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ORGUEIL ET BOTANIQUE

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Dans l'Angleterre du XIXe siècle, entre le Hampshire verdoyant et les salons étouffants de Londres, se croisent deux âmes que tout oppose en apparence. Lord Arthur Sterling, officier brisé par les horreurs de la guerre d'Espagne, cherche désespérément le repos. Il fait la rencontre d'Eleanor Pemberton, une jeune femme farouche passionnée de botanique, qui vend en secret des remèdes sous le pseudonyme du Docteur Greenhouse.

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Chapitre 1 : Le Bruit et le Silence
Le violon grinçait, s'immisçant sous la peau d'Arthur Sterling comme une lame de baïonnette. Autour de lui, le salon des Pemberton n’était que chaos. Un chaos poli, doré à la feuille, mais étouffant. Les rires des débutantes résonnaient comme des sifflements de mousquet. La chaleur des bougies, mêlée aux parfums de musc, rendait l’air irrespirable. Les murs tapissés de soie rouge semblaient se resserrer sur lui. Terrassé par trois nuits sans sommeil, hanté par les fantômes de la guerre d'Espagne, Arthur sentit sa façade craquer. Il esquiva un vieux baron bavard, poussa une porte-fenêtre dérobée et se jeta dehors. L'air de novembre le frappa de plein fouet. Au loin, à travers la brume, la serre des Pemberton diffusait une lueur spectrale. Guidé par le seul besoin de fuir, il descendit les marches de pierre et s'y réfugia. Lorsqu'il en poussa la porte de fonte, le chaos cessa. À la violence du froid succéda une chaleur moite, vivante, chargée d'odeurs de terre et d'humus. Il ferma les yeux, luttant contre ses tremblements. Fracassement. Le bruit fut infime c’était le raclement d'un pot, pourtant le soldat sursauta, le corps tendu, la main plongeant vers sa hanche vide. — Qui est là ? lança-t-il d'une voix menaçante. Une silhouette émergea des ombres. Ce n'était pas un agresseur, mais une jeune femme d'une beauté saisissante et farouche. Eleanor Pemberton portait une robe de bal en soie pâle, mais le tissu précieux était masqué par un tablier de toile grossière taché de terre. Ses cheveux d'un noir de jais, libérés des coiffures rigides de la gentry, étaient relevés à la hâte par une pique en bois, laissant s'échapper quelques boucles rebelles sur sa nuque fine. Ses yeux d'un vert émeraude profond, brillants d'intelligence et d'un soupçon de défi, le fixaient sans la moindre peur. Elle tenait une petite lanterne de cuivre dont la lueur dorée caressait ses traits délicats et ses lèvres charnues, entrouvertes par la surprise. — Vous devriez baisser le ton, Monsieur, dit-elle d'une voix coupante. Et s'il vous plaît, reculez. Vous piétinez mes semis de Digitalis. Arthur en resta muet de stupeur devant cette vision sauvage et insolente. Il se redressa, masquant son trouble sous un masque de froideur hautaine. — Miss Pemberton ? Que diable faites-vous ici ? Votre place est au salon, pas au milieu de la boue. — Ma place est là où mes observations l'exigent, répliqua-t-elle en le toisant. En revanche, la vôtre est auprès du porto, Lord Sterling. Si vous cherchiez un endroit discret pour cuver vos excès, je vous saurais gré de choisir les écuries. L'odeur d'alcool perturbe mes plantes. Qu'elle prenne son épuisement pour de l'ivrognerie le piqua au vif, mais cela l'arrangeait. C'était une couverture parfaite pour ses faiblesses. — Votre insolence n'a d'égale que votre tenue déplorable, rétorqua-t-il, la voix glaciale. Une demoiselle convenable ne se cache pas dans le noir avec des outils de jardinier. Eleanor esquissa un sourire méprisant, le détaillant de la tête aux pieds avec une audace qui lui coupa le souffle. — Une demoiselle convenable s'ennuierait à mourir en écoutant des hommes arrogants raconter leurs exploits. Je n'ai pas de temps à perdre avec un dandy fatigué par la valse. Je surveille une floraison unique. Par pitié, remettez vos gants, et sortez. Arthur la dévisagea, vibrant d'une colère noire. La vulnérabilité d'il y a quelques minutes avait disparu, balayée par une immense fierté blessée. — En effet, je n'ai aucune intention de prolonger ma présence avec une originale aussi mal élevée. Bonsoir. Il fit demi-tour, ses bottes claquant sur le gravier. Dehors, le vent glacial l'enveloppa de nouveau. Ses mains tremblaient toujours, mais cette fois de rage. Il détestait déjà cette fille. Mais en marchant vers le château, il dut admettre une chose : pendant ces quelques minutes de dispute, les fantômes de la guerre n'avaient pas réussi à l'atteindre.

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