La rue calme, le chant des oiseaux, l’odeur de la mer, l’agitation des rideaux, la danse des vagues, le bleu de l’eau, un restaurant au bord de la mer. C’est là que je suis. Incontournable, le confort de ce lieu et l’admiration de sa tranquillité. Quand tu y es, tu oublies tout pour un moment et ne penses à rien. Mais je ne sais pas si je pensais ou non.
Autour de moi, une à quatre personnes concentrées, soit sur un bouquin, soit sur le paysage. Et plus j’observais leurs mouvements, plus je me plaisais à rester longtemps. Mais je veux me balader. Alors je retire mon manteau et le tiens à la main. Je marche jusqu’à mon véhicule et je range mon manteau sur le siège avant, côté conducteur. Direction la mer.
De loin, à la vue du restaurant, il semble qu’il n’y ait personne autour. Mais à mon approche, un monde fou, mais distinguable.
« Bah c’est quoi cette menace? Qui va se balader devant tout ce monde? Je ferais mieux de rentrer m’asseoir encore un peu. » Et puis je me retourne et, sans faire exprès, je marche sur le pied d’une passante.
— Hey… Regardez où vous mettez les pieds.
— Désolée. Je ne vous avais pas vue. Je suis angoissée.
— Vous avez un souci? Je peux vous aider?
— Non, merci. J’ai juste besoin de m’asseoir.
— Venez avec moi. À plus de 5 minutes de marche, là-devant, il y a des chaises et vous pourrez vous asseoir.
— Non merci. Je préférerais au restaurant.
— Dans ce cas, je vous accompagne.
« Mais elle se prend pour qui? Je veux juste être seule, et à cause de mon angoisse je ne sais même pas quoi lui dire. Et puis… ce n’est pas mauvais si elle m’accompagne. Elle est jolie. Juste pour cette fois. Et je compte rentrer avec son numéro. »
— Très bien.
Ma balade qui se transforme en un rendez-vous romantique dans un restaurant au bord de la mer. Elle me tenait comme si j’avais mal, et pourtant tout se passait dans ma tête. Une fois posée, elle me parle.
— Vous avez le mal de mer?
Je ne savais pas quoi dire, alors j’ai dû me prêter au jeu.
— Ouais.
— Je vous commande de l’eau?
— Non, ça va. Maintenant je pense que ça va.
— Puisque ça va, je dois retourner.
— Merci beaucoup.
— Prenez soin de vous.
— Euh…
— Un souci?
— Non, c’est gentil.
« Quelle conne je fais? Je n’ai même pas eu le courage de demander son numéro de téléphone. La bouche qui ne parle pas n’aura jamais raison. »
Je paie l’addition et je décide de rentrer chez moi. Je chauffe mon moteur et je m’en vais sur la grande route. Pour changer d’humeur, je mets du jazz. J’allume ma radio, je connecte mon téléphone. Et je roule, je roule… jusqu’à l’embouteillage. Le train passe et la route est bloquée. Ça fait des bouchons. J’ai pratiquement fait une heure sur place. Par chance, j’étais parmi les dernières voitures de la file et j’ai pu faire marche arrière. Obligée de prendre le chemin le plus long. Pas le choix. Après 15 minutes, j’emprunte une ruelle et bam, je tombe sur cette jolie femme. Comme si la nature voulait que je m’accroche à elle. Je vois une chance d’obtenir ce que je veux, enfin. Je siffle avec ma voiture : ping ping. Elle se retourne. Immédiatement, je baisse ma vitre.
— Je vous emmène?
— C’est plus loin, merci.
— J’insiste.
— Non, s’il vous plaît.
— C’est ma façon de vous remercier. Montez!
— Merci.
« Mince, j’ai eu chaud! J’ai failli ne pas… Ah ouf, ça va déjà. Je ne sais pas quoi dire ensuite, mdr je fais pitié. »
— Alors, où est-ce que je vous dépose?
— Je peux…?
« Humm, mon téléphone? Elle veut mettre quoi là-dedans? » Elle glisse sa géolocalisation et me rend mon portable.
— C’est tout?
— Tu voulais autre chose?
— Je pensais à un numéro, par exemple.
— C’est curieux. Attends, je note ça.
— Merci, c’est gentil. Et vous, c’est…?
— Lina. Et vous?
— Nyra.
— Merci. Je vous appelle. Je descends ici.
— Merci à vous. À bientôt.
Ça n’a même pas demandé trop d’effort. Enfin à la maison. Dans cette grande demeure, je tiens mon sac et mon manteau à la main.
— Bonsoir, madame, me dit la dame de maison.
— Comment allez-vous, Silvia?
— Bien, madame.
— Je m’en vais prendre mon bain, je ne veux surtout pas être dérangée. Si vous avez fini, vous pouvez rentrer, je me ferai mon dîner plus tard.
— D’accord, madame. Dans ce cas, je vous souhaite de bien vous reposer. À demain.
— Merci.
Fatiguée pour rien, mon corps réclame une bonne douche, un massage et un doux sommeil. Le massage par qui?? Mdr! Cette maison remplie, mais un grand vide autour de moi. Il me faut quelqu’un dans ma vie. Trop seule, je suis. Je prends mon bain et je m’efforce de dormir. Mais pas de sommeil. Je repense à ma journée.
« Et si jamais je me trompe à son sujet? Et si elle est une p****n d’hétéro?? Non, ne pense pas comme ça. Elle a bien vu comment j’étais vêtue aujourd’hui, elle est sûrement attirée par moi. En plus, je ne suis pas mal. Quelle folie je pense. Je dois juste rester positive. Faire savoir que je suis lesbienne… et rester sur mes gardes. Je veux cette jolie femme et je l’aurai. » Je me dis cela et, sans savoir ce qui m’arrive, le sommeil fait effet sur moi. Dans les bras de Morphée.
*[Le lendemain matin]*
Le réveil sonne. D’un coup de main, je frappe la sonnette pour rester couchée plus longtemps. Erreur. Le boulot m’attend. En tant que directrice d’entreprise, le boulot c’est tous les jours, même les jours fériés. Même si mon heure de travail, c’est deux heures par jour.