Chapitre 1 - Le sacre des roses

1413 Words
Le palais d'Orynthia, ce soir, est un immense poumon de pierre qui expire une chaleur dorée. L’air est saturé, presque sirupeux, chargé de l’odeur des roses anciennes qui grimpent à l’assaut des balcons. C’est un parfum qui a le goût de la victoire et de la certitude, une fragrance si dense qu’elle semble tapisser ma gorge de velours. Alistair me tire par la main. Ses doigts entrelacés aux miens sont une promesse électrique. À chaque pas pressé dans les couloirs déserts, le frottement de nos paumes émet un battement sourd, un rythme qui résonne jusque dans ma poitrine. Le son de mes pas sur le marbre a la résonance du cristal, clair et exalté. Il s'arrête brusquement dans l'ombre d'une alcôve, loin de l'œil des gardes, et son b****r me vole mon souffle avant même que j'aie pu le formuler. Ses lèvres ont le goût de l’été et de l’impudence. C’est une décharge de lumière pure qui traverse mon obscurité de roturière. Je ris contre sa bouche, et mon rire a la texture d'une soie légère qui s'envole. « Viens, » murmure-t-il. Son ton de voix a le goût du nectar sauvage, une douceur qui m'étourdit et fait vaciller mes barrières. Je le suis, aveugle, ivre de cette sensation d'appartenance. Les couloirs que nous traversons sentent l'histoire et le bois ciré, mais pour moi, ils ne sont que le décor d'une scène dont je suis l'héroïne. Je ne vois pas les ombres qui s'étirent, je ne sens pas le froid des armures de métal qui nous observent. Je ne perçois que la chaleur irradiante d'Alistair, ce soleil personnel qui m'attire inexorablement dans son orbite. Nous arrivons devant une double porte sculptée. Ici, l’air change. Il ne sent plus le passage des domestiques ou la poussière des archives ; il sent l'intimité sacrée, un mélange de cèdre noble et de ce parfum de rose qui semble émaner de sa peau même. Alistair pose la main sur la poignée de bronze. Je sens son excitation, une vibration qui traverse l'air comme un orage imminent, magnifique et terrifiant à la fois. Ma naïveté est une couverture chaude dans laquelle je m'enroule : je suis persuadée que ces murs sont les remparts de notre futur, et non les parois d'une cage. Il me fait entrer d'un geste protecteur. La chambre est immense, baignée dans le bleu profond du crépuscule. Je fais un pas à l'intérieur, mes sens aux aguets, savourant le silence qui a la douceur d'une plume de cygne. Puis, le bruit survient. Sec. Définitif. La porte se referme derrière nous, verrouillant le reste du monde à l'extérieur. Le déclic du loquet résonne comme une note finale, parfaite et isolée, nous laissant seuls dans notre bulle de lumière. Le dos contre le bois massif de la porte, je sens la vibration du verrou encore frais sous mes omoplates. Alistair ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle. Il se presse contre moi, une masse de chaleur et de muscle qui réduit l’espace entre nous à un souvenir. Ses mains encadrent mon visage, et ses pouces caressent mes pommettes avec une urgence qui a le goût de la faim. Son b****r s'abat sur moi. Ce n'est plus la caresse volée du couloir. C’est un b****r qui a la texture d'un orage d'été : v*****t, électrique, inévitable. Sa langue est un éclair de soie qui met le feu à mes pensées, et je m'accroche à ses épaules comme si la terre venait de se dérober sous mes pieds. À travers le tissu de sa veste, je sens ses muscles se tendre, une force de marbre chaud qui m'emprisonne avec une dévotion effrayante. L'odeur des roses, ici, est plus sombre, plus intime. Elle se mêle à l’arôme boisé de son uniforme et à quelque chose de plus sauvage, de plus primitif. Mes sens s’affolent ; le monde devient un kaléidoscope de sensations floues. Le contact de ses lèvres est une musique qui bat au rythme de mon propre sang. Boum. Clap. Il s'interrompt un instant, juste assez pour que nos fronts se touchent. Son souffle court brûle ma peau, une caresse de vapeur qui me donne le vertige. Ses yeux, d'un bleu d'azur saturé par la pénombre, plongent dans les miens. Je perçois sa tension, une note grave et vibrante qui résonne dans tout son être, comme une corde de violoncelle trop tendue. « Max, » murmure-t-il. Sa voix est descendue d'un octave. Elle n'a plus le velours du prince, elle a la rugosité de l'homme. Elle a le goût du sel et de la promesse irréversible. « Dis-moi que tu es prête. Dis-moi que tu ne veux plus que la porte s'ouvre. » Ses mains glissent de mon visage vers mon cou, ses doigts effleurant ma peau avec une légèreté qui me fait frissonner. Il attend. Dans le silence de la chambre, le tic-tac d'une horloge dorée semble scander mon hésitation, mais celle-ci fond comme de la cire sous son regard. Je ne vois pas le danger, je ne sens pas le poids de l'histoire qui s'apprête à nous écraser. Je ne sens que lui. « Je suis prête, Alistair, » je souffle, et mes mots ont la fragilité d'une feuille de cristal qui accepte de se briser pour la première fois. Il me soulève, et pendant un instant, je ne suis plus qu’une plume prise dans un courant d’air chaud. Il me dépose sur le lit, et le contact du lin sur ma peau est une surprise ; c’est une caresse fraîche, presque minérale, qui contraste avec le brasier de son corps. La chambre est une grotte de velours bleu où l'odeur des roses devient narcotique, un poison sucré qui engourdit ma raison pour mieux éveiller ma peau. Alistair se défait de sa veste d'apparat, et le bruit du tissu qui tombe au sol a la lourdeur d'une armure que l'on abandonne. Lorsqu'il revient vers moi, sa silhouette découpe l'ombre avec une précision de sculpteur. Ses doigts s'attaquent aux lacets de ma robe, et chaque mouvement est une note de musique basse qui fait vibrer mes os. Je sens l'air de la pièce glisser sur mes épaules nues, une sensation de nudité qui a le goût de l'eau claire et de l'effroi. « Tu es magnifique, Max. Comme une aube qu'on n'aurait pas le droit de regarder. » Ses mains découvrent mes courbes avec une révérence qui me fait fondre. Pour la première fois, je laisse ma psychométrie s'ouvrir totalement à lui, sans le filtre de mes gants, sans peur. Le contact de sa peau nue contre la mienne est un ouragan sensoriel. Sa chair a la texture du sable chauffé par une journée de canicule, lisse et brûlante, tandis que ses muscles sous ma paume sont des courants de rivière impétueux. Je perçois tout. La pulsation de son sang qui tambourine contre ses tempes, la tension électrique qui court entre nos hanches, et cette ferveur qui émane de lui comme une vapeur d'or. Je ne suis plus une roturière, je ne suis plus une erreur de la nature. Sous ses doigts, je me sens devenir une œuvre d'art, chaque parcelle de mon être étant réécrite par son toucher. Nous nous explorons comme deux pays qui découvrent leurs frontières communes pour la première fois. Ses baisers descendent le long de ma gorge, laissant derrière eux une trace de feu liquide. Je m'accroche à lui, mes ongles s'ancrant dans son dos, cherchant à fusionner nos deux solitudes en une seule et même entité. Et puis, vient l'instant de la bascule. C'est un saut dans l'inconnu, une déchirure de lumière qui redéfinit l'espace et le temps. La douleur est brève, un éclat de verre qui s'enfonce dans du velours, mais elle est immédiatement balayée par une sensation de plénitude absolue. Nous ne sommes plus deux corps qui s'effleurent ; nous sommes deux métaux en fusion qui se mêlent pour ne former qu'un seul alliage. Le rythme de nos respirations s'accorde, une symphonie haletante qui remplit la chambre de sa cadence sauvage. Le monde extérieur s'effondre, Orynthia s'efface, et les lois de la gravité cessent d'exister. Je suis perdue dans le sillage de son mouvement, emportée par une vague de chaleur rose qui m'élève au-dessus de tout ce que j'ai connu. Dans cet abandon total, je ne sens pas le froid futur. Je ne sens que l'absolue certitude d'être là où je dois être. Le monde peut bien s'écrouler demain, ce soir, je brûle au centre du soleil.
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