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Je me fraie un chemin à travers la foule, mon joli sac rose serré contre moi.
Les néons du club peignent la nuit de reflets dorés et fuchsia.
J’ai passé des heures à me préparer, essayant mille tenues, mille coiffures, avant de me décider pour cette robe rose poudré fluide, élégante, presque irréelle et des talons assortis qui claquent doucement sur le pavé.
Mes talons… ah, ces talons.
Hauts et fins, couleur de pétale, ils semblent faits pour les projecteurs.
Leur éclat satiné accroche la lumière à chaque pas, allonge ma silhouette, me donnant cette allure que j’aime tant : confiante, féminine, un peu irréelle.
Je me sens prête à conquérir la nuit ou à m’y perdre.
Ma robe glisse autour de mes jambes comme une promesse.
Rose tendre, brillante sous les lampadaires, elle épouse mes formes avant de s’évaser en une vague de tissu léger.
L’encolure dévoile juste ce qu’il faut de peau, les manches fendues laissent deviner mes gestes.
C’est une robe de rêve. Et ce soir, j’ai décidé d’en être l’héroïne.
À mesure que je m’approche du nightclub, le bruit des basses vibre dans ma poitrine.
La file d’attente s’étire, les regards se tournent, certains intrigués, d’autres jaloux.
J’avance, la tête haute, un sourire discret aux lèvres.
Je sens les yeux sur moi.
J’aime cette sensation ce pouvoir invisible, presque électrique, de retenir les regards sans rien dire.
Et soudain, il apparaît.
Un homme.
Grand, brun, élancé.
Son costume noir épouse sa carrure athlétique avec une élégance étudiée.
Son visage, éclairé par les néons, semble taillé dans la lumière : traits réguliers, pommettes hautes, regard profond, presque hypnotique.
Ses lèvres dessinées portent un sourire calme, sûr de lui, un de ceux qu’on n’oublie pas.
Il s’avance vers moi avec une aisance presque théâtrale, comme si la foule s’écartait d’elle-même.
Son parfum un mélange de bois chaud et de musc me frôle.
Il tend la main, et sa voix vibre comme une basse dans le vacarme de la musique.
— Bonsoir, mademoiselle, dit-il d’une voix grave et douce.
Je m’appelle Boris. Je suis l’assistant de la directrice de l’agence de mode.
Nous nous sommes croisés brièvement… lors de la signature de votre contrat.
Je lève les yeux vers lui. Son regard m’accroche intense, un peu trop.
Un frisson me parcourt, aussi soudain qu’un courant d’air.
Il y a quelque chose dans son regard, une promesse ou un avertissement, je ne sais pas encore.
— Oui, je me souviens, dis-je avec un léger sourire.
Ma voix me paraît plus calme que je ne le suis réellement.
Il me fait signe de le suivre, contournant la file d’attente d’un geste que le videur reconnaît aussitôt.
Je le suis, sans vraiment réfléchir, grisée par le sentiment d’entrer dans un monde à part celui où tout semble possible, beau, dangereux.
À l’intérieur, la chaleur m’enveloppe aussitôt.
La lumière pulse au rythme de la musique, les corps se meuvent dans un brouillard de parfums, d’éclats, de murmures.
Les miroirs reflètent des visages flous, des sourires suspendus.
Tout vibre. Tout respire la démesure.
Boris se tourne vers moi.
— Vous êtes magnifique ce soir, dit-il simplement.
Sa voix se perd dans la musique, mais ses yeux disent le reste.
Il m’invite à le suivre jusqu’à l’espace VIP, à l’étage.
De là, la vue plonge sur la foule en mouvement un océan de lumière et de chair.
Il commande deux verres sans même me demander ce que je veux.
Un geste sûr, maîtrisé.
Il contrôle la scène, le rythme, peut-être même le destin de ceux qu’il approche.
Je porte le verre à mes lèvres.
Le goût est sucré, piquant, inattendu.
Tout comme lui.
— Vous savez, dit-il, beaucoup rêvent d’entrer dans ce monde.
Mais peu comprennent vraiment ce qu’il demande en retour.
Je le fixe.
Ses mots flottent entre nous comme une énigme.
Il sourit, mais son regard reste grave, presque inquiet.
— Et moi ? demandé-je, sans y penser.
— Vous… vous avez ce qu’il faut, murmure-t-il.
Mais attention à ce que vous désirez, Bilda.
Chaque rêve a un prix.
Un long silence s’installe.
La musique continue de battre, les lumières de danser, mais tout autour de nous semble suspendu.
Je ne sais plus si je dois être fascinée… ou effrayée.
Et pourtant, au fond de moi, je le sens :
la nuit ne fait que commencer.
Et je viens, sans le savoir, de franchir la porte d’un monde dont on ne revient jamais vraiment.