Chapitre 3 : L'Ombre du Passé et l'Héritier de l'Inconnu

910 Words
Chapitre 3 : L'Ombre du Passé et l'Héritier de l'Inconnu Point de vue de Léna Six semaines avaient passé depuis cette nuit d'égarement. Six semaines que Léna vivait comme une automate. Elle avait trouvé refuge dans une petite chambre de bonne sous les toits, un espace exigu où l'odeur d'humidité remplaçait le luxe éphémère du penthouse dont elle n'avait gardé qu'un souvenir flou : des draps de soie, un regard gris d'orage et une sensation de sécurité qu'elle n'avait jamais connue avec Marc. Elle travaillait désormais dans une boulangerie de quartier, commençant à quatre heures du matin. C’était dur, ses muscles la brûlaient, mais au moins, cet argent était le sien. Pourtant, ce matin-là, l’odeur du pain chaud qui l’enchantait d’habitude lui souleva le cœur. Elle courut vers l’arrière-boutique et s’effondra, prise de nausées violentes. « C’est la fatigue, » se mentit-elle à elle-même. Mais en voyant ses mains trembler, elle se souvint de l'inconnu de l'hôtel. Elle ne connaissait même pas son nom. Elle l'avait simplement appelé "Gabriel" dans l'obscurité, parce qu'il l'avait murmuré à son oreille. Le lendemain, le verdict tomba sur le sol carrelé de sa minuscule salle de bain : deux barres roses. — « Non... » murmura-t-elle, s'effondrant contre la porte. « Pas maintenant. Pas de lui. » Elle était terrifiée. Si Marc l'apprenait, il utiliserait cette information pour l'humilier davantage, l'accusant d'être une traînée. Et le monde ? Que dirait-on d'une fille pauvre, abandonnée, qui tombe enceinte d'un coup d'un soir avec un homme dont elle ignore tout ? Elle se sentait sale, jugée d'avance par une société qui n'avait aucune pitié pour les femmes comme elle. Point de vue de Gabriel Sinclair Dans son bureau de verre qui surplombait la City, Gabriel Sinclair faisait face à une baie vitrée. Il était l'homme le plus puissant de la finance, celui que l'on surnommait "Le Requin". D'ordinaire, il oubliait le nom de ses conquêtes avant même qu'elles n'aient quitté son lit. Mais cette fille... cette Léna. Elle était partie comme une voleuse, ne laissant qu'un mot qui le hantait : « Merci pour l'oubli. » — « Monsieur Sinclair ? » Son chef de la sécurité, Marcus, entra avec un dossier. — « Vous l'avez trouvée ? » demanda Gabriel, sa voix trahissant une tension inhabituelle. — « Oui, Monsieur. Elle s'appelle Léna Martin. Elle vit dans une précarité extrême depuis sa rupture avec un certain Marc Lefebvre. Nos informateurs dans le dispensaire du 18ème nous ont confirmé qu'elle s'y est rendue hier. » Marcus marqua une pause, observant la réaction de son patron. — « Elle est enceinte, Monsieur. De six semaines. Le calcul correspond exactement à votre rencontre à L'Éclat. » Gabriel sentit un choc électrique parcourir sa colonne vertébrale. Un Sinclair. Un héritier était en train de grandir dans un taudis, porté par une femme qui avait tout sacrifié pour un homme qui ne la méritait pas. — « Préparez la voiture, » ordonna Gabriel, ses yeux gris brillant d'une détermination glaciale. « Et contactez mon cabinet d'avocats. Je veux un contrat de mariage prêt ce soir. Elle ne restera pas une seconde de plus dans cette misère. » La Confrontation des Mondes Léna sortait de son service, la tête basse, ses vêtements tachés de farine. Elle marchait vers l'arrêt de bus, l'esprit embrumé par l'angoisse de l'avenir. Soudain, un convoi de trois berlines noires aux vitres teintées coupa la route, s'immobilisant dans un crissement de pneus parfait juste devant elle. La portière du véhicule du milieu s'ouvrit. Un homme en sortit. Grand, imposant, vêtu d'un costume sur mesure qui valait probablement le prix de tout l'immeuble de Léna. Elle recula d'un pas, le cœur battant à tout rompre. Elle reconnut cette démarche, cette aura de prédateur. C'était lui. L'inconnu de la nuit. — « Toi ? » bégaya-t-elle, son visage devenant livide. « Comment... qui es-tu ? » — « Je m'appelle Gabriel Sinclair, Léna, » dit-il d'une voix profonde qui fit vibrer l'air autour d'eux. « Et je ne laisse personne porter mon enfant dans la poussière. » Les passants commençaient à s'arrêter, murmurant, sortant leurs téléphones. Léna sentit le poids des regards sur elle. La honte l'envahit. — « Pars ! » cria-t-elle. « Je ne te connais pas ! Les gens nous regardent... ils vont penser que... » — « Ils vont penser que tu es la future Madame Sinclair, » trancha-t-il en s'approchant d'elle, ignorant la saleté de son tablier pour lui prendre la main avec une fermeté déconcertante. « Tu as passé ta vie à travailler pour un homme qui t'a piétinée. Aujourd'hui, tu vas laisser un homme te porter. » — « C'est par pitié ? Ou pour l'enfant ? » demanda-t-elle, les larmes aux yeux. « Je ne suis pas une marchandise, Gabriel. Je ne veux pas être la "fille pauvre" qu'un milliardaire a dû épouser par accident. Les préjugés me tueront avant que ce bébé ne naisse. » Gabriel s'approcha si près qu'elle put sentir la chaleur de son souffle. — « Laisse-les parler, Léna. Dans mon monde, le seul jugement qui compte est le mien. Et je juge que tu es la mère de mon fils. Monte dans cette voiture, ou je te porterai moi-même devant tout le quartier. » Léna regarda la main de Gabriel, puis la foule qui commençait déjà à l'étiqueter. Elle était à la croisée des chemins entre son passé de sacrifice et un futur doré mais terrifiant.
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