Chapitre 3— Les Reflets du Mensonge
Aurora
Je souris et lui serre la main.
— Enchantée, Boris. Merci de m’avoir accueillie ce soir.
Boris incline légèrement la tête, un sourire poli au coin des lèvres. Puis il me fait signe de le suivre.
Nous entrons dans le nightclub.
La musique est si forte qu’elle semble battre à l’intérieur de ma poitrine. Des éclairs de lumière déchirent l’obscurité fuchsia, or, violet. Le sol tremble sous mes talons, et l’air, saturé de parfum et d’alcool, brûle presque à respirer.
Je suis à la fois grisée et terrifiée.
J’ai toujours rêvé de ce moment. Être mannequin. Miss. Célèbre.
Et ce soir, j’ai signé avec l’une des meilleures agences de la ville.
Je devrais flotter sur un nuage.
Mais quelque chose m’échappe déjà.
Je me fraye un chemin dans la foule, mon sac rose contre moi. Les regards glissent sur ma peau, insistants, étranges. Certains sourient, d’autres chuchotent. Je ne connais personne, et pourtant, j’ai l’impression d’être observée depuis toujours.
Des flashes m’aveuglent.
Des voix m’interpellent.
Des questions fusent que je ne comprends pas.
Je réponds à moitié, sans entendre mes propres mots.
Tout devient flou.
Je perds pied.
J’avais imaginé la fête, la légèreté, les rires…
Mais cette nuit ressemble à une scène trop écrasante, trop brillante pour moi.
Et c’est alors que je le vois.
Un homme. Grand. Sombre. Silencieux.
Il se tient au bord de la piste, les bras croisés, le regard fixé sur moi.
Ses yeux… noirs, perçants, presque irréels. Comme s’ils cherchaient quelque chose au fond de mon âme.
Un frisson me parcourt la nuque.
Je détourne les yeux, le cœur battant.
Mais je le sens toujours là, ancré dans l’ombre.
Boris m’attrape doucement par le bras.
— Aurora, viens. Je veux te présenter quelques-unes des personnes les plus influentes de l’industrie.
Je le suis, docile.
Près du bar, un groupe élégant rit sous les projecteurs. Des verres tintent, des sourires s’échangent.
Je serre des mains, je souris, j’écoute des prénoms, des titres, des promesses.
Mais tout tourne.
Les visages se brouillent, les voix se mélangent.
Je me sens submergée.
Et soudain, une main se pose sur mon épaule.
Je me retourne.
C’est lui.
L’homme du bord de la piste.
Toujours ce même regard, sombre et intense.
Toujours ce même calme étrange, presque inquiétant.
— Bonjour, Aurora, dit-il d’une voix grave, en me tendant la main. Je m’appelle Damien. Enchanté.
Je reste un instant sans bouger, hypnotisée par sa présence.
Puis je lui serre la main, le souffle court.
— Enchantée.
Son sourire est subtil, mais il y a dans ses yeux une gravité que je ne comprends pas. Une ombre.
Je devrais m’éloigner.
Mais je n’y arrive pas.
— Je pense que nous devrions parler, dit-il doucement. Il y a quelque chose que je dois te dire.
Je le regarde, interdite.
— Oui… bien sûr.
Il m’entraîne vers un coin plus calme, loin du bruit et des lumières. Nous nous asseyons à une petite table. Un serveur silencieux nous apporte deux verres.
Je croise les jambes, tente de cacher mon trouble.
— Qu’est-ce que vous voulez me dire ?
Damien baisse les yeux, puis les relève lentement vers moi.
Son regard a perdu toute chaleur.
— Aurora, je sais que tu viens de signer un contrat avec l’agence.
Il marque une pause.
Son ton devient plus grave, presque compatissant.
— Mais ce contrat… n’est pas ce que tu crois.
La musique s’efface. Le monde s’arrête.
Je le fixe, incapable de parler.
Une onde glacée me traverse.
Quelque chose, dans sa voix, dans ses yeux, me dit que ma vie , celle que je croyais commencer , est peut-être déjà en train de basculer.