Une baleine vient m'écraser, ce qui me coupe la respiration. Génial le réveil. Pas besoin d'ouvrir les yeux, car cette grosse masse n'est autre que Jade. J'aime ma sœur, mais là je vais l’étriper.
- Je vais te tuer, Jade, grogné-je.
- Désolée, mais c'était trop tentant.
J'entends un rire et vois Connor, torse nu, glousser devant ma porte, prenant un oreiller, je le balance dans sa direction, mais le loupe complètement. Il le récupère puis l’envoie à Jade qui le pose à côté de moi.
- Il faudra faire mieux la prochaine fois, se moque-t-il.
- Dégagez, laissez-moi tranquille, hurlé-je en m’énervant.
À nouveau, ils se marrent puis partent de ma chambre, j’ai horreur qu’on me réveille brutalement surtout que je dormais bien, n’entendant plus rien dans le couloir, je souffle puis sors de mon lit afin de m'attacher les cheveux et d’aller aux toilettes avant d’aller prendre mon petit-déjeuner. Ne participant pas aux conversations, j'analyse l'ambiance, les paroles, les airs détendus que je vois. Ouais, on n’est peut-être pas chez nous ici, on sera peut-être bien. Souriante, j'entame mon café, mais je croise le regard de Connor et celui-ci me fait un clin d'œil. Sur le coup, je ne réfléchis pas et avale ma gorgée de travers. Tout le monde m'observe à présent tandis que je tousse. Jade et Mà me tapotent le dos, Steve lui me donne un verre d'eau. À part que mes yeux ne peuvent quitter ceux de Connor dont le regard satisfait me fait un drôle d’effet. Il a l'air d'avoir apprécié ma réaction, moi pas du tout, j'ai failli m'étouffer. Quand enfin je me calme, j'expire pour me remettre les idées en place. Le fils de Steve termine son petit-déjeuner puis remonte en haut en sifflotant. Il l’a fait exprès, j'en suis sûre, de ma réaction non, mais du fait que j'allais sûrement réagir. Terminant vite à mon tour, je remonte afin d'aller me doucher et m'habiller. Pas de temps à perdre, je fais tout en vitesse, j'enfile une jupe noire, un haut à manches longues rayé, puis des cuissardes noires allant jusqu'aux cuisses. Après avoir brossé mes dents, je retourne dans ma chambre pour me préparer, j'applique mon spray pour les cheveux, les brosses légèrement, mets de la crème hydratante sur mon visage, me fais un trait d'eye-liner puis du mascara. Enfin prête, j'attrape mon sac et vais cogner à la porte en face de la mienne.
- Allez Jade, c'est l'heure.
C'est la rentrée pour moi donc, il ne faut pas être en retard et vu que je dois déposer madame il ne faut pas tarder. Heureusement ma sœur sort de sa chambre et quand nous descendons quelqu'un nous interpelle. En nous retournant, nous voyons Connor, une serviette autour de la taille fraîchement douché puisque des gouttes dégoulinent de ses cheveux pour se loger sur son torse, détournant les yeux, je me mords la langue pour ne pas parler et accessoirement loucher sur ses tablettes de chocolat. p****n, il me donne chaud sans n’avoir rien fait ni dit.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demande Jade pressée.
- Je fais une fête ce soir vu que les parents ne sont pas là.
C’est vrai, ils nous ont dit qu’ils sortaient et ne rentreraient pas avant demain soir après leur journée de travail. Comme nous sommes grands, ils peuvent clairement nous laisser seuls une soirée et une nuit.
- Ce soir ? Tu es au courant que demain il y a cours, qu’on est mercredi ?
Oui là c'est moi qui ai parlé. Mais qui organise une fête le soir de la rentrée ? Lui apparemment. Cependant, avec Jade, nous détestons les soirées alcoolisées où il y a trop de monde et trop de bruit surtout. S'il fait sa fête ici, il y aura des règles. Et franchement les parents ne peuvent pas partir le week-end, au lieu de le faire en pleine semaine.
- Bien sûr que je le sais, mais cela permettra aux étudiants de décompresser.
- Très bien, mais nous avons des conditions, fait Jade.
La posture cool de Connor se change direct en mode pas rassuré et il fait bien, car nous en avons au moins deux strictes. Il nous regarde tour à tour afin de savoir si c'est vraiment une blague ou non, il doit arriver à la bonne conclusion vu qu'il soupire en croisant les bras. Je ne soulève pas le fait que son geste fait b****r les muscles de ses bras et soulève ses pectoraux. Je remercie le ciel qui m'aide en faisant vibrer mon téléphone, donc je le sors tandis que Jade explique les règles.
- Règle numéro une, personne dans nos chambres.
- Vous avez juste à les fermer, réplique Connor.
- Certes, mais c'est une de nos règles.
- OK, ensuite, la presse Connor.
Jade me coule un regard et je ne peux que sourire.
- Règle numéro deux, à vingt-trois heures, tu arrêtes tout.
Là, je crois qu'il ne s'y attendait pas puisqu'il se met à rire. À s'en tenir le ventre même. Attends mon pote quand tu vas comprendre qu’on ne dit pas de bêtise. Il s'en rend enfin compte et ses sourcils se froncent. Nous regardant tour à tour nous prenant sûrement pour des folles.
- Vous avez déjà vu des fêtes qui se terminent à même pas minuit. Vous êtes tarées !
- Soit ça, soit on balance, dis-je.
- Sérieux ?
- Ouais, dit-on toutes les deux.
Il souffle, pas content en balançant vaguement « OK » puis s'enferme dans sa chambre. Bon, il a dit OK pour l’heure ? Ou cela veut dire qu’il a changé d’avis pour la fête. Ayant gagné facilement, je trouve, nous partons en vitesse vu que nous avons été retardées. Je démarre le moteur et direction le lycée. Bien sûr le GPS nous conduit une fois de plus, jusqu’à ce que je sache parfaitement la route, j’ai besoin de lui, heureusement qu’il est intégré à la voiture.
- Tu finis à quelle heure ? demandé-je à Jade.
- Dix-huit heures et toi ?
- Dix-huit, trente, tu m’attends ou tu préfères rentrer ?
- Je rentre et passe prendre des pizzas au passage pour ce soir ?
Approuvant doublement, je laisse Jade partir après un bisou et me rends à la fac, Cassandra m'attend à la sortie du parking donc je la rejoins et nous allons toutes les deux à notre premier cours. Le droit civil qui va durer seulement une heure, nous avons une heure de cours pour chaque domaine aujourd'hui afin que les profs nous présentent leur programme et nos moments d'examens. J'ai envoyé un message à Cassandra hier pour que nous nous rejoignions et après avoir vu le groupe dans lequel je serai. Le sien en l’occurrence. Puisque nous sommes beaucoup en droit, ils ont séparé la liste en deux et je suis dans le groupe de Cassandra, c’est pour quoi nous comptons rester collées l'une à l'autre le reste de l’année. Nous débutons donc par le droit civil, puis le droit constitutionnel et le droit pénal. Ayant qu'une demi-heure pour manger, nous courons dans les couloirs jusqu'à un distributeur. Heureusement celui qu'on réquisitionne est disponible, mais autour de nous c'est la pagaille, tout le monde est excité et ça glousse comme des poules chez les filles. Mais nous n'avons pas le temps d'en apprendre plus ni même d’écouter, que nous retournons dans notre salle pour manger en vitesse avant l'arrivée de notre prochain prof. C'est cool de nous permettre de manger dans la salle et de faire bouger l’enseignant pour ce moment-là. Justement il arrive et je vois Cassandra ranger en vitesse ses papiers m'invitant à faire de même, elle se penche légèrement vers moi pour m'expliquer.
- C'est notre professeur principal pour cette année, c'est un dingue. Tu verras, mais il est sympa t'inquiète pas.
- OK.
J'attends de voir, peut-être qu'il n'est pas aussi terrible que ça. Cet homme nous enseignera l'histoire du droit et les finances publiques, ce sont des matières intéressantes donc je dois être à fond. Nous passons deux heures avec lui et il nous explique ses deux matières. Nous allons ensuite vers une autre salle où se déroulera nos TD - travaux dirigés - nous terminons donc à dix-huit heures trente, je suis crevée. Autant d'informations d'un coup, ça fait mal au crâne. On se dit à demain avec Cassandra puis je monte en voiture, impatiente de rentrer, et surtout de manger de la pizza. Mais en me retrouvant devant la maison, je vois beaucoup de véhicules dans notre rue et dans l’allée, j'ouvre alors le garage pour y mettre ma voiture et surtout avoir de la place. Quand j'entre dans le couloir menant à la cuisine, de la musique, des cris, m'arrivent d'un seul coup. La vache, je ne pensais pas que la baraque était aussi bien insonorisée de l’extérieur. Plusieurs personnes se tournent vers moi des verres à la main se demandant qui je suis. Ah oui c'est vrai... la fête. J'avais complètement oublié ce détail. Pas trop contente de débarquer comme un chien dans un jeu de quilles, je monte vite, essayant néanmoins de trouver Connor des yeux, mais c’est peine perdue. Une fois à l'étage, je vais vite dans ma chambre et soupire de soulagement en voyant Jade assise sur mon lit. En revanche ce que je ne comprends pas c’est pourquoi elle porte mon casque de musique. Alors que j'allais lui demander la raison, j'entends des gémissements provenant de la chambre d’à-côté. Les yeux écarquillés, je vais vite allumer ma télé et mets le volume assez fort. Jade retire le casque en soupirant.
- Quelle fête, hein ? fait-elle faussement joyeuse.
- Je ne savais pas que les fêtes se faisaient à dix-neuf heures.
- Si tu veux mon avis, il l’a fait exprès.
Secouant la tête dépitée, je mets un film tandis que Jade va chercher la pizza qu'elle avait gardée dans sa chambre. J'accueille avec plaisir l'odeur d'une pizza kebab - sans oignon – avec en dessert une boîte de pancakes recouverts de sucre glace. Miam. Nous décidons de regarder la trilogie de High School Musical, j'ai bon espoir que la fête soit finie puisque nous avons dit vingt-trois heures. Je lance le film, la boîte de pizza entre nous ainsi qu'une grande bouteille d'eau que j'avais dans ma chambre, oui la petite bouteille sur ma table de nuit, c'est perso. J'espère juste que je ne vais pas m'endormir devant le film, quoiqu’avec le boucan qu'ils font à côté et en bas, cela ne risque pas d'arriver.
*
Bon bah, les trois films sont passés, il est minuit trente. Afin de laisser une chance à Connor, nous avons fait notre première révision ensemble, mais bon on n’avait pas grand-chose à faire donc on s’est retrouvées à court d’idées. Plus le temps passe et plus la colère arrive. Au bout de dix minutes à se regarder dans le blanc des yeux, un énième cri venant d’en bas nous fait voir la pièce en rouge.
- J’en ai ras le bol, dis-je.
- Pareil, je me retiens d’aller gueuler.
- Faut faire quelque chose, là il se fout de notre gueule.
D’un seul regard, nous scellons notre accord. Il a voulu nous la mettre à l’envers. Bah il va comprendre qui sont les sœurs Garcia. Évidemment celle qui a eu le plan est Jade. C’est la meilleure pour ça. Donc pour le coup je dois me changer, j’enfile une robe verte avec des nuances dorées, blanches et marron, avec un beau décolleté et des lacets qui se croisent finement dans mon dos. Je vous avoue que cette robe me va très bien. Restant pieds nus, nous sortons de la chambre à pas feutrés, Jade descend les escaliers le plus discrètement possible puisque Connor est assis sur un fauteuil, une fille sur les genoux, Jade va alors couper la musique pour ensuite mettre Toxic de Britney Spears, et quand les invités lèvent leur tête surpris du changement soudain, les lumières se coupent puis un flash se fait. Jade utilise son téléphone. À moi de jouer. Heureusement que Jade montre que mon corps et non mon visage ça évitera qu’on me reconnaisse. J’ai assez donné. Personne ne comprend ce qu’il se passe, mais le choc passe quand je me mets à danser, restant en haut des escaliers, je m’aide de la rambarde pour y faire passer mes jambes, m’y allonger en cachant toujours mon visage. Je sens bien le regard de chaque personne sur moi et je dois dire que je m’amuse grave et au moment où je me laisse glisser au sol à la fin de la danse pour faire le grand écart, soudain, la musique se coupe puis des sirènes de police retentissent au loin. La lumière revient et tout le monde part en vitesse totalement paniqué. Je les regarde tous déguerpir - en descendant tranquillement - sans demander quoi que ce soit et une fois la porte fermée, Jade sort de sa cachette après avoir coupé la sirène puis me rejoint, nous nous tapons dans la main, contentes que notre coup ait fonctionné à merveille. Connor qui regarde la porte grande ouverte nous fixe en allant la fermer puis se tourne complètement vers nous en voyant nos sourires et nos bras croisés. Il a les mains sur les hanches, en essayant de ne pas trop s’énerver.
- C’était un coup monté ? demande-t-il seulement.
- On t’a laissé presque deux heures de rab, ne te plains pas, dis-je en souriant.
- Venir me le dire, c’était possible aussi.
- Désolée, mais on ne savait pas où te chercher, dans ta chambre, dans le salon, le jardin, fait Jade en citant les lieux comme des suspenses en comptant sur ses doigts.
Tournant un peu sur moi-même, je constate tout le bordel qu’il y a ici. Les gobelets, les sachets de chips, du liquide renversé, de la bouffe partout. Il va en chier à tout nettoyer. C’est ce qu’on récolte en faisant une fête. Il aurait fini sa teuf à l’heure, j’aurais donné un coup de main en guise de bonne foi, mais là il se démerde. Quand je me tourne vers lui, je suis surprise de le voir me reluquant de haut en bas, Jade lui fait un signe de main en belle hypocrite tout en me poussant vers les escaliers. En lui souhaitant bonne nuit, nous rejoignons nos chambres pour enfin aller nous coucher. Heureusement, je ne commence qu’à treize heures.