chapitre 11

2880 Words
Une fois arrivée sur la terrasse, Édouard était déjà habillé pour le travail. Il portait la cravate que je lui avais choisie le premier jour où je l’avais vu. Je ne savais pas trop comment le prendre, mais elle lui allait vraiment très bien. — Assieds-toi, s’il te plaît. Je m’installai sans me faire prier. Un employé me servit du café tout de suite après. — Qu’est-ce qui s’est passé hier soir ? Tu ne me donnes pas l’impression d’une fille ayant des tendances suicidaires. — L’apparence est trompeuse, tu sais. Et je n’ai pas du tout envie de répondre à ta question. Il resta un moment silencieux, puis dit avec un petit sourire au coin des lèvres : — Je vais découvrir ce que tu caches… — Vous avez une imagination débordante, monsieur West. De toute façon, je ne suis rien pour vous, alors n’essayez pas de percer mes secrets. Je bus une gorgée de café. — Tu le fais encore… — Je fais quoi ? — Tu évites mes questions. — Je sais. Tu veux me faire sentir spécial, puis tu attendras que je sois vulnérable pour me planter un couteau dans le dos. — Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? Je pensais qu’on était amis. Je savais qu’Édouard n’était pas responsable. — Oh, rien du tout. Un moment de silence s’installa, puis je lâchai : — Je m’excuse, Édouard, c’est juste… Je ne pouvais pas lui dire la vérité, du moins pas maintenant. — Je veux juste te remercier pour hier, je n’ai pas… Il allait me répondre quand Stacy arriva. — Bonjour Noria, tu as passé une bonne nuit, j’espère. — Bonjour, et merci pour hier, et aussi pour la robe. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, je vais appeler un taxi pour rentrer chez moi. — Non, tu ne nous déranges pas, au contraire. Édouard va te raccompagner après le déjeuner, n’est-ce pas, grand frère ? Il regarda Édouard. — Bien sûr, petite sœur. — Mais je dois aller travailler. — Ne t’inquiète pas pour ça, j’ai appelé Sephora. Je lui lançai un sourire forcé, juste pour lui montrer que je n’étais pas du tout d’accord, surtout que Stacy était là. Stacy et Édouard faisaient tout pour me mettre à l’aise. Ils m’incluaient dans toutes leurs conversations. Une fois terminée, je retournai dans la chambre ramasser mes affaires. Il ne me manquait que ma veste. Je me souvins que je ne l’avais pas prise en partant hier soir de la fête, et il était hors de question que je retourne dans cette maison. Une fois devant la salle d’attente, je sentis une main poser une veste sur mes épaules : c’était celle que j’avais portée la veille. Édouard me l’avait mise. — Tu l’avais oubliée hier soir. La mère d’Hans me l’a donnée en voyant que je te suivais, une dame gentille. — Oh oui, elle est très gentille, dis-je avec ironie. Je l’avais à travers la gorge, cette femme. Je n’avais même plus envie de la porter après ça. Mais si je refusais, Édouard allait soupçonner quelque chose. Alors je la gardai sur moi. Édouard m’ouvrit la portière de sa voiture. Le trajet se passa en silence. Il ne disait presque rien, et moi non plus, je n’avais pas envie de parler. De toute façon, il connaissait déjà mon adresse. Une fois arrivée à mon immeuble : — Merci de m’avoir raccompagnée, et merci pour hier soir. J’allais descendre… — Je vais te raccompagner jusqu’à ton appartement. Stacy ne me pardonnerait jamais si je te laissais seule dans la rue, et puis je veux m’assurer que tu ne fasses rien de dangereux, comme hier. — Ce n’est pas nécessaire, tu as déjà beaucoup fait pour moi. Tu n’as qu’à lui dire que tu l’as fait. — Tu veux que je mente à ma petite sœur ? Faisant semblant d’être offusquée, je souris un instant. — Oh non, jamais je n’oserais faire ça. — Alors laisse-moi te raccompagner jusqu’à la porte. — D’accord, tu as gagné. Une fois arrivée devant la porte, elle était ouverte, et il y avait la police à l’intérieur, avec la mère d’Hans. — Mais qu’est-ce qu’elle fiche ici ? me dis-je. — C’est elle, fouillez-la. — Vous êtes folle ou quoi ? Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Et que faites-vous ici avec la police ? — Hier soir, j’ai perdu des boucles d’oreilles très précieuses qui coûtent une fortune — tu ne pourrais même pas les acheter en économisant toute ta misérable vie — et vous étiez la seule inconnue à la réception. — Vous pouvez me fouiller, je n’ai rien pris, dis-je avec assurance. Édouard était là, mais ne disait rien. Il passa juste sa main sur mon dos, pour me rassurer. Un des policiers fouilla mon sac, mais ne trouva rien. Puis il prit ma veste et en sortit les boucles d’oreilles de ma poche. Mes yeux s’écarquillèrent, surprise par la situation. — Comment sont-elles arrivées là ? Je n’ai rien volé. — Arrêtez ça ! cria la mère d’Hans au policier. J’étais en plein cauchemar. Je ne comprenais rien. — Attendez un instant. Je peux vous parler en privé ? dit Édouard aux policiers. Il sortit de l’appartement avec eux. — Je sais que c’est vous qui êtes derrière tout ça. Vous m’avez invité à votre fête débile, et voilà. — Mais quelles preuves avez-vous ? Alors que vous l’accusez, les boucles d’oreilles étaient bien dans votre sac, non ? Vous irez en prison pour vol, lança-t-elle avec un sourire sournois. — Mais je ne vous ai rien fait. Pourquoi faites-vous ça ? — Je veux que tu sortes de la vie de mon fils, une bonne fois pour toutes. Moi : « Si vous êtes comme ça, pas étonnant que votre fils soit un s****d de première. Il a été élevé par une g***e doublée d’une vipère. » Elle allait me gifler quand Édouard retint son geste d’un simple mouvement. — Je n’aime pas abuser, mais si vous ne voulez pas que je ruine votre famille d’un simple coup de fil, inutile d’en arriver là, madame Smith. Vous avez retrouvé votre boucle d’oreille, laissez-la tranquille. Et les policiers sont du même avis que moi. Il dit cela d’un ton ferme et dur. Un des policiers répondit : — Oui, monsieur West, vous avez tout à fait raison. Je pense que la boucle d’oreille a simplement glissé dans sa poche par erreur. — Pour cette fois, Édouard t’a sauvée, mais la prochaine fois, il ne sera pas là. Dit-elle d’un ton agacé, puis sortit en furie. — Je vous souhaite une agréable journée, madame Smith. Encore une fois, Édouard m’avait sauvée. Je restai silencieuse, ne voulant pas aggraver mon cas. De toute façon, rien de ce que j’aurais pu dire n’aurait suffi à le remercier. Une fois sortie, Édouard s’approcha de moi. — Je connais Anna. Elle compte bien recommencer, elle te l’a bien fait comprendre. — Je compte bien ne pas me laisser faire. — Noria, tu ne connais pas ces gens, elle va te détruire. C’était vrai, je ne les connaissais pas, et je n’avais aucun moyen de me défendre. En plus, j’étais brisée et faible. Mais je ne devais pas montrer ma faiblesse devant Édouard. — J’ai une proposition à te faire. — De quoi s’agit-il ? — Vous allez vous marier avec moi. — Vous plaisantez, j’espère. Surprise, je répondis : — Je ne plaisanterais pas sur un sujet pareil. Le ton qu’il employait montrait qu’il était sérieux. — Et pourquoi devrais-je accepter de t’épouser ? Nous venons tout juste de nous rencontrer. — Premièrement, Anna ne va jamais te lâcher, jusqu’à ce qu’elle te détruise, pour une raison que j’ignore. Ensuite, j’ai besoin d’une épouse pour les six prochains mois, surtout après les photos de vous deux qui ont fait la une des journaux. Je veux effacer cette image de célibataire endurci qui colle à ma peau, car la plupart de mes associés ne me prennent pas au sérieux. — Alors, vous avez vu les photos, mais pourquoi aurait-elle plus de compassion pour moi en t’épousant ? — Parce que je peux détruire tout ce que cette famille représente en un claquement de doigts. La famille Smith n’osera jamais t’approcher tant que tu seras à mes côtés. — Je peux me protéger toute seule, monsieur West, mais merci pour votre proposition. — Vraiment ? Tu n’en avais pas l’air tout à l’heure. — Je peux me débrouiller toute seule. — Réfléchis bien, tu as tout le temps qu’il te faut. — Le mariage n’est pas une chose à prendre à la légère, Édouard. — Je dois y aller. Si tu changes d’avis, tu sais où me trouver. Pour moi, ce n’est pas un jeu. Une fois seule dans mon appartement, je réfléchissais à un moyen de parler à Hans. Il me devait des explications. J’essayai de l’appeler, mais, comme je le savais déjà, il ne répondit pas. Alors, j’allais essayer la bonne vieille méthode : aller jusqu’à chez lui. Il devrait me parler, que ça lui plaise ou non. Soudain, je me rappelai comment il avait présenté sa fiancée. Les larmes recommencèrent à couler sur mon visage. J’avais tellement mal. La seule personne qui aurait pu me consoler était dans les bras d’une autre. Il était temps pour moi d’aller travailler. Je n’avais pas le courage de sortir de mon appartement, alors je pris une bonne douche pour me remettre les idées au clair. Quelques minutes plus tard, j’étais à la boutique, en retard. Je déposai mes affaires sur mon bureau puis commençai à faire les cents pas. Je n’arrivais pas à me concentrer. Édouard avait appelé Sephora pour prévenir que je ne pouvais pas venir, mais je refusais qu’un autre homme contrôle ma vie, comme Hans l’avait fait. Je pensais sans cesse à Hans. Il fallait qu’il sorte de mon esprit. Comme je n’arrêtais pas de penser à lui, je décidai de faire quelques recherches sur sa fiancée, pour ne plus être la dernière au courant. Je tapai son nom sur l’ordinateur. Apparemment, c’était une riche héritière. Ses parents étaient morts dans un accident, et elle avait hérité de toute leur fortune. Je trouvai aussi une photo d’elle prise avec Hans, il y a un mois, au Brésil, sur un bateau. Alors c’était ça, son fameux voyage d’affaires, me dis-je, avec un sourire nerveux et attristé en faisant le lien. Les larmes coulaient sur mon visage. Je me sentais idiote de pleurer pour lui. Mon cœur était en miettes, comme si quelqu’un me déchirait de l’intérieur. Je me jurai de me venger de tout ce qu’il m’avait fait. Il allait ramper devant moi, lui et toute sa famille. Il veut une femme riche ? Très bien, il va l’avoir. Sans réfléchir, je pris mon sac et mes affaires et me rendis directement à l’entreprise d’Édouard West. Je pris un taxi qui me déposa devant l’immeuble. Je n’eus même pas le temps de regarder l’architecture. Je pris l’ascenseur. Apparemment, son bureau était au dernier étage, selon la réceptionniste du rez-de-chaussée. Quand j’arrivai, la secrétaire me regarda de haut en bas avant de demander : — Comment puis-je vous aider ? — Dites à votre patron que Noria est là, il comprendra. — Vous avez rendez-vous avec lui ? — Madame, ou mademoiselle, je suis sûre qu’il m’attend. Alors, allez prévenir votre patron. Elle se leva, me lançant un regard noir, comme si elle voulait me sauter à la gorge. Quelques minutes plus tard, Édouard sortit du bureau. — Monsieur West vous attend, vous pouvez entrer. — Je vous l’avais dit. Je souris triomphalement. Elle parut plus gentille en me voyant entrer. Je pénétrai rapidement dans le bureau, lançant : — J’accepte de t’épouser. Édouard me regarda sans un mot, puis me fit signe de m’asseoir. Je m’installai. — Tu vas rester là sans rien dire ? Je viens d’accepter ta proposition. — Je voulais juste te dire que pendant ces six mois, tu n’auras pas le droit de fréquenter d’autres hommes. — Je m’en fiche, j’accepte toutes tes conditions. Il esquissa un petit sourire en coin. Je sus que j’allais regretter d’avoir dit ça. — Mais pourquoi veux-tu te marier pour seulement six mois ? Le mariage n’est pas un jeu, tu sais. — Je sais, mais j’ai besoin de me marier pour gagner la confiance de certains associés. Je l’ai déjà dit ce matin. Et toi, pourquoi ce changement d’avis si rapide ? — Et c’est uniquement pour ça que tu veux te marier avec moi ? — Du moins pour l’instant. Toujours avec ce petit sourire en coin. À ce moment-là, je m’en fichais de tout. Je pensais surtout à comment je détruirais Hans et sa famille. J’avais la haine contre tous les Smith. — Tu le veux ou non, ce mariage ? — D’accord. De toute façon, tu ne répondras jamais à mes questions, mais un jour, je connaîtrai tous tes secrets. Il s’approcha de moi, son regard insistant comme s’il voulait sonder mes pensées. Je me levai. — Quand veux-tu que nous nous marions ? — Le plus vite possible. Disons dans deux jours. — Dans deux jours ? Mais c’est dans quarante-huit heures ! De toute façon, je n’avais rien à perdre. J’avais accepté, autant aller jusqu’au bout. — Oui, je sais, mais j’ai besoin d’une épouse au plus vite. — D’accord, ce sera dans deux jours. — Ce sera quelque chose de simple, toi et moi, et deux témoins. — Tu es d’un romantisme… lui dis-je pour me moquer. — Mais de rien, ma future femme. Je suis là uniquement pour ton plaisir. — Fais tes bagages, je passe te chercher ce soir, tu pars vivre chez moi. — Mais c’est dans deux jours le mariage. Pourquoi devrais-je aller chez toi tout de suite ? — Parce que je veux que ce soit convaincant. — Tu viendras me chercher à quelle heure, mon cher futur mari ? Avec une bonne dose d’ironie dans la voix. — À vingt heures, ma tendre fiancée. — Au revoir, mon cher futur époux. Il se leva d’un bond. — Attends, tu as oublié de m’embrasser. — Non, pas question. — Tu te souviens, on doit être convaincants. Il s’approcha de mon siège, posant ses bras de chaque côté de moi. Je lui fis un bisou sur la joue. — Ça compte, un bisou sur la joue ? Je souris, moqueuse. Il me rendit mon sourire. — Ça ira pour cette fois. Puis il se redressa pour me laisser partir. Je sortis de son bureau après notre discussion, saluai la secrétaire comme pour la taquiner, puis retournai à la boutique pour finir mes heures de travail. Une fois terminée, je rentrai chez moi. La journée avait passé si vite que je n’avais pas eu le temps de penser à ce que je venais de faire : accepter d’épouser quelqu’un juste pour me venger d’un autre. Le souvenir de Hans embrassant sa fiancée et de cette g***e qui lui servait de mère ne fit qu’intensifier ma haine et conforter ma décision. — Oui, je vais l’épouser et me venger de toute sa famille. Je vais les humilier comme ils l’ont fait. J’entendis quelqu’un sonner à la porte. Je sus tout de suite que c’était Édouard. Je pris le reste de mes affaires et mes clés, puis allai ouvrir. Je vis un employé d’Édouard. — Alors, il n’a même pas pris le temps de venir me chercher ? — Monsieur West m’a envoyé vous chercher. Il a un rendez-vous important et vous présente ses excuses. Il prit mon sac et me fit signe de le suivre. Je regardai une dernière fois mon appartement, puis refermai la porte derrière moi, le cœur lourd, sans savoir ce qui m’attendait chez les West. Après quelques heures de route, nous arrivâmes au manoir de la famille West. Arrivés à la porte, Stacy était là pour m’accueillir. — Toi et Édouard, vous cachez bien votre jeu. Vous sortez ensemble depuis quand ? Apparemment, elle n’était pas au courant de mon accord avec Édouard. — On voulait te faire la surprise. Ne sachant trop quoi répondre, je lançai : — Oh oui, je suis vraiment très surprise. Mais je suis heureuse que mon frère décide enfin de se poser avec quelqu’un. J’ignorais pourquoi Édouard n’avait rien dit à sa sœur, mais c’était sans doute mieux ainsi. Elle finirait par s’en rendre compte, car entre lui et moi, il n’y avait rien d’intime, et je ne pensais pas que cela allait changer. — Vous auriez dû me le dire, mais je te pardonne parce que je t’adore. Je vais te montrer ta chambre. Elle continua de me parler tout en me conduisant jusqu’à la chambre. La demeure était immense. Elle m’expliquait l’histoire de la maison. Cette fille était vraiment sympa. Pourquoi la famille d’Hans n’était-elle pas plus comme elle ? Après un long couloir, nous arrivâmes à une belle chambre, encore plus luxueuse que celle où j’avais dormi la nuit précédente. Toute la décoration était harmonieuse, un peu ancienne mais avec une touche de modernité. « Tu n’es là que pour six mois, n’y prends pas trop goût », me souffla une petite voix intérieure.
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