CRYSTAL La journée s’étire, floue, sans véritable commencement ni fin. Elle me glisse entre les doigts tandis que j’erre de ma chambre aux couloirs trop silencieux de la maison, pareille à une invitée qu’on tolère par politesse, mais qu’on observe du coin de l’œil. Personne ne me donne d’instructions. Personne ne me parle. On me laisse seule avec ce luxe étrange et inconfortable qu’est l’attente. Je finis par m’installer près de la baie vitrée du second étage. La vitre est froide contre mon avant-bras. De là, le domaine s’ouvre comme une carte vivante. Des silhouettes circulent au loin. Leurs mouvements sont trop rapides pour être humains, trop fluides pour être innocents. Je les observe longtemps, attentive aux détails. À la façon dont certains s’écartent presque instinctivement. À ces

