Chapitre 3 : Connor

3165 Words
Non, mais c'est quoi ce karma de merde. La fille que je siffle le matin même se trouve dans ma baraque et le pire c'est qu’elle est la fille de la meuf de mon père. Mais attendez, c'est qu'il n'y en a pas qu’une, mais deux. La petite sœur serait plus jeune je ne dis pas, facile à amadouer, je joue un peu avec elle et c'est dans la poche, mais là, elle a seize piges. Jamais, j'en ferai mon alliée si la grande ne l'est pas. Point positif, elles ne ressemblent pas à leur mère, parce que franchement c'est pas du tout ma came. En tout cas, Jade est le portrait de sa sœur, mêmes peau, cheveux, traits du visage, mais on ne peut pas les confondre. Elles se lancent tout le temps des coups d’œil ce qui prouve bien qu'elles sont fusionnelles, p****n papa, tu aurais dû me le dire ça. En revanche, je ne m'attendais pas à ce que Jules les connaisse, il m’avait parlé vite fait d'une fille avec qui il avait passé ses vacances et qu'elle lui avait servi de guide pour les coins à voir. Elle l’a beaucoup aidé vu qu'il ne parle pas espagnol. Ils s’étaient super bien entendus, mais les vacances, ce sont les vacances et ils n’avaient pas échangé leur numéro. Jamais je n’aurais pu faire le rapprochement entre les deux. Mon père n’a pas arrêté de me harceler du week-end pour que je vienne les accueillir, qu'on se présente. Ce qu'il ne sait pas, c'est que je m'en bats les couilles des deux mômes de sa gonzesse. Bon, je retire ma phrase parce qu’honnêtement vivre avec un canon dans ma maison, là je ne m’en fous pas. Dès que je l'ai vue ce matin, ses longues jambes, ses longs cheveux noirs voler au vent et son petit sourire, là j'étais grave chaud et même si elle n'était pas très réceptive à mon approche, je l’ai vue me mater donc j'ai encore mes chances. Espérons que cela ne prendra pas trop de temps, car je ne suis pas patient et j'ai plein de remplaçantes à la pelle. De toute façon, c'est ma dernière année dans cette ville et je compte bien en profiter. J'ai deux objectifs cette année, m'éclater et avoir mon diplôme, après c'est open bar. Laissant les deux frangines et Jules discuter, je descends au sous-sol. C'est mon coin à moi et personne, je dis bien, personne, pas même les femmes de ménage, n'y entre sans que je ne sois là. Cet endroit est trop précieux, mon studio personnel. Guitare électrique, guitare sèche, synthé, batterie, basse, micro, amplis, la salle est insonorisée et j'ai une table de mixage, un casque adapté, un clavier midi, un ordinateur de studio, une interface audio, microphones et un DAW. En gros, une belle salle équipée avec tout le matos qu'il faut pour créer et enregistrer mes musiques. C'est la seule chose que j'aime faire de mes dix doigts, les trucs intellos trop peu pour moi. C’est pourquoi je suis en art, spécialité musique, à la fac. Et je cartonne sur tous les tableaux que ce soit en cours ou forcément auprès des nanas, ça les rend folles, les musiciens, mais les chanteurs aussi, ce pourquoi je fais les deux. Tiens, peut-être que quand Ambre m’entendra elle me tombera dans les bras. Bon, je ne pense pas, mais on peut toujours espérer. J’entre dans le studio, attrape ma guitare sèche et m’installe sur un tabouret, ne sachant pas trop quoi jouer, je gratte quelques accords de la chanson Hard For Me de Michelle Morrone. Quand je finis, Jules entre en refermant derrière lui et vient s’asseoir sur le canapé devant moi. - Tu es fâché ? - Non, pourquoi je le serais ? - Parce que je connais la fille que tu veux te faire et que vous êtes demi, maintenant. Ne pouvant m’en empêcher je lâche un rire sec. - Si tu crois que ça va me retenir, tu te trompes. Puis je m’en tape que tu la connaisses. - Cool, mais steuuuplaît ne joue pas le forceur, elle est sympa. - Ce n’est pas mon genre enfin Jules, prends-je un ton sarcastique. Il me lance ce fameux regard - ne te fous pas de ma gueule - ce qui me fait sourire. OK, si vraiment elle m’envoie bouler je laisserai tomber, mais c’est bien parce que c’est lui. Parce que c’est un p****n de morceau qui va se trimballer sous mes yeux et je veux bien essayer de me retenir, mais à un moment je vais lui sauter dessus. Nous discutons ensuite des cours et surtout de notre projet final et du discours de notre professeur principal. Ce con va nous faire piocher des sujets en groupe et vu que nous nous aimons comme chien et chat, je suis sûr de tomber sur un truc bien pourri qui risque de me faire louper ma porte de sortie si je ne me donne pas à fond, donc il y a le sujet final, mais également plusieurs en cours d’année qui compteront pour la note de fin. Les autres profs ne nous inquiètent pas trop, mais lui, p****n qu’il est intelligent et sournois. Mais étant un groupe peut-être qu’il sera plus conciliant, je ne sais pas, je l’espère. Jules me rejoint en allant au synthé pendant que je prends ma guitare électrique et nous jouons Bad Liar de Imagine Dragons, cette fois nous chantons en duo grâce à des tablettes installées devant nous pour les paroles. Après deux bonnes heures à travailler sur de possibles projets sur l’année, nous remontons et je grimace en voyant mon père et sa meuf dans la cuisine alors que les filles discutent sur le canapé en espagnol. Bien sûr entre elles, elles parlent leur langue natale, ce que je peux comprendre, devoir changer de langue du jour au lendemain doit faire bizarre. Pourtant cela fait six mois que je connais leur mère et jamais je ne l’ai entendue parler espagnol. Ce qui est dommage, c’est beau à ce que j’écoute, les filles roulent les r et cela fait drôle, je n’ai pas l’habitude. La voix de Jade se fait plus forte puisqu’elle se lève, va sur la tablette connectée à l’enceinte et choisit une chanson, je reconnais tout de suite It's Time, mais je ne vois pas qui chante, une reprise sûrement. La gamine court dans la cuisine demander quelque chose à mon père qui lui donne par la suite deux gobelets. Deux gobelets ? Elle va en faire quoi ? Jade retourne auprès de sa sœur qui en prend un. La chanson arrive au refrain au moment où les filles se placent devant la table basse et font des choses bizarres, elles tapent sur le gobelet dans leurs mains, s’échangent les verres puis retapent dessus. Alors que j’essaie d’enregistrer leurs mouvements, elles rigolent sous l’œil amusé de nos parents. Jules chante les paroles en les rejoignant, bougeant des hanches pour amuser la galerie. Il tente d’apprendre la mise en scène des gobelets, mais n’y arrive pas. La musique se finit et les filles rigolent en lançant les gobelets en l’air puis les rattrapent. Je referme la porte attirant le regard de tout le monde. Mon père sourit de toutes ses dents en venant vers moi. - Mon fils, te voilà enfin. Je me demandais quand tu reviendrais à la maison. - Tu sais bien que je passais le week-end chez Jules. - Je t’avais demandé de passer, me chuchote-t-il irrité. - Je n’ai pas eu le temps. Il sait que je n’avais pas envie de venir, mais il se retient de tout commentaire. Je ne pense pas qu’il veuille me questionner face aux trois filles, Jules, il s’en tape, mais pas ses dames. Suzanne, la mère des filles, s’approche de son amoureux, lui sourit pour le faire passer à autre chose. Papa grogne un peu, me coule un dernier regard puis me tape dans le dos pour me faire passer le message que nous en reparlerons. Mais, je ne vais pas m’en soucier plus que ça. À part me dire que ce n’est pas gentil pour elles, qu’il faut les accueillir pour qu’elles se sentent chez elles. On s’en fout, ce n’est pas le plus important. Au moins elles ont été tranquilles trois jours sans moi dans les pattes. Il devrait me remercier d’avoir déguerpi le plancher plutôt. - Bon, et si nous allions au restaurant pour fêter notre première soirée tous ensemble ? propose Suzanne. Ouais, pourquoi pas. On apprendra à se connaître et qui sait, j’apprendrai sûrement des choses intéressantes sur Ambre pour la mettre dans mon plumard. Tout le monde approuve, mais Jules rentre chez lui, vu les conneries que nous avons faites l’année dernière, sa mère le surveille de près. - Nous, on va se changer hein, déclare Jade. Elle attrape sa sœur par la main et monte à l’étage. La petite me semble beaucoup plus joviale que le modèle au-dessus. La mère part également se changer puis il ne reste que mon père et moi. Le voyant croiser les bras, je souffle en anticipant la suite. - Tu ne veux pas leur donner une chance ? - Ce n’est pas ça, réponds-je. Mais je ne veux pas passer pour quelqu’un que je ne suis pas. - Juste venir dire bonjour, je ne te demande pas la lune Connor. - Je ferai des efforts, clôturé-je. Autant couper court à la discussion, je monte les escaliers ne le laissant rien rajouter et vais dans ma chambre au moment où Ambre sort de l’une d’elles de l’autre côté du couloir. On se regarde quelques secondes avant qu’elle ne vienne se poser sur la porte à côté de la mienne. - Je ne dirai rien, on ne savait pas, chuchote-t-elle. - Il est vrai que si mon père l’apprenait, je serais dans de sales draps, admets-je. - Jade ne dira rien, ça tu peux en être sûr. - Jules non plus. Elle me tend sa main que je serre puis Ambre entre dans la chambre à côté de la mienne. Non pas ça. Pourquoi ce n’est pas sa sœur à côté de moi ? J’aurais préféré. Entrant dans mon espace personnel, je vais directement vers ma penderie pour me changer, jean noir, chemise blanche, ça passe. Je me refais une petite beauté avec mes cheveux, un coup de parfum puis je m’allonge sur mon lit. Je vais sur les réseaux et vois que j’ai des messages, en les ouvrant un à un, je souris en constatant que c’est pratiquement que des photos de nana en sous-vêtements ou à demi couvertes, avec leur prénom et leur numéro de téléphone. Comme quoi dans la vie faut savoir oser. Mais c’est clairement de la pub pour se faire sauter et à moins d’être en manque et seul, je ne risque pas de les appeler, je fais quand même des screens des filles qui me plaisent. Entendant des claquements, je me lève, me doutant que ce sont mes « nouvelles demi-sœurs » en ouvrant la porte, je tombe sur Jade qui allait descendre, Ambre n’est pas là donc elle doit déjà être en bas. Jade à une robe à blanc en bas et noir au niveau de la poitrine, c’est joli. Simple, mais joli. - Tu sais, on n’est pas des monstres. - Pourquoi tu me dis ça ? La regardant suspicieux, elle me lance un clin d’œil et descend en vitesse. Arrivé en bas, je ne peux que voir Ambre, elle a une jupe noire avec des motifs clairs, les voiles à l’arrière descendent jusqu’à ses chevilles, elle porte des talons pour que cela ne traîne pas par terre. Son haut est blanc moulant avec un beau décolleté qui me laisse deviner sa poitrine. Waouh, elle me cloue sur place. Elle est de profil en discutant avec sa mère et donc ne me voit pas bloquer sur elle, mais une personne s’en aperçoit. - Elle est célibataire, tu sais. Regardant Jade, je me demande pourquoi elle me dit ça. - Vu comment tu la regardes, ça veut tout dire, j’ai seize ans au cas où tu ne le saurais pas. - Si je le sais. - Tant mieux. Elle rejoint sa sœur et sa mère et le bruit de ses talons les fait se tourner vers moi également. Ne voulant pas aller avec eux dans la même voiture, je prends la mienne ainsi je pourrai partir quand je veux. Nous arrivons au restau chic du coin. On se gare à proximité et je les rejoins devant la grande porte. Étant un habitué, papa se fait conduire par deux serveurs à une table à l’abri des regards, je vois un des serveurs tenir la chaise pour que Ambre s’asseye avec un clin d’œil. Il est culotté lui, je ne savais pas que le métier de serveur pouvait servir pour draguer en plus. Mais elle le remercie juste en prenant place, je ris en tapotant son épaule en guise de soutien puis le dépasse pour me mettre à droite d’Ambre vu que Jade se place à sa gauche. Je suis un peu surpris parce que le gars est pas mal. Blond, grand, yeux bleus, après que les deux hommes sont partis, je me penche vers elle. - Tu lui as mis un râteau ou je rêve ? - Tu ne rêves pas, dit-elle sans me regarder. - Et pourquoi ? - Je n’aime pas les blonds, dit-elle, concentrée sur la carte du menu. Elle n’aime pas les blonds. Ah, un point pour moi, je suis brun. J’ai encore mes chances, ouais, je dois quand même tenter un truc. Finalement je me détends, la soirée va bien se passer. Nous commandons des cocktails et le repas se déroule bien, j’apprends à connaître les deux sœurs qui sourient tout le temps, papa cherche à apprendre certains mots en espagnol, mais son accent est à chier ce qui nous fait bien rire. Les deux sœurs ne manquent pas de réprimander leur mère de ne pas avoir parlé de mon existence, pas qu’elles ne soient pas contentes que j’existe, mais elles méritaient de le savoir, ce qui est normal. Moi, je savais qu’il y en avait deux, mais pas d’âge aussi rapproché. J’apprends donc que Ambre est en droit et veut devenir avocate, ce qui plaît énormément à mon père qui lui propose de faire des stages dans sa boîte, d’assister à des procès et de lui présenter du monde, mais alors que je pensais qu’elle sauterait sur l’occasion, elle refuse. - C’est gentil Steve, mais pas de piston, je veux y arriver par moi-même. - Je comprends, se réjouit-il. Le reste du repas se passe bien sauf quand les parents se mettent soudainement à chuchoter dans l’oreille de l’autre puis à glousser comme des dindons. Ouais, je vis avec ça depuis six mois et je n’en peux plus, j’ai l’impression d’être chez les bisounours et cela me répugne de les voir tout cul-cul la praline. Jetant un regard aux filles, je les observe les yeux grands ouverts, puis leurs nez se retroussent de dégoût et je ris en regardant Jade mimer l’envie de se faire vomir. En même temps, elles tournent la tête vers moi pour avoir une explication. - Attends, ils font quoi là ? me demande Ambre en se cachant les yeux. - Tu vas t’y habituer, ils le font tout le temps, souris-je simplement. - C’est dégueu, se plaint Jade en grimaçant. Quand nous décidons de partir – pour notre grand bonheur avec les filles - le serveur blond revient avec un bout de papier pour Ambre, pas besoin d’être Albert Einstein pour comprendre qu’il vient de lui donner son numéro. Mais Ambre lui remet dans sa poche avec un petit sourire d’excuse. - Désolée, mais garde-le pour une autre fille. Sur ce, elle le contourne laissant Jade rire en ma compagnie. Ah ouais elle est cash p****n, le gars n’a même pas pu en placer une qu’elle s’était déjà barrée. Elle ne rigole pas dis donc. Mais j’aime ça. Une fois dehors je me rappelle la tête déçue du serveur. Mémorable, faut que je le raconte à Jules demain. Ce n’est pas un endroit pour draguer et même s’il n’était pas moche, pour Ambre c’est catégorique. Non c’est non. Nous rentrons ensuite à la maison et une fois avoir dit au revoir aux parents, Jade me fait signe d’entrer dans la chambre d’Ambre dans laquelle elle va. - Viens. - Vous allez me tuer ? - Mais non, idiot. Qu’est-ce que je risque ? Rien. Allons y. En entrant Jade ferme derrière moi, j’ai déjà vu cette chambre, dans les tons beiges/marron, c’est assez simple. Aucune photo n’est encore accrochée, ni la déco de fille qu’on connaît tous, mais cela va venir, il y a cependant deux trois cartons qui sont au fond de la chambre pas encore déballés, il reste du rangement à faire. Je me demande quel est son style de mec si elle n’aime pas les blonds, mais vu que sa sœur est là, je ne vais pas lui demander. - Alors comment s’est passée ta journée ? me demande Ambre. Je prends la chaise de son bureau la rapprochant du lit, vu que les deux sœurs sont dessus. Je m’installe à l’envers afin de poser mes bras sur le dossier de la chaise. - Eh bien, correcte dans l’ensemble avec néanmoins quelques surprises. - Pareil pour nous, fait Jade avec un petit sourire. Se faire siffler sérieux, vous faites tous ça ? - Ouais, ça montre qu’on est vraiment intéressés. Les deux sœurs se regardent, surprises, en secouant la tête. Bah quoi, ils font comment les mecs à Barcelone ? Pas ça vu leur air choqué. Les filles racontent leur journée et d’un coup je ne comprends plus rien, elles parlent espagnol. À part les mots Steve et Mà, je ne comprends rien du tout. - OH, les filles, je suis là. Elles s’excusent tout de suite puis reprennent en anglais, elles parlent du comportement mielleux de nos parents. J’avais bien compris qu’à force l’espagnol venait prendre place et était plus fluide. La fatigue doit être pour quelque chose, je pense. Je me demande comment cela se passe. Toute la journée elles ont parlé en anglais puis là relâchement et paf espagnol. J’explique à mon tour ma journée et en profite pour m’excuser pour le sifflement même si je ne comprends pas trop pourquoi cela les dérange, mais cela leur fait tout de même plaisir, donc c’est bon pour moi. Nous allons ensuite nous coucher, les filles partent dans la salle de bain du couloir alors que je vais dans la mienne prendre une bonne douche et me coucher. Une bonne journée, voilà ce que j’en conclus et je me demande ce que fait Ambre, je me doute qu’elle dort, mais dans quelle tenue ? C’est en riant que j’éteins la lumière, j’en peux plus de moi.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD