PROLOGUE
Camouflé sous sa cape, Rhaevan de Blackthorn avance dans les ruelles étroites du district des Sansouillés. Les tentures flottent sous le vent tiède de cette soirée de fin d’été, et les éclats de rire des clients se mêlent aux notes de luth qui s’échappent d’une taverne animée.
Il s’arrête un instant, laissant ses yeux parcourir la foule devant lui. Soudain, il la voit : ses bottes usées, son pantalon et sa tunique marqués par une journée de contrebande et de filouterie. Les mèches rebelles de ses cheveux sont relevées en un chignon lâche sur le sommet de son crâne. D’une main, elle tient une pinte. De l’autre, le bras d’une amie. Elles tournent en rond, chantant au rythme de la musique.
Un sourire discret effleure les lèvres de Rhaevan. Une ombre se glisse derrière lui.
— Alors ? demande-t-il sans lâcher la jeune fille des yeux.
Gavayne, son bras droit, s’avance, l’air satisfait.
— Mission accomplie. Rien de mieux qu’un petit…enfin tu sais…, et une bonne partie de jambes en l’air pour…
— Gav, peu m’importe ce que toi et ta partenaire avez fait, l’interrompt Rhaevan. Ce qui m’intéresse, c’est si elle a confirmé nos informations.
Gavayne hoche la tête.
— Oui. Les Voleurs de l’Ombre tenteront de cambrioler le palais demain soir, pendant ta soirée d’anniversaire. Exactement comme nous le craignions. (Il marque une pause, hésitant.) D’ailleurs, j’ai promis à mon informatrice qu’elle pourrait obtenir un poste au palais, pour sa contribution. Tu sais comment sont les Sansouillés avec ceux qui les trahissent.
— Aucun problème, répond Rhaevan, lui lançant une œillade par-dessus son épaule avant de se replonger dans sa contemplation.
Gavayne suit son regard. Un ricanement malicieux lui échappe.
— Alors…C’est elle ?
— Oui.
— Tu crois qu’elle se souvient de toi ?
— Oui. Mais pas comme le prince fae, justicier du futur roi de Blackthorn. Comme allié fae seulement.
— Voilà qui promet de faire des étincelles, commente Gavayne un sourcil haussé.
Rhaevan lève les yeux au ciel, l’ombre d’un sourire au coin des lèvres.
— Tu n’as pas idée.
La musique et le tumulte de la taverne continuent d’emplir les ruelles encore pleines de monde, mais Rhaevan ne les entend plus vraiment. Une tension sourde le traverse, comme un fil au creux de sa poitrine, le reliant indéniablement à elle et leurs souvenirs partagés, où qu’elle soit.
Un drôle de frisson lui court le long de l’échine.
— Je sens notre lien tirer depuis toujours, mais plus particulièrement depuis notre dernière rencontre, il y a trois ans... (Il inspire longuement, laisse échapper un souffle.) Elle pense à moi, ajoute-t-il d’une voix rauque, presque possessive. Et moi à elle.
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