À travers l'écran

1054 Words
L'inspecteur Le silence de la pièce pesait comme une chape de plomb. Le bourdonnement des néons au-dessus de moi était le seul bruit qui résistait à cette atmosphère morte. Je fixais la clé USB posée sur la table d’interrogatoire. Un simple morceau de plastique noir, banal, mais j’avais appris à ne jamais sous-estimer les objets silencieux. Ils parlent mieux que les témoins. Je pris une inspiration et branchai la clé à mon ordinateur. L’écran s’alluma, puis un dossier apparut : “Vérité”. Mon cœur eut un soubresaut. J’ouvris le dossier. Une unique vidéo. Je cliquai. L’image apparut. Floue au début, puis nette. Une femme. Élisa. Ses cheveux étaient trempés, collés à son visage. Son regard… vide, ou peut-être trop plein. Elle tenait un couteau. Devant elle, un homme attaché à une chaise — visage ensanglanté, cicatrice au coin de la bouche. > — Dis-moi où il est ! hurla-t-elle. La voix claqua comme un fouet. Je sentis mon ventre se contracter. Ce n’était pas la même Élisa que sur les photos de dossier. Celle-ci respirait la rage, la peur et la douleur mêlées. > — Je t’en supplie… je ne sais pas ! balbutia l’homme, avant qu’elle n’enfonce la lame sur la table à quelques centimètres de sa main. Le cri de l’homme déchira la pièce, et la vidéo s’assombrit. Je restai figé. Mon esprit se mit à tourner. Qui avait filmé ça ? Adrien ? Ou pire… l’un de ses ennemis ? Je fis un retour rapide : dans un coin, un reflet. Une ombre masculine, un téléphone en main. Oui. Quelqu’un filmait. Volontairement. — p****n… murmurai-je entre mes dents. Je retirai la clé et la rangeai dans un sachet. Cette histoire allait beaucoup plus loin que ce que je pensais. Je croyais que j’enquêtais sur un enlèvement. Mais ce que je voyais, c’était une guerre. Et Élisa… n’était peut-être pas la victime. Je sortis de la pièce, le regard lourd. En traversant le couloir, je croisai le lieutenant Sorel, une tasse de café à la main. — Alors, du nouveau ? Je répondis sans le regarder : — Mieux vaut que tu t’asseyes avant que je te montre ça. Je savais que dès qu’il verrait cette vidéo, tout basculerait. Les visages qu’on pensait connaître allaient changer de couleur. Et moi, Marc, j’étais déjà trop loin pour faire demi-tour. Je me remis à marcher dans le couloir, le cœur serré. La vidéo tournait encore dans mon esprit, chaque hurlement gravé comme une brûlure. Je connaissais leurs noms, je les avais suivis depuis des semaines, mais jamais je n’avais vu Élisa sous cet angle. Sa rage, sa précision… c’était presque… inhumaine. Je retournais à mon bureau, jetant un coup d’œil à la fenêtre où la nuit tombait sur la ville. Tout semblait calme, mais je savais que ce calme était trompeur. Ces deux-là ne jouaient pas selon les règles. Et maintenant, avec cette vidéo, tout allait basculer. Je pris le téléphone et contactai un de mes agents de terrain. — Jean, écoute-moi bien. Je veux que tu relèves tout ce qui concerne Élisa Delacroix et Adrien Delacroix. Traque chaque mouvement, chaque transaction. Et surtout… retrouve qui a filmé cette vidéo. C’est notre seule chance de comprendre ce qui se trame. Jean confirma, et je raccrochai. Je m’assis, frottant mes yeux fatigués. Il y avait quelque chose de personnel dans tout ça. Cette femme… elle n’était pas seulement une criminelle potentielle, elle était la fille de quelqu’un que j’avais connu, quelqu’un qui m’avait fait confiance. Et maintenant, elle torturait des hommes comme si c’était normal. Je pris la clé USB, l’examinant sous toutes ses coutures. Même ce petit objet me racontait des secrets. Les métadonnées, l’heure de la vidéo, le type d’appareil… chaque détail pouvait me mener à eux, ou à ceux qui les surveillaient. Je devais rester en avance. Mon instinct me poussa à aller sur le terrain. J’avais une piste — le site de l’incendie de la vieille maison. Peut-être qu’un détail oublié, un objet épargné par les flammes, pourrait me donner quelque chose de concret. Je pris mon manteau, vérifiai mon arme et sortis, le froid de la nuit me frappant en plein visage. Chaque pas vers la forêt me rapprochait de la vérité, et je savais que cette vérité serait sale, dangereuse, et capable de tout bouleverser. Mais je n’avais pas le choix. Même en tant qu’inspecteur, je sentais que ce que je cherchais n’était pas seulement la loi… mais un juste équilibre entre le bien et le chaos. Et si je n’étais pas assez rapide, quelqu’un allait mourir avant que je puisse agir. Je pris une profonde inspiration, tentant de rester rationnel. L’ADN relevé sur les lieux de l’incendie correspondait à un certain Adrien… et maintenant, cette vidéo me montrait qu’il n’était pas seul. Une femme était avec lui. Je ne connaissais pas leurs noms, mais je savais que je tenais quelque chose. Deux cibles, reliées à une série d’événements violents et mystérieux. Je notai chaque détail de la vidéo : la cicatrice sur la main de l’homme, la pièce, les objets visibles autour d’eux, la lumière, tout. Chaque indice pouvait servir à les identifier, à les localiser. Si je pouvais recouper les traces avec les enregistrements de la ville, les caméras de surveillance, ou les témoins potentiels, je pourrais reconstituer leurs déplacements. — « Vérifie tout. Les visages, les tatouages, les cicatrices, chaque détail. On doit identifier ces deux individus. Et surveille tous les lieux liés à cet ADN. Je veux savoir où ils sont passés et où ils pourraient aller. » L’agent acquiesça et partit aussitôt. Je restai seul, les yeux fixés sur l’écran, étudiant chaque mouvement, chaque geste. La vidéo n’était pas seulement une preuve de violence… c’était un indice vivant, une carte des prochains pas de ces deux-là. Mon esprit tournait à toute vitesse. Qui étaient-ils vraiment ? Des criminels ? Des justiciers ? Ou quelque part entre les deux ? Je n’en savais rien, mais ce que je savais, c’est que je devais les retrouver. Et que tôt ou tard, leurs chemins allaient croiser le mien. Je notai chaque détail sur mon carnet. Chaque pas, chaque indice. Et je savais déjà que cette enquête ne serait pas simple. Mais je n’allais pas reculer. Adrien et cette femme… bientôt, je saurais qui ils étaient.
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