LUNA
Allongée sur le sol froid et dur, les yeux perdus dans l'immensité du vide, Luna revivait les événements tumultueux de la journée. L'homme qui avait osé la menacer de faire d'elle sa proie n'était autre qu'un loup, une créature sauvage au regard perçant, capable de se métamorphoser en un prédateur redoutable.
Elle avait échappé de justesse à ses griffes grâce à un autre loup, dont la véritable nature s'était révélée être celle d'un homme. D'après les murmures des gardes, celui qui l'avait secourue était le chef de ce clan, l'alpha, une figure à la fois redoutée et respectée, dont la présence imposait le silence et l'obéissance.
Cependant, alors qu'elle tentait de rassembler ses pensées, la porte de sa prison s'ouvrit avec fracas. Un grand gaillard, à l'allure robuste, se tenait devant sa cage, brandissant une torche qui projetait des ombres dansantes sur les murs de pierre.
- Suis-moi, esclave, ordonna-t-il d'une voix rauque, son regard hautain scrutant le moindre recoin de son être. Elle pouvait lire le mépris inscrit sur ses traits, une arrogance qui ne laissait aucune place à la compassion.
Consciente que ces êtres étaient non seulement dangereux mais aussi imprévisibles, Luna se redressa lentement, le cœur battant à tout rompre. Elle avança prudemment vers l'homme à la stature imposante, son esprit en proie à un mélange d'appréhension et de détermination. Chaque pas la rapprochait d'un destin incertain, mais elle savait qu'elle devait affronter cette réalité pour espérer recouvrer sa liberté.
Lorsqu'elle atteignit enfin son niveau, l'homme, d'une poigne ferme, saisit son poignet. Son contact était à la fois puissant et intimidant, et il l'obligea à avancer dans l'obscurité. La lumière vacillante de la torche projetait des ombres dansantes sur les murs de pierre, créant une atmosphère à la fois mystérieuse et menaçante. Ils progressèrent lentement dans le village, où, au loin, un feu de camp flamboyait, illuminant les visages des hommes et des femmes qui dansaient avec une énergie sauvage. Les rythmes de la musique résonnaient dans l'air, une mélodie entraînante qui contrastait avec l'angoisse qui habitait Luna.
Alors qu'ils approchaient d'un grand portail en bois, orné de motifs anciens et usés par le temps, l'homme frappa d'un coup sec à la porte. Le bruit résonna dans la nuit, comme un écho lugubre de son propre cœur battant. Il se tourna vers elle, son regard perçant et autoritaire, et articula d'une voix profonde, empreinte de gravité :
- J'ai emmené l'esclave.
À ces mots, une vague de frissons parcourut Luna, une sensation glaciale qui lui noua l'estomac.
- Laisse-la entrer et dispose, répondit une voix rauque, émanant de l'intérieur. L'homme poussa alors la porte avec une force tranquille, et, d'un regard impérieux, il lui ordonna d'entrer. Elle s'avança, priant intérieurement les dieux pour qu'ils lui accordent protection, juste avant que la porte ne se referme derrière elle dans un bruit sourd, comme un coup de tonnerre.
À première vue, la pièce dans laquelle elle se trouvait semblait vide, mais une tension palpable flottait dans l'air, une présence écrasante qui laissait présager que quelque chose ou quelqu'un l'observait. Les murs étaient sombres, à peine éclairés par des torches vacillantes qui projetaient des ombres inquiétantes, créant un jeu de lumière qui dansait autour d'elle.
- Approche, esclave, entendit-elle résonner au fond de la pièce, une voix douce mais autoritaire. Malgré l'injonction, elle resta figée, ses jambes paralysées par une peur sourde. Ses lèvres charnues s'écartèrent lentement :
- Je ne suis point une esclave.
Un ricanement moqueur s'éleva dans l'obscurité, résonnant comme un écho sinistre. Elle chercha du regard d'où pouvait provenir cette voix, scrutant les ombres. La faible lumière des torches ne lui permettait pas de discerner les contours de la pièce ni de découvrir l'identité de son interlocuteur.
- Alors, quel est ton nom, femme ? demanda la voix, avec une curiosité presque amusée.
- Luna, murmura-t-elle, sa voix à peine audible, tremblante d'émotion.
- Luna, un nom fort agréable, murmura la voix près de son oreille, son souffle chaud l'effleurant tel un doux frisson. Elle manqua de laisser échapper un cri de surprise, son cœur battant la chamade, mais par bonheur, aucun son ne s'extirpa de sa bouche.
- Je vous en remercie, répondit-elle, sa voix tremblante, mêlant crainte et une curiosité grandissante.
- Je t'en prie, ma chère.
- Je n'affectionne guère converser dans le vide. Pourrais-je, je vous prie, contempler le visage de mon interlocuteur ?
À cet instant, elle sentit une main délicate glisser pour ranger une mèche de cheveux derrière son oreille, un geste à la fois intime et troublant.
- Je n'apprécie guère qu'une dame oublie sa place. Qui te crois-tu pour formuler une telle demande ?
Luna demeura un moment silencieuse, le souffle court, son esprit en proie à une tempête d'émotions. Puis, rassemblant son courage, elle reprit la parole.
- Vous êtes là, derrière moi, commença-t-elle, sa voix désormais plus assurée. Je perçois votre souffle chaud contre ma nuque, et cela m'inquiète. Pourtant, je ne vous juge point, ni ne vous méprise. Je pense que ma requête n'est point déplacée, bien au contraire. J'aimerais seulement savoir qui se permet de me toucher ainsi, comme si nous étions des âmes familières, comme si nous partagions un secret.
L'homme laissa échapper un ricanement moqueur, puis, avec une aisance déconcertante, dériva la conversation sur un autre sujet.
- Savais-tu, ma chère, que les gens de ton peuple nous considéraient comme des dieux ? demanda-t-il, son regard perçant scrutant son visage, sans attendre de réponse particulière. C'est pourquoi, pour nous témoigner allégeance et respect, chaque éclipse lunaire, ils décidaient de donner l'une de leurs filles pures en sacrifice.
Il marqua une pause, laissant ses mots flotter dans l'air comme une menace sourde.
- Je suis certain que beaucoup de jeunes filles de ton âge croient, à tort, que lorsqu'on les offrait en sacrifice, il s'agissait de leur arracher la vie.
Luna, le cœur battant, se redressa légèrement, défiant son regard dans la pénombre.
- Et elles n'avaient point raison. Être maintenue en captivité par des barbares tels que vous est encore pire que la mort.
Elle s'arrêta un instant, puis poursuivit avec une intensité renouvelée :
- Il y a de cela à peine quelques heures, des hommes de votre espèce, dans leur arrogance et leur brutalité, me parlaient d'une manière si grossière, si dégradante, allant jusqu'à me menacer. Vous-même, noble seigneur, n'êtes point différent d'eux. Vous nous traitez comme des esclaves, comme si nous n'étions que de simples objets à votre disposition, dénués de volonté et de dignité.
L'homme, visiblement agacé par son audace, rétorqua d'une voix glaciale :
- Cela ne répond point à ma question, femme. J'ai posé une interrogation précise : savais-tu que les gens de ton peuple nous considéraient comme des dieux ?
- Non, répondit-elle d'une voix faible, mais empreinte de défi. Je ne saurais croire que l'on puisse vous vénérer.
Avec un sourire cynique, il continua :
- Quand une gazelle ne court point assez vite, elle est tuée et dévorée par les gens de ton espèce. Peu importe l'animal, tant qu'il n'arrive pas à se défendre, il devient la proie. C'est la loi de la nature : soit tu es la proie, soit tu es le chasseur. Et moi, je suis le chasseur.
Il s'avança légèrement, son regard perçant se posant sur elle, comme s'il cherchait à sonder son âme.
- Je suis ton dieu, car j'ai le pouvoir de décider de ta vie. Je peux choisir de t'exécuter, simplement parce que je suis de mauvaise humeur, ou bien je peux choisir de te laisser vivre, pour le moment.
Il marqua une pause, savourant l'effet de ses paroles, puis ajouta d'un ton presque solennel :
- Comprends bien, douce Luna, que dans ce monde impitoyable, c'est moi qui tiens les rênes de ton destin. Ta vie et ta mort ne sont que des jeux entre mes mains. Je suis le maître de cet échiquier, et chaque mouvement que je fais peut sceller ton sort.
Luna, bien que troublée, se redressa avec une fierté renouvelée, déterminée à ne pas se laisser abattre par ses menaces. Elle savait que, même face à la brutalité, sa voix pouvait résonner comme un cri de révolte, un appel à la dignité humaine.