Partie I
Mon dernier cours de la journée vient de s'achever et je marche à travers la foule bruyante dans le long couloir.
Mes yeux passent machinalement sur les personnes présentes tout autour de moi tandis que les pensées, comme tout au long de la journée, défilent dans ma tête.
Il m'a été impossible de me concentrer ne serait-ce que dix minutes sur mes études aujourd'hui alors que le concours approche à grands pas.
Mais bon, je suppose que ça n'a plus vraiment d'importance maintenant..
- Eh Zac ! On mange tous ensemble ce soir, tu viens ?
- Euh non désolé j'peux pas..
Je dois rencontrer un patron de mafieux. Et il a l'air plutôt.. terrible.
Ah aussi, il va sûrement me faire tuer.
Je regrette tellement d'être sorti en retard de cours ce soir là...
Je marchais plutôt rapidement dans le grand bâtiment vide.
Je n'avais jamais vu la fac aussi vide, ça me faisait bizarre. On aurait dit le décor d'un film d'horreur.
La nuit était déjà tombée et la lumière du hall n'éclairait que faiblement. J'attrapai la bretelle de mon sac et la tins fermement.
Je poussai la porte vitrée de l'entrée du bâtiment pour me retrouver dehors. La fraîcheur de la nuit me surprit légèrement.
J'enfilai alors mes écouteurs et entamai le chemin pour rentrer à mon appartement. Je sortais à peine de l'allée de l'établissement qu'une belle voiture noire arriva à grande vitesse et se gara devant moi. Un homme, assez imposant, en costume sombre sortit du véhicule côté passager et posa son regard froid sur moi.
Je retirai un écouteur pour pouvoir l'entendre correctement.
- T'es en médecine ?
- Oui, pourquoi ?
- Parfait..
Son visage exprima brièvement du soulagement avant de se refermer.
Il fit un pas dans ma direction, passa sa main sous sa veste et en sortit un pistolet. Je n'eus le temps que de froncer les sourcils et de déglutir avant que l'homme ne pointe son arme sur moi et m'attrape par le bras.
- Dépêche toi, monte.
Il ouvrit la portière et me poussa à l'intérieur de la voiture. Aussitôt, il la referma, remonta à son tour puis le véhicule repartit aussi vite qu'il était arrivé.
Assis seul sur la banquette arrière, j'étais plongé dans la peur et l'incompréhension, mon cœur battant à la chamade.
Je sentis à nouveau le regard glacial de l'homme sur moi.
- T'es en quelle année ?
- Qu-quatrième année..
- T'es doué ?
- Oui..je m'en sors bien.
- J'espère pour toi..
Il avait marmonné comme s'il ne voulait pas qu'on l'entende.
J'avais plein de questions en tête mais je ne posais aucune, paralysé par la peur.
L'homme tenait toujours l'arme entre ses mains et son doigt tapotait frénétiquement contre le métal de cette dernière. Le conducteur me jetait des regards furtifs et inquiets.
- Tu crois qu'il fera l'affaire ?
- On n'a pas le temps de trouver quelqu'un d'autre et si on ne lui ramène personne, il nous tuera.
Je ne savais pas qui était ce « il » mais j'en étais déjà terrifié.
Qu'est-ce qu'ils attendent de moi ?
Serai-je à la hauteur ?
Et si j'échoues ?
Vont-ils me tuer ?
Je n'eus pas le temps de tenter de répondre à ces questions que la voiture s'arrêta.
On me fit descendre dans un quartier d'affaires. Je reconnus les grandes tours en acier et en verre visibles depuis ma fac.
L'homme m'attrapa de nouveau le bras et m'entraîna à grands pas à l'intérieur d'un des bâtiments. Mes jambes tremblaient mais l'adrénaline et le stress me faisaient avancer.
Deux hommes, eux aussi en costumes semblaient monter la garde.
En me faisant pratiquement courir, l'homme me conduisit jusqu'à l'ascenseur qui nous mena à un étage supérieur. Finalement, on arriva dans un couloir. Quelques mètres plus loin, plusieurs personnes étaient attroupées devant une porte. Tous avaient l'air grave et l'ambiance était pesante.
Mon estomac se resserra davantage lorsque le groupe se tourna vers moi.
- Dépêche toi petit !
Un homme d'une quarantaine d'années fit un pas vers moi et me poussa à l'intérieur de la pièce. C'était une chambre aménagée comme une salle d'hôpital. Il y avait des équipements médicaux de toutes sortes, certains difficiles à se procurer.
Mais ce qui capta mon attention était un jeune homme allongé sur le lit, en sang. Il était inanimé et une sorte de garrot avait été fait au niveau de sa cuisse.
- Tu dois absolument le sauver. Il s'est pris une balle dans la jambe.
Je m'approchai du blessé en inspectant comme je le pouvais son état.
- On lui a fait et un garrot et il est sous sédatif. T'as tout le matériel à ta disposition.
C'était la première fois que je me trouvais dans une situation concrète aussi urgente et stressante. Durant tout le soin qui s'est avéré moins compliqué qu'il n'en avait l'air, je sentais des regards posés sur moi.
Finalement, après des efforts et une concentration intense, je pus me retourner vers les deux hommes qui étaient dans mon dos en leur annonçant que le blessé était tiré d'affaire.
En sauvant cet homme, j'avais la certitude de m'être sauvé moi-même mais je n'étais pas serein quant à la suite.
Avaient-ils prévu de me tuer peu importe l'issu de ma performance ?
L'un d'eux s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule.
- Bien joué petit, tu nous a tous sauvés aussi.
Je ne répondis que par un hochement de tête et pris mon courage à deux mains pour poser la question qui me taraudait l'esprit.
- Qu'est-ce que se passe pour moi
maintenant ?
Il soupira légèrement, s'écarta de moi puis sortit son téléphone.
- J'appelle mon patron..
Le fameux « il », je présume. Je tendais l'oreille afin de percevoir la discussion téléphonique qui déciderai de mon sort. Chaque battement rapide de mon cœur résonnait fort en moi.
- C'est bon Monsieur, il s'en est tiré.
-
- Oui, le médecin a dit qu'il aurait seulement besoin de repos, d'antidouleurs et d'aucune activité physique.
-
- Euh non.. on l'a pris devant la fac de médecine d'à côté.
-
- Mmh d'accord Monsieur.
Il raccrocha et revint vers moi. Son visage neutre ne me permettait pas de deviner s'il allait m'annoncer une bonne ou une mauvaise nouvelle.
- Le patron veut te voir mais il n'est pas disponible ce soir. On passera te chercher demain vers 20 heures.
Même après m'avoir annoncer cela, je ne pouvais dire si c'était une bonne chose ou non.
Pourquoi voudrait-il me voir ?
Ne pourrais-je pas tout simplement rentrer chez moi et oublier cette soirée ?
Un second homme se joignit à nous pour retourner à la voiture.
- Alors c'est toi le docteur ?
- Je ne suis qu'étudiant..
- Peu importe, t'as sauvé ce gars et c'est la seule raison pour laquelle toi, moi et d'autres sont encore en vie.
- Votre patron m'aurait tué ?
- Certainement. Tu vois l'homme que tu as sauvé ? Et bien c'est le frère du patron et ils sont assez proches.
Les deux hommes, sûrement moins inquiétés de l'état du blessé et donc de leur sort, étaient plus avenants et bavards qu'à l'aller.
Pour autant, je n'osais pas poser toutes les questions que j'avais. Dans les films, ceux qui en savent trop se font tuer, j'ai donc préféré garder ma langue dans ma poche.
Ils m'ont déposé, quelques minutes plus tard, devant l'entrée de mon immeuble résidentiel en me rappelant qu'il viendraient me chercher chez moi le lendemain soir.
Je n'ai pas dormi de la nuit. Je suis resté éveillé, à écouter les moindres bruits aux alentours, par peur qu'ils ne reviennent me tuer dans mon sommeil.
Lorsque le soleil s'est levé, j'ai tout de même décider d'aller en cours. J'espérais que ces derniers me fassent penser à autre chose que ma rencontre avec lui, le redouté patron de ce qui s'apparente être une mafia.
Maintenant je sais que ça n'a pas fonctionné..
J'emprunte le chemin pour rejoindre mon appartement en me demandant si je devrais dire adieu à mes amis.
Non, c'est ridicule.. il veut juste me remercier pour son frère.
Alors si c'est juste ça, pourquoi il ne l'a pas fait au téléphone ?
Pourquoi il prendrait le risque qu'un inconnu le voit ?
Je me dépêche de rentrer chez moi. J'ai la peur et le stress au ventre à en avoir des nausées.
Je file directement sous la douche froide puis je m'assois sur mon lit, face à mon armoire. Je suppose que je devrais mettre une chemise, ils en portaient tous hier.
Après m'être habillé, je jette un coup d'œil à mon téléphone qui indique 19h33. Je soupire devant l'heure qui tourne et pour occuper mon esprit, je fais quelque chose que je n'aurais jamais dû faire : des recherches sur internet.
Je consulte plusieurs sites d'informations locaux et finis par rapidement fermer toutes les pages. Ils parlaient d'une mafia qui serait en train de s'installer en ville, des meurtres étranges, de vengeance qui tourne en bain de sang et de tellement d'autres choses que je n'avais pas envie de savoir.
Mais ce qui m'intrigue, c'est que les médias les plus influents n'évoque même pas, de près ou de loin, ce sujet.
Je pose mon ordinateur sur la table, me lève et me rend dans la cuisine pour me servir un verre d'eau. Ma main tremblait sous le poids dérisoire du verre rempli.
Il faut que je me calme.. je ne peux pas aller là bas dans cet état, j'ai l'air ridicule.
J'entends un bruit de voiture à l'extérieur et je regarde par la fenêtre pour vérifier s'il agit d'eux mais je ne distingue aucun véhicule devant chez moi. Je repose mon verre et mes yeux parcourent machinalement mon studio. Ils s'arrêtent sur un couteau de cuisine rangé dans un pot et ne semblent pas vouloir s'en décrocher.
C'est une mauvaise idée, une très mauvaise idée même. Si jamais ils le découvrent, ils me tueront.. comme si ce n'était pas déjà ce qui qu'ils prévoyaient de faire..
Mais dans le cas où j'aurais besoin de me défendre..
Mon débat tortueux intérieur est interrompu par quelqu'un qui frappe à ma porte.