Je suis restée là, dans ce fauteuil, des heures peut-être.
Le dossier devant moi. Les mots de Derek résonnant encore dans ma tête.
"Tu vas payer… pas avec ton sang. Mais avec ton cœur."
Cette fois… je comprends. Tout.
Il ne veut pas juste me posséder.
Il veut me briser de l’intérieur.
Me transformer en ce qu’il déteste.
Me faire haïr ce que je suis.
Mais non.
Je ne lui donnerai pas ce plaisir.
Pas aussi facilement.
Quand la porte s’ouvre enfin, je suis debout.
Les bras croisés.
Le regard dur.
Derek entre.
Différent.
Plus froid.
Il me détaille un instant. Sourit, sans chaleur.
— Je vois que tu réfléchis. C’est bien.
Il s’approche lentement.
— Tu crois que maintenant… tu vas me résister ? Parce que je t’ai dit la vérité ?
Je ne réponds pas. Mais je le défie du regard.
Il ricane.
— Ta petite fierté me plaît. Mais tu n’as aucune idée… de ce que je peux faire.
Il claque des doigts.
Deux hommes entrent. Je les reconnais. Ceux qui m’ont "habillée" l’autre soir.
Derek leur fait un signe bref.
Sans un mot, ils m’empoignent.
Je me débats. Cette fois, je me débats vraiment.
— Lâchez-moi !
Je hurle. Je frappe.
Derek regarde la scène avec un sourire tordu.
— Voilà… c’est mieux. Un peu de rage. J’aime quand le feu revient.
Ils m’attachent, cette fois, à un pilier au centre de la pièce.
Poignets au-dessus de la tête.
Je suis haletante. Mais je tiens.
Derek s’approche.
Tout près.
Son souffle brûle ma joue.
— Tu crois que tu peux me combattre ? Après ce que ta famille m’a fait ?
Il attrape mon menton, me force à le regarder.
— Regarde-moi bien, Juliette. Regarde ce que je suis devenu… à cause de vous.
Son regard est noir.
— Maintenant… c’est toi qui vas plier.
Il sort un couteau. Lentement. Délicatement.
Je retiens ma respiration.
Mais il ne coupe pas. Il fait glisser la lame, froide, le long de mon bras, de mon flanc, de ma cuisse.
Juste assez pour m’effrayer. Pour m’humilier.
— Tu vas supplier. Je te le promets.
Je serre les dents.
— Jamais.
Il éclate de rire. Mais c’est un rire sans joie.
— Si. Tu supplieras. Et quand ce sera fait… je t’emmènerai devant ton frère. Et tu verras… ce qui reste de sa fierté quand il te verra à genoux.
Je frémis malgré moi.
Mais je ne pleurerai pas.
Je refuse.
Derek le voit.
Il s’énerve. Ses yeux brillent d’une lueur plus sombre.
Il passe derrière moi. Sa main s’enfonce brutalement entre mes cuisses, sous ma robe.
— Résiste… résiste encore, ma belle. Ça rendra ta chute plus délicieuse.
Je suffoque.
Mais je ne lâche rien.
Alors il devient plus dur.
Il me gifle. Une claque sèche. Pas assez pour me blesser. Mais assez pour m’humilier. Pour me rappeler qu’ici… je ne suis rien.
Je détourne le regard.
Il me murmure à l’oreille :
— Ce n’est que le début. Je vais t’apprendre à aimer ça.
Et d’un geste, il fait signe aux deux hommes.
Ils me détachent brutalement.
Derek me rattrape avant que je ne tombe.
Il me serre contre lui, son bras de fer autour de ma taille.
Il me relâche.
— Ramenez-la dans sa chambre. Et enfermez la.
Je suis traînée, jetée sur le lit.
La porte se referme.
Je respire. Je vibre encore de colère. De peur. Mais je sais maintenant.
Je ne me laisserai plus faire.
Pendant ce temps…
Ailleurs.
Dans un bureau trop propre, Mathias Valence relit les rapports.
Encore. Encore.
Quelque chose ne colle pas.
Sa sœur.
Cette disparition soudaine.
Cette voiture retrouvée vide.
"Accident probable. Corps non retrouvé."
Non.
Il le sent.
Il la connaît.
Juliette n’aurait pas disparu comme ça.
Pas sans laisser une trace.
Pas sans se battre.
Il relit le rapport. Les photos. Les témoins.
Et soudain… un détail lui saute aux yeux.
Un nom. Un visage.
Une silhouette, en arrière-plan sur une vieille photo de surveillance.
Derek.
Ce monstre qu’il avait aidé à faire tomber… il y a six ans.
Son sang se glace.
Et s’il était revenu ?
Et si Juliette… ?
Son cœur cogne.
Il se lève. Attrape son téléphone.
Il sait par où commencer.
Et il jure intérieurement : s’il la retrouve… il tuera cet homme.