Fin

3527 Words
                                                                                               XII Omwana se rendit au chevet de sa sœur tous les jours durant le temps que dura son hospitalisation. Les médecin étaient confiants et se succédaient à son chevet avec de bonnes nouvelles. Et cela n’était que le début. Elle reçut un coup de fil de la caisse de sécurité sociale qui lui annonça qu’elle pourrait percevoir régulièrement son allocation à partir du mois suivant, mais qu’elle pouvait déjà aller retirer un chèque dans leurs bureaux, qui couvrait le montant des allocations qu’elle aurait dû percevoir ces cinq dernières années. Elle en parla à Omwana les larmes aux yeux. Mais les mauvaises nouvelle aussi, ne tardèrent pas à arriver. Les membres de la famille de ses défunts parents qui l’avait spoliée de son héritage se succédaient à son chevet et lui annonçaient qui des catastrophes, qui des problèmes d’argent. Un jour qu’Omwana était avec elle à l’hôpital, l’un des frères de son défunt père arriva la mine défaite. Il regarda Omwana un peu mal à l’aise, puis il se décida à parler voyant que le jeune homme ne semblait pas vouloir sortir de la pièce et le laisser seul avec sa nièce :   _ Ifili je ne sais pas comment t’annoncer ça, mais la maison de ton père dans laquelle je vie a pris feu il y a deux nuits, dit l’homme   La vieille femme se tourna vers Omwana sans comprendre ce que son oncle attendait d’elle :   _ Que suis-je supposée faire ? Cette maison tu as dit qu’elle te revenait de droit et tu me l’as arrachée, tu viens me dire maintenant qu’elle a brulée pourquoi ? C’est ta maison, _ Tu sais bien que je n’ai pas les moyens de la reconstruire, ajouta l’homme _ Et qui les a ? S’enquit Ifili, c’est ta maison trouve une solution, même si j’en avais les moyens pourquoi devrais-je reconstruire ta maison ? Depuis des années je vie comme une sans famille, dès que vous avez récupéré tout ce qui était à nos parents vous avez fait une croix sur moi. Aujourd’hui tu viens me voir à l’hôpital, sans me demander pourquoi je suis hospitalisée, et tu me parles de ta maison qui a brulée… je ne sais pas ce que tu attends de moi mon oncle, moi qui vit dans une petite chambre de location, et qui n’ai même pas de quoi prendre soin de moi, même pour manger je compte sur le bon cœur de mes voisins   Omwana fixait l’homme le regard dur. Il se disait que certaines personnes étaient tout de même très culottées. Mais il ne dit rien, se contentant de regarder cet homme sans scrupule venir au chevet d’une malade lui demander de l’aider à reconstruire un bien qu’il lui avait volé. Drôle de type ! Il en fut de même pour tous les appartements qui avaient été légués à Ifili après la mort de ses parents. Et tous ceux qui l’avaient spolié soit d’un bien matériel soit financièrement, perdirent tout ce qu’ils avaient obtenus de ces biens. La vieille dame quant à elle, vit son état de santé s’améliorer de façon significative et sa situation financière aussi. L’homme assis près d’elle depuis qu’elle avait été internée, l’informa un jour qu’il avait racheté à son nom une petite maison dans la zone de bac aviation. Ce bien là était à elle, et personne ne pourrait le lui prendre. Il était aussi arrivé un matin accompagné de deux jeunes hommes à peine plus jeune que lui et les avaient présenté à la vieille dame comme étant les fils de son défunt petit-frère :   _ Nous sommes Wora et Yenon, fit Yenon, nous avons grandi avec la grande-sœur de notre mère après la mort de cette dernière, mais personne ne nous a jamais dit que notre père avait de la famille encore moins une sœur. C’est pour cela que nous ne t’avons pas cherché, et puis cela nous à prit du temps pour arriver à tirer de notre tante le nom de notre père… _ Avec tout ce qui s’est passé à sa mort je comprends que les parents de votre mère aient put être offusqués, murmura Ifili, mais je suis là, et je vais être là pour vous aussi longtemps que je vivrais, continua-t-elle   L’homme sourit en voyant les jumeaux prendre place aux côtés de leur tante comme s’ils étaient soulagés de rencontrer quelqu’un qui pourrait leur parler de leur père, et peut-être de façon plus positive que ce qu’ils avaient dû entendre depuis longtemps. Ifili avait les larmes aux yeux, voilà qu’elle venait de retrouver les enfants qu’elle avait cherchés toutes ces années. Elle avait toujours crains de quitter ce monde sans les avoir revu, la dernière fois ils avaient deux ans et n’étaient pas bien grands. Elle fixait les jumeaux le regard tendre, ils étaient grands, et qu’est-ce qu’ils étaient beaux. Ils avaient hérités des grands yeux de leur père, et de son sourire. Pour le reste, on aurait dit que leur mère les avait eu toute seule tellement ils lui ressemblaient :   _ Tout le monde nous dit la même chose depuis que nous sommes tout-petits, et c’est vrai qu’en voyant des photos de notre mère, il semble en effet qu’on lui a fait la part belle, dit Wora en riant   Omwana se leva et s’apprêtait à sortir de la chambre lorsque la vieille dame l’arrêta :   _ Pourquoi tu t’en vas ? _ Je ne suis plus de ta famille petite-sœur, il faut que tu t’y fasses, si tu as besoin de moi je serais là, mais il te faut désormais te concentrer sur ta nouvelle famille, ils n’ont plus que toi, leurs deux parents sont morts ainsi que leur mère adoptive. Je leur aies montré où se trouve ta maison, et nous y avons transportés toutes tes affaires, il te faut te battre pour eux maintenant, et moi je ne serais plus qu’une ombre bienveillante dans vos vies à tous les trois _ Merci, répondit Ifili les larmes aux yeux, je ferais de mon mieux tu pourras être fier de moi cette fois _ Je sais, dit l’homme en s’en allant   En arrivant dans la rue, devant l’hôpital Paul Igamba, où avait été internée sa sœur, Omwana se tint immobile un moment. Il regardait autour de lui les gens aller et venir. Chacun dans ses pensées. Chacun préoccupé par ses propres soucis. Ils marchaient la tête basse, ne faisant pas attention les uns aux autres. A part quelques exceptions, le reste des personnes qui se croisaient, passaient sans se soucier ou se rendre compte de ceux qu’ils croisaient. Et c’était comme ça. Il avait lui-même été comme ça, toutes ses vies durant lesquelles il était venu dans ce monde. Focalisé sur ceux pour lesquels il avait fait le voyage, et ignorant les autres. Il y avait cependant tellement de personnes qui comme sa jeune sœur se retrouvaient pour une raison ou une autre dans des situations compliquées. Au bout de quelques minutes il entendit son téléphone sonner, c’était Alene. Elle avait un peu mal au dos, et voulait savoir s’il rentrerait bientôt et comment allait sa sœur. Il sourit. Sa sœur allait parfaitement bien et était très heureuse, quant à lui il y avait des chances pour qu’il rentre bientôt, juste le temps de passer à la pâtisserie lui acheter quelques gâteries et il serait là. Il se mit en marche vers la pâtisserie et se concentra sur ce qu’il avait à faire, en se disant que c’était déjà bien assez difficile, d’arriver à satisfaire les personnes que l’on avait sous notre responsabilité… La vie ! Il avait pris des nouvelles de son jeune frère qui vivait à l’étranger ainsi que de leur sœur. Les deux se portaient bien, mais les meilleures nouvelles venaient de sa sœur, elle avait commencé un traitement et avait fait un tour en désintoxication. Il n’aurait plus à s’inquiéter pour elle. Son jeune frère lui avait proposé d’aller avec sa compagne passer quelques mois avec lui, mais Omwana refusa, Alene était enceinte et il ne voulait pas mettre sa vie ou celle de l’enfant en danger. Ils se mirent donc d’accord pour que ce soit son jeune frère qui fasse le déplacement après la naissance de l’enfant. Omwana était heureux, non pas qu’il ne l’ait jamais été, mais un enfant c’était une première et ce qu’il ressentait était… différent ! Il avait vécu auprès de femmes enceinte et en général, c’était pénible, et pour lui et pour les futures mamans, il le savait. Mais Alene n’avait rien à voir avec ces femmes, on aurait dit que cet enfant avait quelque chose de différents. Quelques douleurs dans le bas du dos de temps en temps, et c’était tout. Pas de nausée, pas de saute d’humeur, ni même d’envies bizarres. Il se dit que c’était aussi bien comme ça, il ne savait pas s’il avait en lui assez de patience pour traverser ça, même pour Alene. Il arriva chez sa compagne les bras chargés, et la trouva assise dans le fauteuil à bascule qu’il lui avait offert lorsqu’ils avaient appris pour le bébé. Elle était devant la télé, et oscillait entre veille et sommeil. Il s’approcha doucement :   _ Tu devras d’abord manger un peu de ce que je t’ai apporté avant de t’endormir pour de bon, fit-il en déposant un b****r sur son front _ Omwana ! S’exclama la jeune femme sans bouger, elle se contenta de sourire _ Alors dis-moi, comment allez-vous tous les deux ? _ Très bien et toi ? Comment s’est passée ta journée ? Et ta sœur, elle sort bientôt de l’hôpital ? _ Trop de questions auxquelles je suis supposé répondre ma belle, je vais donc d’abord te servir à manger, ensuite je viendrais m’asseoir près de toi et je pourrais te répondre   La jeune femme sourit en le regardant se diriger vers la cuisine. Elle se demandait ce qu’elle avait bien pût faire pour mériter un type pareil. L’homme était attentionné et d’une douceur infinie. Elle avait souvent l’impression d’être une petite chose fragile sur laquelle il avait le devoir de veiller. Depuis qu’elle avait découvert qu’elle était enceinte, elle avait décidée de ne plus tenir tête à son compagnon. Elle le laissait prendre toutes les décisions dans la maison et ailleurs et il lui sembla que l’homme appréciait d’être le maitre de cérémonie. Il agissait au mieux au quotidien, et elle se rendit vite compte que ses décisions étaient souvent bien mieux réfléchies que les siennes. Une chance ! La jeune femme avait informé son père qu’elle était enceinte d’un jeune homme avec lequel elle vivait depuis un bon moment déjà, mais même si l’homme connaissait Omwana pour avoir discuté avec lui à plusieurs reprises, les antagonismes nés de cohabitations ratées entre leurs deux communautés, rendaient compliquée cette union. Les parents d’Alene venaient du nord du pays, un peuple fier et combatif, descendants de guerriers et d’hommes forts au passé plein de conquêtes. Les parents d’Omwana étaient d’une tribu d’homme de la côte. Descendants de pêcheurs quelques fois intolérants, et aux manières nobles. Dans le pays à chaque fois que ces deux ethnies étaient en conflits rien de bon n’en ressortait. Nos deux jeunes gens se retrouvaient malgré eux, au centre d’un genre de guerre ethnique. Les parents d’Alene, fang du nord du Gabon, n’avait aucune envie d’avoir pour gendre, un représentant de l’ethnie Omyènè de l’Ogooué Maritime, ces hommes fiers et arrogants, un peu trop, au goût des descendants des guerriers fang du nord. Une histoire abracadabrante ! Le père d’Alene rassura sa fille en lui disant que personne n’avait le droit de la forcer à se séparer de son homme, pas plus que celui de l’obliger à avorter de son bébé. Simplement, certains parents deviendraient forcément un tantinet désagréables en présence de son compagnon. Et qu’elle devait s’attendre à subir leurs railleries, et quelques blagues pourries, et cela souvent en présence d’Omwana. Le fait que sa nombreuse famille se trouvait concentrée dans le nord du Gabon, ainsi que dans la capitale, elle était tranquille. Il n’était pas question que ce grand type sans aucun sens de l’humour se retrouve à gérer les quolibets et autres provocations de ses cousins, cousines, oncles et tantes etc… Elle savait que même pour elle, Omwana ne tolèrerait pas que l’on lui manque de respect. Ni à lui, ni à elle et cela qu’il soit là ou pas. Et elle ne voulait exposer aucun des membres de sa famille aux foudres de l’homme. Elle lui expliqua tout de même la controverse que leur relation suscitait dans sa famille :   _ Le frère de ma mère aussi à fait allusion à tes origines il y a quelques mois en apprenant que j’allais avoir un enfant de toi, dit Omwana impassible _ Et ??? _ Rien, je suis seul à décider qui entre dans ma vie, et ces considérations purement humaines n’ont pas le moindre sens pour moi, c’est avec toi que je vie, pas avec ta famille d’où qu’elle soit, et cela quoiqu’en pense ma propre famille   Il avait dit ça sans sembler affecté par tout ceci. Il était assis dans le fauteuil en face de la télé et n’avait même pas quitté l’écran des yeux. Alene savait qu’il ne se laissait jamais dicter sa conduite par personne et cela quel que soit le nombre de personne en face de lui. Mais elle Alene, se disait tout de même que tout ça n’avait pas beaucoup de sens, et espérait qu’au final chacune des familles s’en rendraient compte, à un moment ou à un autre. Elle observait son compagnon qui avait les yeux fixés sur le grand écran LED du salon. Il le senti et tourna les yeux vers elle :   _ Tu as un problème Alene ? S’enquit-il _ Oui, toi, _ Moi ? Expliques-toi mieux je ne comprends pas, _ Tu as toujours l’air de ne pas te soucier de ce que pensent les autres, ou de ce qu’ils ressentent c’est déconcertant… _ Et tu es convaincu que si je ne l’ai pas fait avant, c’est maintenant que mon fils est en route que je devrais commencer ? Fit l’homme en fronçant les sourcils, à ton avis je devrais faire quoi Alene ? M’en retourner chez moi avec mon fils et t’abandonner ici toute seule ? C’est la seule option que j’ai… parce qu’il n’est pas question de le tuer, je le prends et l’emporte avec moi dans mon monde, et toi tu restes ici avec ta famille qui saura te trouver l’homme qu’ils veulent voir à tes côtés… _ Tu vas trop loin Omwana, ce n’est pas ce que j’ai dit… _ Et qu’est-ce que tu as dit Alene ? Que l’on doit se faire du mauvais sang toute une vie en pensant aux convictions des uns et des autres en sachant que non seulement on n’y adhère pas et qu’en plus on ne fera rien dans le but de s’y plier ! Tu aimes souffrir pour rien c’est ça ?? Dit l’homme en regardant sa compagne   Il posait sur elle un regard plein de colère, et c’était la première fois. Depuis toutes ces années, c’était la première fois qu’Omwana était en colère contre elle. Elle savait qu’il ne lui ferait rien volontairement mais elle prit tout de même peur. Pourquoi lui en voulait-elle pour quelque chose qui ne les concernait en rien. Chacun était responsable de ses convictions et toutes ces considérations communautaires n’avaient rien à voir avec leurs convictions à Omwana et elle, alors quoi ? Elle ne venait pas de découvrir ce qu’il était. Et dès lors qu’elle avait acceptée d’entretenir cette relation avec lui, elle avait accepté d’affronter tout ce que la vie leur enverrait d’épreuve à ses côtés. Il avait raison de se mettre en colère. Elle s’approcha de lui et prit place sur la moquette à ses pieds, et posa sa tête contre le genou de l’homme :   _ Je suis désolée Omwana, toutes ces personnes ne font même pas partie de ma vie et voilà que je m’inquiète de ce qu’elles pensent de ma vie privée comme si j’avais besoin de leur approbation,   L’homme la regardait toujours mais ne disait plus rien. Pourquoi avait-il fallut qu’il reste dans ce monde pour vivre tout ça ? Il sa cala à nouveau dans le fauteuil sans plus faire attention à la présence de la jeune femme. Alene passa plusieurs heures assise aux pieds de son compagnon, ignorée de ce dernier. Elle sentait son cœur se serrer au-dedans d’elle et ne pensait pas pouvoir le supporter. Au bout d’un moment elle commença à laisser échapper quelques larmes. L’homme senti que le pantalon qu’il portait était maintenant humide, en se penchant, il vit que sa compagne pleurait en silence assise à ses pieds, la tête contre son genou. Il s’en ému :   _ Alene, dit-il en l’aidant à se lever   Il l’obligea à s’assoir sur ses genoux et à le regarder. Elle se bornait cependant à garder la tête baissée :   _ Ma chérie dis-moi ce qui ne va pas ? Alene je t’en prie, suppliait l’homme   Elle leva les yeux sans cesser de pleurer :   _ J’ai tout gâché entre nous, j’ai tout… _ Non calmes-toi, lui dit l’homme en la serrant contre lui, tu n’as rien gâchée pourquoi tu dis des choses pareilles ?   Alene continuait de pleurer, en s’agrippant à l’homme de toutes ses forces. Elle regrettait chaque parole qu’elle avait prononcée, chaque accusation, elle savait bien elle, qu’il n’était pas insensible et voilà qu’à cause de choses qui ne les concernaient pas elle sentait bien qu’elle était en train de le perdre :    _ Tu es si jeune, fit Omwana en lui caressant les cheveux, les meilleurs amis se disputent, les amoureux se disputent, les membres d’une famille unie se disputent, nous aussi il nous est arrivé de nous disputer… _ Pas comme aujourd’hui, murmura-t-elle, aujourd’hui j’ai bien vu que tu étais en colère après moi   Omwana la serra contre lui encore plus fort. Il lui murmura qu’il ne le serait plus jamais. Il lui promit qu’il ne cesserait jamais de l’aimer et que les épreuves et les hommes de ce monde qui était le sien ne l’empêcheraient pas de rester auprès d’elle, et qu’elle n’avait rien à craindre. Qu’elle n’aurait jamais rien à craindre, de rien, ni de personne…       Fin    
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