05
(LE POINT DE VUE : SAMUELS)
À ce moment-là, honnêtement, je ne me rappelle plus pourquoi je considère Brandon Maxfield comme mon propre prince charmant. Aucun des articles à son sujet ne m’a jamais préparée à découvrir à quel point il peut être incroyablement grossier.
Je lève un sourcil vers lui.
— Eh bien, tu as clairement un ego à la hauteur de ton compte bancaire. Tu dois absolument détester ramper aux pieds de ton père pour obtenir le poste de PDG et te soumettre à ses caprices.
Ses poings se serrent.
— Ce que je déteste vraiment, c’est de donner à des opportunistes comme toi la chance de profiter de quelqu’un juste parce que j’ai besoin de toi pour quelque chose pour lequel je travaille dur. Mais je suis pragmatique, Mademoiselle Samuels. Plutôt que de me disputer avec toi, je préfère qu’on parvienne à un accord commercial à l’amiable qui nous donne à tous les deux ce que nous voulons.
Je masse l’espace entre mes sourcils et lui jette un coup d’œil furtif.
— J’écoute, parce que c’est moins fatigant que d’essayer de cabosser la table avec ton joli visage.
Ses lèvres se contractent une seconde. Je crois qu’il est sur le point de sourire, mais cela disparaît si vite que je ne suis même pas sûre de l’avoir vu.
— Je suis d’accord avec les conditions de mon père et je vais t’épouser.
Je retiens mes protestations jusqu’à ce qu’il ait terminé. Si je laisse ma bouche s’emballer, on n’en finit jamais ici. Je pourrais le tuer avant de m’éloigner de cette table.
— Mais je veux que tu insistes pour qu’on ait un contrat prénuptial qu’il ne voulait pas qu’on signe, et je veux qu’on reste mariés seulement pendant un an, ce qui est la durée minimale qu’il accepterait. Ne me demande pas pourquoi, parce que je ne sais pas ce qu’il pense en tirer, encore moins dans un an.
Je lève la main pour l’arrêter, incapable de me retenir plus longtemps.
— Si j’étais vraiment l’opportuniste que tu crois que je suis, pourquoi j’accepterais un contrat prénuptial qui, j’en suis sûre, ne me donnera rien, surtout s’il est rédigé par tes avocats ?
— Parce que je vais te payer pour tes services, Mademoiselle Samuels.
Il dit ça sèchement.
— Je te paierai un million de dollars pour rester mariée avec moi pendant un an.
Ma mâchoire tombe si vite que je suis surprise de ne pas sentir la surface froide et dure de la table. Je réussis à peine à la refermer et j’avale difficilement.
Un million de dollars. Jésus. Ça fait six zéros — plus de zéros que ce que j’ai sur mon compte avant le signe négatif.
Puis je me rappelle le visage gentil et souriant de Martin.
Cet homme est plus un père pour moi que le mien ne l’a jamais été. Après des années passées à m’asseoir avec lui pendant qu’il prend son petit-déjeuner chez Marlow et à l’écouter parler de tout ce qui se passe — que ce soit une fusion, un beau souvenir d’Evelyn ou quelques pitreries amusantes de ses enfants — on est devenus de bons vieux amis.
Un pincement de culpabilité me frappe.
— Non, je ne peux pas.
Je le dis avec difficulté, parce que même si je ressens une loyauté féroce envers ce vieil homme, et que je ne pourrais jamais lui faire un coup pareil, un million de dollars, c’est une fortune pour quelqu’un comme moi qui n’a rien.
— Non ?
Brandon répète, surpris. Puis ses yeux se plissent.
— Je ne serais pas si pressé à ta place, Mademoiselle Samuels. Un million de dollars, c’est beaucoup d’argent, et je sais que tu en as désespérément besoin.
Cette fois, ce sont mes propres mains qui se serrent en poings.
— Tu ne sais rien de moi, Monsieur Maxfield.
Il hausse les épaules, l’air parfaitement calme, ce s****d.
— Oh, j’en sais assez, Mademoiselle Samuels. Je sais, par exemple, que la mort de ton père t’a laissée avec un tas de dettes. La maison est en ce moment en dessous de sa valeur. Il y a six mois de retard sur l’hypothèque et elle risque d’être saisie à nouveau, après que tu l’aies sauvée de justesse il y a un an en reprenant le prêt toi-même.
Il continue.
— Tu as accumulé une bonne partie de ta dette personnelle après ton court passage dans une école de pâtisserie à Paris, et tu as vendu tout ce que tu pouvais pour essayer de t’en sortir, mais tu couvres à peine les intérêts. Tu veux retourner à Paris et terminer ton apprentissage, mais tu n’as même pas assez d’argent pour faire tes courses, si tes récentes visites à la banque alimentaire en sont une indication. Tu redoubles d’efforts avec les hommes riches qui viennent chez Marlow pour de meilleurs pourboires, comme avec Bruce Cooper, par exemple, mais je doute qu’ils te laissent jamais assez pour que tu puisses t’en sortir confortablement.
Mes joues brûlent d’humiliation, sûrement aussi rouges que des tomates bien mûres.