4. Pourquoi la mer est salée. I (Bretagne) I

448 Words
4. Pourquoi la mer est salée. I (Bretagne) IIl était une fois un capitaine de navire qui devint amoureux d’une de ses voisines ; il lui fit la cour, et quoiqu’elle fût pauvre, il se maria avec elle, parce qu’elle se tenait bien. Le capitaine reprit la mer après son mariage. Pendant qu’il était absent, un seigneur du voisinage tomba amoureux de la jeune mariée, et comme il était puissant, il l’a enleva, la mena à son château et la força de l’épouser. Quand le capitaine revint de voyage, il fut bien navré d’apprendre cette fâcheuse nouvelle ; mais comme il ne pouvait contraindre le méchant seigneur à lui rendre sa femme, il se remit à naviguer. Il fut absent quelques années, et à son retour il apprit que la mer avait envahi tout d’un coup le château où demeurait le seigneur, et que celui-ci avait été noyé avec tous ses gens. Seule, sa femme s’était sauvée et elle était revenue demeurer dans la maison de son premier mari. En apprenant cette bonne nouvelle, le capitaine ne se sentit pas de joie ; il se hâta d’aller retrouver sa femme, et ils furent tous les deux heureux de se voir. Il lui demanda alors comment, seule entre tous, elle avait pu échapper à la mort. — Un jour, répondit-elle, la mer s’enfla, et elle envahit les terres du seigneur qui me retenait contre mon gré ; bientôt elle arriva au pied du château et se mit à battre les murs. Les vagues accouraient l’une après l’autre, plus hautes que les mâts de navire, et ébranlaient les murailles qui finirent par s’écrouler. Tous ceux qui habitaient le château furent écrasés sous ses débris ou noyés. Quant à moi, je n’eus point de mal dans l’endroit où je m’étais réfugiée, et quand ces méchants ont été tués, la mer s’apaisa, et je pus revenir ici. — Puisque la mer t’a épargnée, répondit le capitaine, il faut que j’aille la remercier du service qu’elle m’a rendu. Il alla trouver la Mer et dit : — O Mer ! pendant mon dernier voyage, vous m’avez rendu un grand service : un méchant seigneur avait enlevé ma femme et l’avait épousée contre son gré ; vous avez détruit son château et vous l’avez noyé, laissant ma femme s’échapper seule. Je viens vous remercier et veux vous montrer que je suis reconnaissant. Tout le monde vous admire, ô Mer ! pour votre étendue, votre flux et votre reflux. Désormais, si vous voulez me suivre, chacun admirera aussi votre goût. La Mer ne répondit rien, mais elle se mit à suivre le capitaine qui la mena dans un pays rempli de carrières de sel. La Mer couvrit le pays et les carrières, et depuis ce temps elle a toujours été salée. Elle remercia le capitaine, qui revint dans son pays ; depuis, il vécut toujours heureux avec sa femme, et s’il n’est pas mort, il vit encore.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD