chapitre 3: une rencontre inattendue

1233 Words
Quelqu’un me secoua l’épaule avec insistance. — Liza… Liza ! Je grognai en me retournant dans le lit. — Laisse-moi dormir encore un peu, Nico… — Hors de question. Je sentis la couette disparaître brusquement. — Ton téléphone n’a pas arrêté de sonner depuis une heure. Et si j’ai bien compris, tu as un rendez-vous ce matin avec une entreprise de mode… j’ai oublié le nom. Je entrouvris un œil. La lumière du matin me brûla immédiatement la rétine. — Ah bon ? marmonnai-je en bâillant. Nico croisa les bras en me regardant d’un air dramatique. — Lève-toi tout de suite. Tu vas être en retard. Je me redressai lentement, la tête lourde comme si quelqu’un y avait installé une enclume. — Je devais y aller à quelle heure déjà… ? Je me frottai les tempes. — Oh mon Dieu… ma tête… — Il y a un comprimé sur la table, annonça Nico. Et ton rendez-vous est à neuf heures, chérie. Je tournai la tête vers mon téléphone posé sur la table de chevet. L’écran s’alluma. 8h48. Je restai figée pendant deux secondes. Puis je hurle. — QUOI ?! Je bondis hors du lit et me précipitai vers la salle de bain sous le rire incontrôlable de Nico. — C’est pas drôle ! criai-je en refermant la porte derrière moi. — Si, c’est très drôle ! répondit-il à travers la porte. L’eau froide de la douche me réveilla brutalement. Pendant quelques secondes, je restai immobile sous le jet, les yeux fermés. Franchement… si quelqu’un m’avait dit, il y a encore quelques semaines, que ma vie ressemblerait à ça, j’aurais ri au nez de cette personne. Moi. À Los Angeles. Dans un appartement partagé avec un styliste un peu fou. Avec un rendez-vous dans une entreprise de mode. Je laissai échapper un petit sourire. Ma vie était en train de changer. Et pour la première fois depuis longtemps… ça ne me faisait plus peur. Une trentaine de minutes plus tard, je me retrouvai devant un immense immeuble de verre qui semblait toucher le ciel. Je levai la tête. Les lettres métalliques fixées au sommet du bâtiment brillaient sous le soleil californien. Je pris une grande inspiration. — Allez Liza… tu peux le faire. Mes talons claquèrent sur le sol marbré lorsque j’entrai dans le hall. L’endroit respirait le luxe et l’élégance. Tout était impeccable : les plantes parfaitement alignées, les murs immaculés, les employés qui marchaient d’un pas pressé. Je m’approchai de la réception. — Bonjour, dis-je avec un sourire. Est-ce que vous pouvez m’indiquer le bureau de Monsieur Ericsson ? La femme derrière le comptoir releva lentement la tête. Son regard me balaya de bas en haut. Sans aucune discrétion. Je sentis immédiatement le jugement dans ses yeux. Sympa l’accueil, pensai-je. Elle pinça légèrement les lèvres avant de répondre. — Désolée. Monsieur est occupé. Elle marqua une pause, puis ajouta d’un ton froid : — De toute façon… il n’a pas l’habitude de recevoir ce genre de fille. Je clignai des yeux. — Pardon ? Elle haussa les épaules. — Vous voyez très bien ce que je veux dire. Mon sang ne fit qu’un tour. Je posai les mains sur le comptoir. — Écoutez-moi bien, madame de l’accueil. J’ai un rendez-vous à neuf heures avec votre patron. Alors vous allez gentiment m’indiquer son bureau au lieu de me juger. À ma grande surprise, ses yeux se remplirent soudainement de larmes. Et elle éclata en sanglots. — Hein ? Je reculai d’un pas. — Qu’est-ce qui se passe ici ? La voix masculine qui venait de résonner derrière moi était froide. Tranchante. Elle me traversa littéralement le dos. Je me retournai lentement. Et mon cœur s’arrêta. C’était lui. L’homme que j’avais aperçu la veille dans la boîte de nuit. Maintenant qu’il se tenait devant moi, je pouvais mieux voir les détails de son visage. Une mâchoire parfaitement dessinée. Des lèvres pleines. Un nez droit. Et ces yeux… D’un bleu glacial. La réceptionniste renifla bruyamment. — Monsieur… je faisais juste mon travail. Cette femme m’a demandé où se trouvait votre bureau, alors je lui ai expliqué que vous étiez occupé. Mais elle s’est mise à insulter ma mère… et moi aussi. Mes yeux s’écarquillèrent. — Quoi ?! Mais c’est faux ! Mais l’homme ne me regardait même pas. Ses yeux restaient fixés sur la réceptionniste. — Est-ce vrai ? demanda-t-il calmement. — Oui monsieur… Il se tourna enfin vers moi. Et pendant une seconde… j’eus l’impression que la température de la pièce avait chuté de dix degrés. — Si je me permets… j’aimerais savoir ce qui vous a donné le droit d’insulter mon employée. Je reculai instinctivement. L’aura qui se dégageait de lui était écrasante. — Je… je n’ai rien fait. Mais il n’écoutait déjà plus. — Sortez. — Pardon ? — Sortez immédiatement de mon entreprise. Deux agents de sécurité apparurent presque aussitôt. Et quelques minutes plus tard, je me retrouvai dehors. Je restai plantée sur le trottoir pendant plusieurs secondes. Puis je me mis à rire. — Mon Dieu… je suis vraiment une trouillarde. Je passai une main dans mes cheveux. Cet homme… Il était terrifiant. Mais quelque chose dans son regard m’avait profondément troublée. Une noirceur. Une colère contenue. Je frissonnai. Je décidai de marcher un peu pour me calmer. Los Angeles était magnifique sous le soleil de fin de matinée. Les rues étaient animées, pleines de musique et de rires. Un vendeur ambulant attira mon attention. — Une barbe à papa, mademoiselle ? Je souris. — Pourquoi pas. Je repris ma marche en dégustant la sucrerie. Je me sentais presque légère. Libre. Le vent jouait avec mes cheveux. Pendant un instant, j’eus envie de courir, de rire, de crier. Comme si j’avais enfin retrouvé quelque chose que j’avais perdu depuis longtemps. Mais soudain… BAM. Je percutai quelqu’un. Et ma barbe à papa se retrouva écrasée contre sa chemise. Mon cœur rata un battement. Je levai les yeux. Monsieur Ericsson. — Je suis désolée ! balbutiai-je. Son regard descendit lentement vers sa chemise. La barbe à papa rose collée au tissu blanc était… spectaculaire. Il releva la tête. — Ta bêtise dans mon entreprise ne t’a pas suffi ? Sa voix était glaciale. — Maintenant tu me poursuis dans la rue pour ruiner mes vêtements ? Je sentis mes lèvres trembler. Parce que j’essayais désespérément de ne pas rire. — C’était un accident… — Une chemise que tu ne pourrais même pas payer, ajouta-t-il froidement. — Monsieur, je— Je fis un faux pas. Et tombai directement contre lui. Mes cheveux tombèrent autour de nos visages. Nos respirations se mêlèrent. Ses yeux bleus plongèrent dans les miens. Et pendant une seconde… Le monde sembla disparaître. Je vis quelque chose passer dans son regard. Une émotion furtive. Je n’eus pas le temps de comprendre. Je me redressai brusquement. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser. Alors je fis la seule chose possible. Je courus. Je montai dans le premier taxi que je trouvai. — Dépêchez-vous ! Lorsque j’arrivai à l’appartement, je fonçai dans ma chambre et me laissai tomber sur le lit. Je fixai le plafond. Cet homme était insupportable. Arrogant. Froid. Et pourtant… Rien qu’en pensant à lui, mon cœur se mit à battre plus vite. Je grognai en enfouissant mon visage dans l’oreiller. — p****n… Je fermai les yeux. — Qu’est-ce que tu me fais, Coen ?
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