Le temps avait passĂ© depuis la fameuse premiĂšre sĂ©ance dâentraĂźnement.
Un mois, pour ĂȘtre exact.
Un mois de sueur, de rires, de soupirs, de moqueries quâelle nâĂ©coutait plus, de regards quâelle apprenait Ă ignorerâŠ
et surtout, un mois passé à regarder Liam.
Clara avait changĂ©. Pas seulement physiquement, mĂȘme si cela commençait Ă se voir â ses joues sâĂ©taient un peu affinĂ©es, ses pas Ă©taient plus assurĂ©s, et son souffle moins court â mais Ă lâintĂ©rieur, quelque chose avait germĂ© : la confiance.
Et cette confiance, câĂ©tait Liam qui lâavait arrosĂ©e, jour aprĂšs jour, de ses encouragements et de ses sourires sincĂšres.
Les autres élÚves continuaient à se moquer, bien sûr.
â Regarde, la mascotte veut devenir pom-pom girl !
â Tâas pas peur quâelle sâĂ©crase sur le terrain ?
Mais cette fois, Clara ne répondait plus. Elle levait juste le menton, croisait le regard de Liam au loin et, mystérieusement, tout allait mieux.
Lui, le garçon le plus populaire, le plus intelligent, le plus admiré du lycée⊠passait désormais du temps avec elle.
Au dĂ©but, tout le monde croyait Ă une blague. Mais au fil des jours, on les voyait rire ensemble Ă la cafĂ©tĂ©ria, marcher cĂŽte Ă cĂŽte aprĂšs les cours, ou mĂȘme sâentraĂźner au coucher du soleil.
Et malgrĂ© les rumeurs, Liam ne sâen cachait pas.
â Laisse-les parler, lui disait-il souvent. Ce que les gens disent, câest juste le bruit autour de ta lumiĂšre.
Ces mots, elle ne les oubliait jamais.
Alors, chaque matin, elle se levait avec la motivation dâune fille qui a enfin trouvĂ© une raison dây croire.
Une raison avec un sourire ravageur et des boucles chĂątains.
đ Une aprĂšs-midi dâĂ©tude, un frisson inattendu
Ce jour-lĂ , ils sâĂ©taient donnĂ© rendez-vous chez Liam pour rĂ©viser.
La maison Carter (car oui, Liam Carter avait tout dâun hĂ©ros amĂ©ricain, jusquâĂ son nom) ressemblait Ă un petit manoir moderne : grandes baies vitrĂ©es, escaliers en colimaçon, lumiĂšre dorĂ©e partout.
Mais ce qui fascinait le plus Clara, câĂ©tait la salle dâĂ©tude.
Ă chaque fois quâelle y entrait, elle retenait son souffle.
Des Ă©tagĂšres pleines de livres jusquâau plafond, une grande table en bois verni, et cette odeur â mĂ©lange de papier neuf, de cafĂ© et de parfum discret.
CâĂ©tait comme si tout ce lieu respirait lâintelligence et la sĂ©rĂ©nitĂ©.
Liam était assis à la table, concentré, une mÚche rebelle tombant sur son front.
â Clara, tu rĂȘves encore ?
â Non, non, je⊠jâadmire juste la bibliothĂšque, mentit-elle, les joues roses.
â Câest bien ce que je dis : tu rĂȘves.
Ils rirent doucement. Puis ils reprirent leurs exercices de maths.
Pendant un moment, le silence fut presque paisible, rythmĂ© seulement par le bruit des crayons et le battement rĂ©gulier de leurs cĆurs â du moins, celui de Clara battait un peu trop fort.
Puis, en voulant attraper un livre sur la plus haute Ă©tagĂšre, elle sâĂ©tira sur la pointe des pieds, sans succĂšs.
Liam, amusĂ©, se leva et sâapprocha dâelle.
â Attends, je vais tâaider.
Il tendit le bras au-dessus dâelle et attrapa le livre sans effort.
Leurs mains se frĂŽlĂšrent.
Un frisson. Léger, électrique.
Clara se retourna brusquement⊠et se retrouva nez à nez avec lui.
Leurs yeux se croisĂšrent.
Ce fut un de ces moments suspendus, oĂč plus rien dâautre nâexiste.
Il la regardait avec une douceur Ă©trange, comme sâil voyait une autre version dâelle, celle que personne nâavait encore remarquĂ©e.
Elle, le cĆur battant Ă tout rompre, osa lui sourire timidement.
Il rĂ©pondit dâun sourire franc, sincĂšre.
Et câest prĂ©cisĂ©ment Ă cet instant que la porte sâouvrit.
â Oh ! fit une voix fĂ©minine, joyeuse et surprise.
CâĂ©tait la mĂšre de Liam, un plateau de cookies Ă la main.
Les deux adolescents sursautĂšrent et reculĂšrent dâun pas, rouges comme des tomates.
â Je⊠je ne voulais pas interrompre, dit-elle en dissimulant un sourire. Je vous ai juste apportĂ© un peu de quoi grignoter.
Elle posa le plateau sur la table, les observant du coin de lâĆil.
Son fils, si souvent distant, semblait Ă©trangement Ă lâaise avec cette fille.
Et cela la rendait heureuse.
Elle quitta la piĂšce en souriant, et Liam et Clara se regardĂšrent encore, gĂȘnĂ©s, avant dâĂ©clater de rire.
Le reste de la sĂ©ance fut plus lĂ©ger. Et pourtant, chaque fois quâils croisaient leurs regards, un Ă©trange feu doux naissait entre eux.
đ Devant la maison de Clara
La nuit tombait quand Liam la raccompagna chez elle.
La marche fut calme, ponctuée de silences étrangement confortables.
Arrivés devant la porte, Clara se tourna vers lui.
â LiamâŠ
â Oui ?
Elle lui prit la main.
Il sentit son cĆur sâarrĂȘter une seconde.
Elle la tenait avec une tendresse désarmante.
â Clara ! fit-il, troublĂ©.
Elle sourit et montra un petit crayon.
â Câest le tien. Tu lâas oubliĂ©.
Mais lui ne regardait pas le crayon.
Il la regardait, elle.
â Le crayon, insista-t-elle, un peu nerveuse. Il est Ă toi ?
â Ah⊠oui ! Oui, bien sĂ»r. Merci.
Elle relĂącha doucement sa main, lui remit le crayon et murmura :
â Bonne nuit, Liam.
Puis elle disparut derriÚre la porte, laissant derriÚre elle une odeur de vanille et un sourire idiot sur les lÚvres du garçon.
đ Le silence avant les examens
Les jours suivants furent plus studieux.
Les examens approchaient, et Clara sâĂ©tait enfermĂ©e dans sa chambre, entre ses fiches de rĂ©vision et des tasses de thĂ© Ă la menthe.
Elle continua son régime, mais mit les entraßnements en pause.
Elle nâĂ©crivit Ă personne. Pas mĂȘme Ă Liam.
De son cÎté, lui aussi révisait, mais avec une étrange impatience.
Chaque soir, son téléphone restait allumé, posé prÚs de ses livres.
De temps en temps, il le déverrouillait, juste pour vérifier. Rien. Aucun message.
Sa mĂšre finit par le remarquer.
â Tu attends un appel ? demanda-t-elle en lui servant un chocolat chaud.
â Non, non⊠enfin, peut-ĂȘtre, rĂ©pondit-il en souriant.
Elle haussa un sourcil, amusée.
â Oh, je vois. Câest une fille, nâest-ce pas ?
â Maman ! protesta-t-il en riant.
Mais il ne nia pas.
đ« Lundi matin : un changement
Le lundi matin, quand Clara entra en classe, elle portait une robe bleu ciel qui soulignait sa taille â une robe quâelle nâavait pas mise depuis des mois.
Ses cheveux étaient relevés, son regard plus assuré.
Elle sâassit Ă sa place habituelle, dĂ©jĂ concentrĂ©e.
Liam entra peu aprÚs, visiblement ravi de la voir déjà là .
Dâhabitude, câĂ©tait lui qui lâattendait.
Mais avant quâil puisse la rejoindre, Emma â la capitaine des pom-pom girls, aussi belle quâinsupportable â sâapprocha de lui.
â Liam ! sâexclama-t-elle dâun ton mielleux. Tu vas ĂȘtre premier encore cette fois, hein ?
Elle se colla presque Ă lui, riant trop fort, jouant avec ses cheveux.
Il esquissa un sourire crispé.
â Emma, tu peux⊠aller tâasseoir, sâil te plaĂźt ?
Elle bouda et retourna vers ses amies, vexée.
Liam soupira et se tourna vers Clara, espérant croiser son regard. Mais elle resta plongée dans son cahier.
Le professeur entra et distribua les sujets dâexamen.
Pendant deux heures, un silence de cimetiÚre régna.
Quand les copies furent ramassées, Clara se leva sans un mot.
Elle passa devant Liam sans le regarder.
Il fronça les sourcils.
Toute la semaine fut pareille.
Pas un mot. Pas un regard.
Rien.
Ses amis le taquinaient :
â Elle tâa oubliĂ©, mec !
â Ou alors, elle joue Ă la difficile !
Mais lui, au fond, était troublé.
TrÚs troublé.
đ Vendredi : le cĆur parle enfin
Le vendredi aprÚs la derniÚre épreuve, Liam sortit du lycée sans un mot.
Son chauffeur lâattendait dĂ©jĂ .
Il monta Ă lâarriĂšre de la voiture, la tĂȘte appuyĂ©e contre la vitre.
â MĂȘme pas un mot⊠cinq jours entiers, murmura-t-il.
Il soupira.
â Ai-je fait quelque chose de mal ? Peut-ĂȘtre quâelle mâĂ©vite. Peut-ĂȘtre quâelle a trouvĂ© quelquâun dâautre pour lâaiderâŠ
Puis, avec un rire nerveux :
â Oh, les femmes !
Mais soudain, il la vit.
Clara.
Marchant seule sur le trottoir, les cheveux dans le vent, le sac Ă lâĂ©paule.
Son cĆur bondit.
â ArrĂȘtez la voiture sâil vous plaĂźt ! lança-t-il.
Il ouvrit la portiĂšre.
Clara, surprise, sâarrĂȘta et lui adressa un petit sourire avant de monter.
â Salut, dit-il doucement.
â Salut, rĂ©pondit-elle, sereine.
â Tout va bien ? Tu mâas Ă©vitĂ© toute la semaineâŠ
Elle rit légÚrement.
â Je ne tâai pas Ă©vitĂ©, Liam. Il y avait les examens, je voulais me concentrer. Et⊠je ne voulais pas te dĂ©concentrer non plus.
Il la regarda, presque amusé.
â Ne pas me parler mâa plus dĂ©concentrĂ© que si tu mâavais parlĂ©, tu sais.
Elle rougit.
â Alors, je te promets de te parler tous les jours maintenant.
Leurs regards se croisĂšrent, longs, doux, complices.
La voiture sâarrĂȘta devant la maison de Clara.
â Bon, Ă demain ? dit-elle en dĂ©tachant sa ceinture.
Mais avant quâelle ne sorte, Liam lui prit la main.
â Clara !
Elle se tourna, surprise.
Il inspira profondément, nerveux.
â Accompagne moi au bal de fin dâannĂ©e. Sâil te plaĂźt.
Son regard Ă©tait sincĂšre, presque inquiet, comme sâil redoutait quâelle dise non.
Clara resta figée quelques secondes, avant de sourire largement :
â Oui, jâaimerais beaucoup tâaccompagner. MĂȘme si je dois affronter le regard brĂ»lant dâEmma.
Ils éclatÚrent de rire.
Et ce rire, lĂ©ger, fit battre leurs cĆurs Ă lâunisson.
Chez lui, Liam nâavait pas arrĂȘtĂ© de sourire depuis quâil Ă©tait rentrĂ©.
Sa mÚre, intriguée, lui demanda :
â Quâest-ce qui te rend si heureux, mon fils ?
â Jâai enfin choisi ma cavaliĂšre pour le bal, rĂ©pondit-il.
Elle leva les yeux au ciel, amusée.
â Laquelle de tes admiratrices a gagnĂ© ton cĆur cette fois ?
Il répondit simplement :
â Aucune dâentre elles.
Et dans ses yeux brillait une tendresse nouvelle.
Chez Clara, câĂ©tait tout le contraire : impossible de se calmer.
Elle monta en courant dans sa chambre, sâĂ©croula sur son lit et cria dans son oreiller :
â Aaaaaaah ! Liam mâa invitĂ©e au bal !
Elle se mit Ă danser, tourner, chanter.
Pour la premiÚre fois de sa vie, elle se sentait⊠choisie.
Pas par hasard. Pas par pitié.
Mais par amour qui naĂźt doucement.