Andrès sortit de sa maison pour le footing. Il y allait avec un petit retard comme chaque week-end parce qu'après, il devait se rendre en salle de gym pour retrouver Carl. Lequel l'y attendait toujours aux environs de huit heures et demie pour travailler leurs muscles. C'était en quelque sorte le seul moment où il n'y avait ni de patron, ni d'employé quoique à n'importe quel moment l'homme de main n'hésiterait pas à retrouver ses fonctions si le besoin se faisait sentir.
Habillé d'un jogging et d'un débardeur noir dévoilant en grande portion son large tatouage tirant de son omoplate vers son avant-bras, le brun pénétra dans la bâtisse, peu essoufflé de sa course matinale. Il aperçut son chauffeur couché sur une table-tapis, en dessous d'une barre de masse qu'il soulevait avec ardeur.
— Bonjour, monsieur ! lança Carl sans se départir de sa tâche et sans même avoir en visuel son patron.
En effet, le gymnase n'ouvrait pas avant 10h les samedis, sur ordre d'Andrès qui entendait venir travailler son corps sans se faire importuner par de simples civils qui le regarderaient au lieu de s'essouffler. Certes, la déduction n'était pas venu que de lui, ses homologues puissants et reconnus comme lui venaient également à pareille heure et ensemble ils avaient décidé d'imposer cet horaire au propriétaire qui ne pouvait que s'y plier.
— Salut Carl, répondit le brun en se dirigeant vers un tapis roulant.
Même si il avait couru un bon nombre de mètres avant de venir, Andrès ne se lassait jamais de la course, ce qui l'amenait à toujours vouloir dégourdir et puiser dans ses jambes. Rapidement il finit avec l'engin et vint prendre place à côté du châtain.
— Tu en ai à combien ? demanda t-il en commençant sa première levée du poids.
— 78 ! répondit le questionné en soufflant grandement, une grimace déformant sa mâchoire sous la force appliquée.
— Tu veux battre ton record là, remarqua son patron en comptant intérieurement ses rapides poussées indirectement mises en place pour le rattraper.
— 85 ! le vôtre, précisa le châtain en comptant.
Andrès tourna la tête pour le regarder, et une lueur de défi s'alluma entre les deux paires d'iris. L'un d'un noir naturel, et l'autre d'un doré pur rétrécit par le travail du moment.
Les deux hommes se défièrent pendant de longues minutes entrecoupées par des grognements d'homme qui d'une part ne voulait aucunement se faire rattraper et d'autre part qui n'entendait pas se faire évincer par son garde-corps.
Le déclic tomba finalement, et Carl abandonna quand bien malgré lui son patron le rattrapa en et le devança avec quatre levées de plus. Il souffla fortement par le nez, se releva et s'essuya le visage à l'aide de sa serviette. Il déposait la bouteille d'eau dont il venait de se servir quand le brun l'interpella.
— Tu viens ? lui dit-il, en se tenant derrière un sac de punching-ball, des gants noirs qui complétaient son ensemble, aux mains.
Carl se dirigea de ce pas vers le second homme et lui tint le sac. Si il ne dit rien pendant un moment, encaissant les coups portés à l'objet qu'il tenait fermement, sa pensée n'en restait pas moins silencieuse. En effet, son patron n'était plus venu dans le gymnase depuis plus de six mois, dès qu'il avait implanté sa propre salle dans sa maison, et malgré les quelques volés de mots qu'ils s'échangeaient, Carl était persuadé que sa venue en cette matinée n'était juste pas par envie ou désir, surtout quand on considérait la mine plus calme que d'habitude du brun.
— Qu'est-ce tu fais ? demanda Andrès en envoyant un coup de poing dans le punching-ball qui fit bouger des pieds le châtain, ramenant ce dernier sur terre.
— Désolé, monsieur, j'étais ailleurs, s'excusa t-il en se repositionnant à nouveau.
Andrès hocha la tête et se remit souffler sa frustration, sa colère et le trop plein d'émotions dans sa tête sur le sac de sable. Le voyant faire, Carl fit exprès de relâcher le sac, le prochain coup de poing envoya donc l'accessoire le percuter et même si la petite distance qu'il y mettait amortit le choc il recula d'un pas, fixant son patron qui s'exprima rageusement.
— m***e mais qu'est-ce qui t'arrives, tu ne sais plus te battre ou quoi ? dit Andrès sur un ton énervé.
Une lueur de défi connu des deux hommes s'imprima à nouveau dans leurs regards et Carl obtînt ce qu'il veut. Il se mit en position de combat, serrant les poings et fit la première approche en levant son poing directement vers le torse du brun. Ce dernier contrecarra le coup en envoyant également son poing.
— Vous m'aviez l'air en colère depuis un moment, souffla Carl en esquivant le nouveau coup de son patron.
Même si il ne le lui disait pas, Carl savait que ce n'était que dans ces moments qu'Andrès se libérait un peu. Le brun n'avait aucun ami de toute façon, ses parents lui ayant été arrachés dans un tragique accident après lequel les autres membres de sa famille voulurent joué aux plus intelligents en s'accaparant de sa légitime fortune. Il s'était alors construit sur un standard de no-confiance jusqu'à sa rencontre avec Carla qui, ironie du sort, lui démontrait combien il avait eu tort en gratifiant à nouveau une personne de sa confiance. Puis il y avait Carl aussi, il lui disait par moment ses pensées même s'il n'a jamais confirmé une quelconque confiance en lui. Mais le châtain se plaisait à l'imaginer, ne serait-ce qu'en infirme portion.
— C'est le cas, confirma le brun en touchant l'épaule gauche de son adversaire qui lui renvoya son coup dans les pectoraux.
— Et cela vous perturbe, continua l'employé en parant un autre coup, puis il fit mine de frapper la gorge du brun, lui démontrant ainsi ce qu'il aurait pu faire si c'était un vrai combat.
Les deux hommes tombaient au sol quand de manière inattendue, Carl tendit sa jambe pour balayer les pieds de son patron, seulement il n'avait pas prévu que ce dernier avait la même idée. Ce qui fit entrechoquer leurs pieds à tous les deux puis tomber au sol quand l'un perdant l'équilibre, traîna l'autre.
— Ma fiancée me trompe depuis sept mois, et je n'en savais rien ! dit le brun en tentant de prendre le dessus sur son garde corps.
Ce dernier l'en empêcha du mieux qu'il put et finit par se retrouver au dessus, emprisonnant un bras du second homme. Andrès lui cogna le genou contre le bas du dos pour le renverser afin de se relever. Il y arriva tant bien que mal quand Carl le repoussa au loin pour parer son coup et se releva aussi, titubant un peu sur ses jambes.
— Et vous la punissez !
Andrès se crispa sur place.
— Ce n'est pas tes affaires ! prévint-il avant de recevoir un coup de poing vivement dans l'épaule dû à son léger moment d'inattention.
— On dit souvent que ça prends du temps, mais apprivoiser et dominer un ennemi profite plus que le combattre incessamment.
Carl tendit la main vers son patron pour signifier la fin du combat, les deux hommes étant tous deux essoufflés et en sueurs. Andrès serra la main, puis retira ses gants.
— On rentre, dit-il.
Sur le chemin de retour le brun cogita à la dernière phrase de son homme de main, il prit congé de lui une fois arrivé, sur une salutation de ce dernier et s'engouffra dans l'habitat.
Il n'eut cependant pas à faire plusieurs pas avant de s'arrêter au centre du salon en apercevant la silhouette de sa compagne, les genoux posés au sol et la tête baissée. La jeune femme semblait l'attendre apparemment vu qu'elle ouvrit la bouche aussitôt ayant sentir sa présence.
— S-salut Andr- monsieur, tu-vous, commença t-elle en bégayant sur ses mots.
Le brun soupira en levant les yeux au ciel.
— Va droit au but !
— J-je sais que tu ne veux rien entendre mais je voulais quand même m'excuser, dit-elle, puis ne voyant aucune réponse venir elle continua. J'ai grandi auprès d'une mère qui m'a toujours appris que l'argent était le maître de ce monde et que je devais tout faire pour en avoir. Alors j-je.. c'est que j'ai fais quand je t'ai rencontré.
Elle tritura ses doigts, pinça les lèvres puis reprit à nouveau.
— Je sais que ça ne justifie pas ma trahison mais je.. j'ai toujours vécu ainsi. Couchant avec d'autres même en étant en relation, sans savoir si j'aimais vraiment ou pas. J-je suppose que je suis restée fidèle pendant le début de notre relation parce que mon but premier était d'obtenir le plus d'argent possible, et- et.. voulut t-elle continuer avant d'étouffer un sanglot, on peut trouver un compromis s'il te plaît, acheva t-elle.
Le jeune homme la regarda finir de s'exprimer avant de s'avancer complètement vers elle. Il lui souleva la tête en prenant son menton.
— Et quel compromis peut tu me proposer Carla ? Que peut tu me proposer que je n'ai déjà ?
— J-je peux travailler pour toi si tu veux, pour te rembourser tout, dit-elle, plaidante.
Andrès ria en la relâchant.
— Me rembourser ? Bien, mais pour ta trahison, que comptes-tu m'offrir Clara ? Tu vas le rembourser en argent aussi ? demanda moqueur, son fiancé.
Elle se tut, n'ayant pas de réponse évidente à la question. La peur l'envahit à nouveau avant que son compagnon ne lui reprenne le menton.
— Voilà ce qu'on va faire, je vais arrêter de te frapper même si tu le mérites grandement. À la place je vais t'apprendre quelque chose. Quelque chose que j'avais enfuis en moi depuis très longtemps mais que tu viens de réveiller à nouveau, annonça t-il.
La jeune femme frissonna entre ses mains.
— Est-ce que.. est-ce que ça a quelque à voir avec les... choses, de la chambre d'ami ? demanda t-elle en appréhendant la réponse.
Un sourire prit place sur le visage du brun.
— Ça a tout à voir avec mes nouveaux jouets, affirma t-il. À la fin, je ne promets pas qu'on reprendra où on était avec nos fiançailles, mais du moins tu auras obtenu mon pardon. Et c'est ce que tu cherches, pas vrai Clara ?
Elle hocha la tête, non sans une certaine crainte, mais tout de même, elle était disposée à obtenir le pardon d'Andrès. Alors elle ferait tout ce qu'il lui demandera dans l'intention d'expier ses fautes.
— O-oui, oui c'est ce que je veux.
— Bien. Commençons dans ce cas !