé travailler. Coumba elle, était visiblement à la bourre :
COUMBA : Ah super. J'espère que tu as bien dormi. Je suis pratiquement en retard. Tout est sur la table donc sers-toi. Que veux-tu pour ton déjeuner ?
MOI : Oui, j'ai bien dormi merci. Parfait. Par contre, mon meilleur ami m'a invité à déjeuner.
COUMBA : Oh dommage pour la voiture. Je vais bosser et je dois déposer mon petit monstre à la crèche avant.
MOI : Ne t'en fait pas, je prendrai le taxi. Tu en as déjà assez fait.
Elle sortit un morceau de papier et y griffonna son numéro de téléphone.
COUMBA : N'hésites pas à m'appeler au besoin. Voici mon numéro.
MOI : Je n'y manquerai pas. merci.
COUMBA : Bon on est parti. Soda ?
Soda, la femme de ménage vint répondre en trainant les pieds, l'air agacé :
SODA : Oui ?
COUMBA : Mon cousin ne déjeune pas ici donc voici 1500 F pour t'acheter à manger. Je compte sur toi pour que le diner soit servi à temps.
SODA : Ok madame.
Elle prit l'argent et s'en alla le visage renfrogné. Coumba roule des yeux avant de me dire :
COUMBA : Je ne les comprendrai jamais ! Elles veulent de l'argent mais ne veulent pas lever le petit doigt pour l'obtenir. A chaque fois qu'elle sait que je dois aller au boulot, elle tire la tronche ; Tout ça parce que quand je suis à la maison, c'est moi qui cuisine. C'est du jamais vu. J'ai un job et je suis payée pour. J'y tiens et je le respecte elle doit en faire de même avec le sien. Elle est nourrie, logée et blanchie alors que moi mon employeur ne me fournit pas de toit. Bon je file !
Elle prit son fils par la main puis s'en alla. J'avais préféré ne rien dire étant donné que c'est plutôt le genre de discussion orientée femme lol. Ce n'était pas un domaine que je maitrisais. Par contre, on voyait nettement que Soda n'était pas du tout contente. Elle ne m'avait même pas dit bonjour contrairement aux autres jours ; Je me demande si ce n'est pas ma présence qui la froisse autant. Après tout, peut-être qu'elle avait pris goût à rester toute seule ici. Peut-être même qu'elle faisait entrer son petit-ami ici en l'absence de tout le monde, qui sait ?
Il y avait quelque chose que je n'aimais pas chez elle. Je ne sais pas pourquoi. Elle m'a l'air de jouer un double jeu. Je ne la sens pas en tout cas.
Après avoir bu une petite tasse de café, je retournai dans ma chambre me préparer. Je détestais arriver chez les gens pile poile à l'heure du déjeuner. C'était un peu comme si je n'y allais que pour manger or, il s'y rajoute le fait que j'aille rendre visite à un ami de longue date.
Je sortis prendre un taxi, en lui expliquant mon itinéraire. Comme mentionné plus haut, je devais d'abord me rendre à la pâtisserie ; Il doit donc m'attendre le temps de récupérer le gâteau avant de m'emmener chez Oumar. Après une longue négociation, nous finîmes par tomber d'accord.
C'est fou ce que les prix des taxis sont exorbitants au Sénégal. C'est abusé, surtout quand tu dois faire plusieurs courses. Une fois le dessert acheté, je téléphonai à Oumar pour lui passer le taximan afin qu'il lui explique l'endroit exact où il loge. Nous arrivâmes trente minutes plus tard à destination. Je sonnai et j'attendis. C'est Oumar lui-même qui vint ouvrir.
OUMAR : Oh bro. Ça fait trop plaisir. Monsieur laisse pousser sa barbe maintenant ? HAHAH. Entre stp, fais comme chez toi.
MOI : Le plaisir est partagé. On ne s'est pas revu depuis la fois où tu m'as déposé à l'aéroport.
OUMAR : ça remonte à loin ça.
Je m'assis confortablement à côté de mon pote :
OUMAR : Encore une fois, mes condoléances pour ta mère. Qu'Allah(SWT) l'accueille dans son Paradis céleste. Sinon toi, comment vas-tu ?
MOI : Amine. C'est à toi que je dois demander comment est-ce que tu vas ? Monsieur est marié et papa maintenant. Raconte.
OUMAR : Tu as vu non ? J'ai rencontré ma femme peu après ton départ. Et si je te dis comment tu vas te marrer.
MOI : Tu es toujours aussi farfelu quoi. Comment l'as-tu rencontrée ?
OUMAR : Sur w******p mon pote.
MOI : w******p ?
OUMAR : Oui. Une amie m'a un jour rajouté dans un groupe sur w******p pour annoncer son mariage. Elle avait préféré créer un seul et même groupe afin d'annoncer la bonne nouvelle à ses amis. Ma femme avait enregistré un message vocal que j'ai écouté et j'ai flashé sur sa voix. J'ai ensuite enregistré son numéro pour voir à quoi elle ressemblait et je l'ai trouvé assez mignonne. Je l'ai donc texté et tout pour lui dire que j'aimerai bien faire sa connaissance. Au début, elle faisait son intéressante puis après elle a commencé à baisser sa garde petit à petit. Un mois après, je l'ai invité à prendre un verre et je lui ai fait la cour.
MOI : Tu ne changeras jamais HAHAHAHA !
OUMAR : Ah mais je ne le regrette pas hein. aujourd'hui elle partage ma vie et m'a offert le plus beau des cadeaux : notre princesse.
MOI : Je suis heureux de te voir entre de bonnes mains et aussi épanoui.
OUMAR : Mais de toi à moi, le célibat me manque hein ! Ma femme me marque à la culotte boy !
MOI : C'est exactement ce qu'il te fallait. Dès qu'elle te lâche, tu vas faire une bêtise. Je te connais vieux.
OUMAR : Oui ça c'est vrai. Mais bon, je suis un polygame alors même si ce n'est pas pour maintenant tôt ou tard, j'en épouserai une autre même si elle refuse de l'entendre.
MOI : Man et Sokhna ? elle m'en veut toujours ?
OUMAR : Ah bro tu connais les femmes non ? Elles sont rancunières.
MOI : Qu'est-ce qu'elle devient sinon ?
OUMAR : Elle est là. Toujours aussi têtue. Cela fait un petit moment qu'elle fréquente un homme marié mais ce dernier n'est pas encore prêt à l'épouser. Au lieu de lâcher l'affaire, elle s'accroche encore plus. Elle a tellement de prétendants mais elle n'a de yeux que pour ce gars !
MOI : Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Dis-moi, as-tu des nouvelles de Marième ?
OUMAR : Ne me dis pas que tu es toujours amoureux d'elle ?
MOI : Je pensais l'avoir oubliée mais le fait d'être revenu à Dakar, m'a fait comprendre que ce n'était pas le cas. J'essayais juste de me convaincre du contraire, de refouler ce que je ressentais vraiment.
OUMAR : Ce que je vais te dire va t'aider à l'oublier dans ce cas. Je sais qu'elle a énormément souffert à cause de toi, même si je sais que c'était indépendant de ta volonté. Marième s'est mariée l'année dernière.
Mon sang ne fit qu'un tour.
Cette femme avec qui je rêvais de partager ma vie appartient désormais à un autre homme. Elle dort et se lève chaque jour à ses côtés. Elle l'embrasse et ils font l'amour. Cette homme lui a pris sa virginité. Tout ça à cause de la cupidité de ma mère. J'aurai dû être celui avec qui elle allait passer le restant de ses jours...
OUMAR : Hey, tu es là ?
MOI : Tu connais son mari ?
OUMAR : Non, mais j'étais au mariage. Il a l'air d'un gars bien.
MOI : Comment a -t-elle pu me faire ça ?
OUMAR : Te faire quoi ? Ou tu as oublié que tu t'étais également marié alors qu'elle gardait espoir d'être ta femme ?
Ne me jugez pas ! j'attendais le bon moment pour parler de ce maudit mariage. Je ne sais pas si c'était dû à la pression ou au maraboutage, mais j'avais fini par céder en acceptant d'épouser Sophie. Marième et moi ne cessions de nous disputer. J'essayai sans cesse de calmer le jeu, mais ça empirait de jour en jour. Elle a fini par me plaquer en disant que c'était mieux ainsi. Le motif était qu'elle ne pouvait pas épouser un homme alors que sa mère et sa famille entière ne veulent pas de cette union :
MARIEME : Quand ta belle-mère est contre toi, c'est que ton ménage ne durera pas. Les mamans ont énormément d'influence sur leurs enfants quoique l'on dise ; surtout chez les hommes. Beaucoup de ménages se sont brisés à cause de la méchanceté et la jalousie de la belle-mère. Je ne veux pas vivre cela.
J'avais beau essayé de la convaincre, mais c'était quasi impossible. Elle ne voulait rien entendre et c'était comme si elle me reprochait le fait que ma mère ne veuille pas de cette union. En étais-je fautif ?
J'avais convoqué pleins de réunions avec divers oncles et tantes ; au début, ils étaient pratiquement tous de mon côté, mais une fois devant mère, ils changeaient radicalement d'opinion.
Après des mois de batailles incessantes avec ma mère et compagnie, j'ai fini par céder aux caprices de cette dernière en m'efforçant d'épouser Sophie.
Ma mère commençait petit à petit à m'adresser la parole. Nous avions enfin fixé une date. Vous auriez dû voir la tête d'enterrement que je faisais. Je n'avais pas arrêté de penser à Marième et de me dire que c'était elle qui aurait dû être à la place de Sophie. J'avais pris le soin de lui envoyer un message pour lui dire que je me mariais. Pas de réponse de sa part. Je sais que c'était un peu gauche de le lui avoir annoncer mais je ne voulais pas qu'elle l'apprenne par quelqu'un d'autre.
Sokhna ne manqua pas de me téléphoner et c'est d'ailleurs depuis ce jour qu'elle ne m'adresse plus la parole. Je la comprends. J'ai blessé son amie et elle se sent coupable étant donné que c'est grâce à elle que j'ai connue Marième. Elle m'avait traité de tous les noms de singe. Cette petite sœur qui m'avait toujours voué respect et admiration me haïssait plus que tout.
Sophie quant à elle, était plus qu'heureuse. Une fois le mariage scellé, elle a débarqué chez moi, vêtue de blanc et m'a volé un bisou en me disant qu'elle avait rêvé de ce jour toute sa vie. Ce qui fut le plus dur, c'est le moment où j'étais censé faire semblant de sourire pour notre séance de photographies. Le photographe professionnel ne cessait de m'exiger de montrer mes dents. J'avais tellement hâte d'en finir !
Ma mère et tata Oumou étaient aux anges. Elles se tenaient la main partout où elles allaient. C'était un peu comme si elles venaient d'obtenir leurs diplômes.
Personne n'avait l'air de vraiment se soucier de mon ressenti à part Oumar. Il savait que je souffrais mais encore que j'en voulais terriblement à celle qui m'avait mise au monde...
Je me demande ce que vous auriez fait si vous étiez à ma place ? Epouser Marième envers et contre tous ou épouser Sophie ?
Je voulais que les problèmes cessent. Je voulais retrouver le calme et la sérénité d'auparavant.
Avant que vous ne me blâmiez, je tiens à préciser que le soir de notre nuit nuptiale, il ne s'est rien passé. Ni après d'ailleurs. Je n'ai jamais voulu entretenir de rapports sexuels avec elle.
C'était d'ailleurs l'un de nos plus fréquents sujets de discorde. Elle avait tout essayé pour que je sois attirée par elle, mais rien. Je la considérais toujours comme ma petite sœur. Je pense qu'elle ne savait plus quoi faire face à cela. Au début elle le cachait à sa mère puis elle avait fini par tout lui révéler.
Et c'est là que tout bascula à nouveau. Tata Oumou avait débarqué toute énervée à la maison. Elle dit à ma mère qu'étant donné que je ne veux pas avoir de rapports sexuels avec sa fille que je lui accorde tout bonnement le divorce. Ma mère essaya de calmer sa meilleure amie. Elle voulait lui faire entendre raison mais tata Oumou se sentait humiliée :
TATA OUMOU : Ma fille est une vraie femme. Si ton fils ne veut pas d'elle, il n'a qu'à lui accorder le divorce. Etant donné qu'ils n'ont jamais fait l'amour, elle n'aura aucun mal à trouver quelqu'un d'autre. Je ne sais pas comment il peut dormir chaque jour avec sa femme et ne pas la toucher. Je commence sincèrement à douter de sa virilité.
MAMAN : Non ma chérie, laisse-moi régler ça stp. Il est hors de question qu'ils divorcent.
TATA OUMOU : Ma fille n'est pas un meuble que ce soit bien clair. Sur ce, je l'emmène chez moi jusqu'à nouvel ordre !
Sophie ne voulait pas partir, mais sa mère ne lui avait pas laissé le choix. Une fois le boucan terminé, ma mère les raccompagna avant de venir m'attaquer :
MAMAN : Ecoutes-moi attentivement car je ne me répéterai pas ! Tu as intérêt à traiter Sophie comme l'épouse qu'elle est. Je n'ai pas mis un homosexuel au monde ! C'est la première fois que je vois Oumou comme ça et tu en es l'unique responsable.
MOI : Je te voue respect mais je ne permettrai pas que tu me traites d'homosexuel !
MAMAN : Je te considérerais comme tel jusqu'à ce que tu nous prouves que tu as des couilles !
MOI : Je ne ferai pas l'amour avec Sophie. Tu ne m'as pas laissé le choix pour le mariage, certes mais il est hors de question que je fasse un enfant à une femme que je n'aime pas.
Elle me gifla puis s'en alla.
Quand je pense à nos rapports auparavant, je fonds littéralement en larme. J'étais beaucoup plus proche de papa de son vivant, mais après sa mort, j'ai voulu être là pour maman. Je ne voulais pas qu'elle se sente seule. Nous nous sommes rapprochés et soutenus. C'était un peu comme si je venais de la connaitre. J'ai appris à l'aimer de nouveau et à tout partager avec elle. Nous n'avions pas de tabou.
Aujourd'hui elle agissait comme si j'étais un inconnu pour elle. C'était comme si elle n'avait plus de cœur. Elle m'imposait ce qu'elle voulait et décidait de ne plus m'adresser la parole à chaque fois que je désobéissais.
Ma mère me traitait comme sa marionnette, son pion ou même sa chose :
« La mauvaise mère, la mère maladroite ou injuste, est pour l'enfant la plus tragique initiatrice », André Maurois.