En râlant, j’éteins mon réveil en me recouchant et en m’enfouissant sous la couette. p****n que j’ai mal au crâne, je suis crevé et j’ai l’impression que je vais être avalé par mon matelas. Il était quatre heures du mat quand j’ai fini de tout ranger et de nettoyer. Putains de frangines, trop bien la solidarité fraternelle. Elles ont monté leur coup et m’ont laissé me démerder tout seul. De base quand je fais une fête, je pêche toujours les plus fraiches afin de m’aider à la fin pour ranger donc à cinq ou six, c’est tranquille et facile. Mais tout seul avec un coup dans le nez bah c’était encore plus dur, mais j’ai quand même fini, bon très tard. En plus Jules et les autres sont partis tôt pour être présents au cours, auquel je ne compte pas aller. Elles vont me le payer, mais là je n’arrive pas à bouger. C’est mort, je ne vais pas en cours aujourd’hui. Je sais que mon père va gueuler puisque la rentrée c’était hier, mais là je ne peux carrément pas. Je dois me venger, comment ? Je ne sais pas, mais je trouverai quand j’irai mieux. En tout cas ça fait du bien d’entendre le silence. Rien ne peut perturber mon sommeil. Seulement quand j’entends toquer à ma porte, je me redresse en sursautant. C’est quoi ce délire ? Ce sont les femmes de ménage ? Non, il n’y a pas de Mozart qui sort des enceintes. Donc ce ne sont pas elles. Je me rallonge doucement en invitant la personne à entrer. Quelle n’est pas ma surprise de voir Ambre, un plateau à la main ! Elle referme la porte derrière elle puis le dépose sur la table de chevet à portée de main. En me penchant, je vois, une grande tasse de café, des pancakes avec du sirop d’érable dans un petit récipient, une corbeille de mini viennoiseries puis un verre de jus d’orange. Waouh c’est en quel honneur tout ça ? Je la regarde et la vois habillée d’un jean bleu moulant avec un haut bleu un peu plus clair qui montre son nombril, mais il a les manches longues, elle porte des baskets et ses cheveux sont détachés. Elle est toute fraîche, comparée à moi. La loose. Je dois plus faire envie à un phoque qu’à un canon pareil. Tuez-moi, je perds trop de points là.
- Je t’ai préparé ça, en guise de paix.
- Pour vous excuser de votre coup foireux d’hier ?
Je me redresse correctement pour prendre contenance, mais bon, cela n’arrange pas grand-chose.
- Non, on ne s’excuse pas, c’est juste pour te convaincre de ne pas essayer de nous chercher.
Je ris, je comprends sa logique, Ambre semble tellement sûre d’elles, qu’elle me conseille de ne pas continuer sur ce jeu. Je suis mitigé encore. Ambre jette un regard sur ce qu’elle a apporté.
- Et c’est censé me faire changer d’avis ?
- Ça vaudrait mieux pour toi, en effet.
Tournant la tête vers mon portable, je vois qu’il est midi. Elle m’a laissé dormir et m’a préparé à manger, je pourrais me laisser convaincre. Tiens, ça me donne une idée. Avec un sourire malicieux, je la regarde de haut en bas.
- Quoi ?
- Tu reprends à quelle heure ?
Les sourcils froncés, pas sûrs de savoir pourquoi je lui demande ça. Elle me répond tout de même.
- Treize heures pourquoi ?
- Oh tant mieux.
Sortant de la couette, je me mets sur le ventre en me calant confortablement, un oreiller sous le menton. Ambre me regarde, pas certaine de mon vœu. Lui pointant mon dos du doigt, je lui souris malicieusement.
- Tu veux un massage si je comprends bien.
- Bravo, Sherlock.
- Je te préviens qu’après ça, si tu souhaites autre chose tu te le mets où je pense et tu en subiras les conséquences.
- C’est noté, allez au boulot.
Je l’entends souffler, mais des mains chaudes et douces se posent sur mon dos. Ambre commence avec les épaules puis glisse sur mon dos doucement. Elle remonte petit à petit faisant tomber la pression de ma colonne vertébrale due à ma nuit de merde. Redescendant doucement en comprimant plein d’endroits à la fois, Ambre a bien caché ce talent, très pratique je dois dire. Je ne pensais pas que cela me détendrait et atténuerait autant mon mal de crâne. Limite je pourrais me rendormir. Mais vu le canon à mes côtés je n’ai plus sommeil. Les yeux fermés je profite. Bon, si nous faisions un petit bilan, nous sommes en bons termes. Si je ne les cherche pas évidemment. Le meilleur des points positifs, c’est que je lui plais et c’est ma seule chance de tenter quelque chose. Quand je sens ses mains s’enlever de mon dos, je me retourne en vitesse, la bascule puis me mets sur elle. Son cri perce le silence, mais une fois la position faite, elle ne bouge plus et ne dit plus rien. Ses yeux se plissent en guise de défi.
- Tu sais, j’ai une petite idée de comment je pourrais me laisser convaincre, murmuré-je.
Ambre sourit en haussant ses sourcils bien dessinés. D’habitude les filles ne laissent qu’une petite ligne et d’autres se les rasent pour les dessiner elles-mêmes ce qui n’est pas beau du tout, alors que là, ils sont juste bien épilés avec une petite épaisseur noire. Ses cheveux de la même couleur reposent sur mon lit et c’est une belle vision. Son parfum de noix de coco me monte au nez et j’adore.
- Connor, tu serais mignon de ne pas me confondre avec tes plans cul.
- Je sais que tu n’es pas comme elles.
Elle lève sa main et alors que je m’attendais à ce qu’elle me touche les cheveux, la joue ou la bouche même. Non, elle pose un doigt sur mon nez. Ma réaction doit l’amuser parce qu’elle se retient de rire. Sérieux on fait ça à un gosse, pas à un mec. La claque que je me prends sur mon ego me fait mal.
- Bien joué, mais non merci. Je n’ai jamais vu de frère et sœur ensemble.
- Demi, grogné-je.
- C’est pareil, Connor. On ne peut pas, mets-le-toi dans le crâne.
Arrgg, ça m’énerve parce qu’elle ne dirait pas non autrement. Ça me soule p****n, à cause des parents en plus. Bon si je ne peux pas espérer plus, au moins un bisou. Je me baisse vers ses lèvres et alors que je suis à deux cheveux de les toucher, Ambre met son doigt entre nos bouches me coupant dans mon élan. Soufflant avec exagération, je m’allonge à côté d’elle.
- Sérieux on se plaît, pourquoi tu ne veux pas ?
- Je viens pour vivre avec ma mère, pas me taper le fils de son mec.
- On ne le dit pas, tenté-je avec espoir.
Ambre se lève, retire son chouchou de son poignet puis s’attache les cheveux en silence. Elle s’approche de la porte, prend son sac posé dans le couloir puis se tourne vers moi.
- Ne rends pas les choses compliquées, d’accord ?
- OK, j’abandonne, abdiqué-je en levant les mains.
Ambre sourit puis sort de la chambre en refermant la porte. Pfff la poisse. Théâtralement je m’écroule sur le lit. Il me reste plus qu’une chose à faire après cette défaite. Déguster le plateau qu’Ambre m’a apporté. Heureusement, le café n’avait pas trop refroidi donc j’ai pu avoir ma dose de caféine, après avoir bien mangé, mon programme est déjà tout tracé. Dormir.
*
Je suis réveillé par le bruit de mon portable qui sonne, le cherchant les yeux clos, je tâtonne mon lit à sa recherche, après cinq minutes je le trouve enfin et rappelle donc la personne qui m’appelait. Jules décroche presque tout de suite.
- Dure nuit ? me dit-il en se moquant.
- Je ne t’en parle même pas, quatre heures, gros, je suis mort.
- Et si je te disais que nous allons en boîte ce soir, tu nous lâches ?
Me redressant comme un piquet, un sourire de gamin au visage, je suis déjà impatient d’y être. On raccroche et finalement, la journée va sûrement mieux se finir. Voyant qu’il est déjà seize heures, je sors du lit pour aller me doucher puis me rends dans la cuisine afin de me faire un café, je suis étonné de voir Jade assise sur le canapé à lire un livre. En faisant un peu de bruit, je suis sûr d’attirer son attention. Bingo, je pose sans délicatesse ma tasse sur le plan de travail sans pour autant la casser, elle me voit donc et s’approche après avoir posé son livre.
- Ça va ?
Attendez, pourquoi je lui demande ça ? Je m’en fous en vrai. Surtout avec la merde qu’elle m’a faite avec sa sœur cette nuit. Jade aussi doit se poser la question vu le regard qu’elle me lance.
- Mieux que toi, je pense.
- Je ne renchéris pas, ta sœur m’a prévenu.
- Sage décision, me sourit Jade. Bien dormi quand même ?
En hochant la tête, je la regarde me rejoindre pour se préparer un verre de lait et sortir des gâteaux du placard puis s’installer sur la chaise haute en face de moi.
- Dis, tu t’y connais en français ? me demande Jade.
- Non, pourquoi ?
- Merde, je dois attendre ma sœur.
Jade souffle face à mon regard d’incompréhension, quitte la table pour aller chercher son livre puis me le tend. J’aurais aimé savoir lire autre chose que le nom de l’auteur, mais je ne parle pas un mot de français. Posant le livre à côté d’elle, Jade commence son goûter en trempant son gâteau dans le lait puis le mange.
- Donc Ambre parle français ? comprends-je.
- Oui, elle a été plusieurs fois en France avec l’école et Ambre a une mémoire eidétique donc apprendre le français a été facile.
- Une mémoire eidétique ? demandé-je perplexe.
- Oui, ma sœur a la faculté de se souvenir d’énormément de choses, une image dans le moindre détail, une chanson, un cours qu’elle a eu, sur tout un tas de trucs si elle l’a déjà vu, sa mémoire s’en souviendra.
Elle m’en bouche un coin là. Un génie dans ma maison, cela contraste nettement avec ma cervelle de petit pois. Façon de parler hein, mais face à Ambre et son super cerveau je ne peux pas lutter. Jade pose sa main sur mon avant-bras puis me regarde sérieusement.
- Elle n’aime pas que ça se sache donc ne l’ébruite pas.
- D’accord, mais on ne dirait pas.
- Avant, elle répondait toujours à tout, tout le temps à chaque question même futile. Elle a appris à se contrôler depuis le temps et aujourd’hui elle l’utilise pleinement que pour la fac.
- Je comprends mieux pourquoi elle choisit la vocation d’avocate.
Jade me sourit en m’expliquant que ce domaine lui permet de faire travailler sa mémoire à fond. Tu ne peux pas faire d’erreur et tu dois travailler dur. Enfin dur dans son cas je ne sais pas comment l’interpréter. Une bombe avec un cerveau de dingue. Et faut que je résiste ? Tuez-moi maintenant. Alors que l’idée de cuisiner la petite sœur sur les goûts et préférences d’Ambre, celle-ci entre portable à la main en tapant quelque chose. Quand elle relève la tête et nous voit ensemble, elle sourit en venant nous rejoindre. Elle embrasse sa sœur sur le haut de la tête puis me regarde.
- Bien dormi ?
- Super, et toi les cours ?
Je n’ai pas pu m’empêcher de lancer un regard à Jade.
- C’est le début donc tout le monde prend ses marques.
- Ambre, j’ai un livre à lire en français, ça te dérange de m’aider, je coince à plusieurs endroits.
- Oui, pas de souci, elle attrape le bouquin. C’est ça ?
Elle tourne le livre pour lire la quatrième de couverture. Puis ses sourcils se froncent, elle ouvre le bouquin puis lit la dernière page.
- Qui vous a passé ce livre ?
- La prof de français, chacun a un livre différent et nous devons faire un résumé détaillé. Pourquoi ?
- Tu es au courant que c’est le journal d’Anne Frank ?
- Oui c’est écrit, mais je ne sais pas qui c’est.
Ambre passe côté cuisine à son tour puis se sert également un verre de lait en prenant place à côté de sa sœur en lui piquant quelques gâteaux au passage.
- C’était une jeune fille juive, elle voulait publier son journal intime qu’elle a transformé en livre à la fin de la guerre afin de raconter ce qu’elle et sa famille ont vécu. Elle était recherchée et elle a été arrêtée. Elle est décédée d’une maladie en 1945, je crois… Oui, c’est ça. Et elle avait seize ans.
C’est écrit sur la couverture ou sur la dernière page pour qu’elle en dise autant d’un coup. p****n, je me demande comment elle sait tout ça. Jade prend le livre dans ses mains, le tenant à une petite distance en soufflant.
- C’est triste quoi ?
- Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu, c’est ce que j’avais vu en cours, c’est son père qui a publié le livre.
- Ouais, pour moi c’est triste, interviens-je.
Les deux sœurs me lancent un regard identique. Que je n’ai pas tort. Peu de temps après, les parents rentrent en même temps, en se disant des mots doux, le pire c’est qu’ils gloussent. Hop, nouveaux regards avec les filles donc nous disparaissons en haut en vitesse, mais Jules débarque au même moment ce qui m’oblige à rester en bas. Donc en quelques secondes nous finissons au sous-sol afin d’être définitivement pénards.
- Vous étiez pressés de monter ? me demande mon cousin.
- Les parents sont arrivés en mode bisounours donc on a battu en retraite.
Jules se marre, mais me donne raison. Voir des vieux se bécoter, se séduire, être tactiles, ça rend hyper mal à l’aise. Jules me raconte ce que j’ai manqué à la fac, c’est-à-dire pas grand-chose puisque ce n’est que le deuxième jour. Évidemment je lui raconte la mienne et la blague des sœurs hier soir ce qui l’a bien fait rire, sinon elle n’était pas passionnante en soi sauf ce midi avec Ambre et le goûter avec les filles. Je sais que Jules n’est pas très heureux de mon comportement, mais je ne fais rien de mal. Puis je me souviens que Jules avait parlé d’aller en boîte.
- Alors, à quelle heure on se rejoint ?
- Comme d’habitude, vingt-deux heures.
- OK.
- Je vais demander à Ambre si elle veut venir.
Jules se lève puis monte les escaliers sans me laisser en placer une. En soi cela ne me dérange pas qu’elle vienne, mais j’ai peur de la découvrir dans un univers totalement libérateur et insouciant. Aller en boîte, ça va changer du restaurant et de la maison. D’un côté j’ai hâte, mais j’appréhende aussi. Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais une boule se forme gentiment dans mon ventre et ma gorge. Jules revient tout content, ce qui veut dire qu’une seule chose, Ambre sera des nôtres. Évidemment, Jules convient que je servirai de chauffeur à Ambre pour aller en boîte ce qui me dérange dans un sens. Après ce qu’il s’est passé dans la chambre ce midi, où nous étions assez proches et avec ce que Jade m’a révélé sur sa sœur à propos de son intelligence, je commence à vraiment m’habituer à sa présence, un peu trop. Une belle personne, je le reconnais, mais qui sera entourée de mecs sous mes yeux qui auront droit à son attention, mais pas moi. Attention aux mecs bruns. Tout seul dans mon studio après le départ de Jules, je m’édite. Mon envie d’Ambre vient sûrement de mon manque de sexe, ouais ça vient de là, ce soir si Naomie ou une fille de la boîte est dispo, je me la fais. Hier soir, la fille a plus braillé que m’a fait de l’effet. M’allongeant dans mon petit canapé, je reste là un moment à me poser.
L’heure du repas a sonné donc je m’assoie à table, escalope de dinde avec du riz accompagnée d’une sauce dont je ne connais pas le nom. Les parents nous demandent de raconter notre journée et quand vient mon tour je tente de trouver une excuse qui passera, mais Ambre me coupe la parole.
- J’ai demandé à Connor de me déposer en cours à treize heures, commence-t-elle. Donc il est parti de la fac ce matin, est venu me chercher puis quand Jade a eu fini, il est allé la récupérer et moi ensuite. Il a gentiment joué les chauffeurs au lieu d’aller en cours pour nous.
- Ambre enfin, tu aurais pu prendre ta voiture, la rouspète Suzanne.
- J’avais mal aux reins et prendre la voiture ne me rassurait pas.
Je ne sais pas de quoi Ambre parle, mais le visage de sa mère se met en alerte puis baisse les yeux sur le grand verre d’eau posé devant sa fille aînée. Ses mains se posent sur sa bouche quand elle se lève, contournant la table jusqu’à elle. Jetant un œil à mon père, il suit le mouvement de sa femme, aussi médusé que moi.
- Ça va Mà, fait Ambre quand celle-ci pose sa main sur son front. C’est pour cela que j’ai demandé à Connor de m’accompagner.
- Tu as toujours des crises ?
Des crises ? De quoi ? C’est grave ? Merde ça me fait flipper son truc.
- Ça dépend, mais au besoin j’évite tout mouvement.
- Merci, Connor, d’avoir séché tes cours pour les déposer.
Suzanne me regarde reconnaissante alors que je n’ai strictement rien fait. Ne me voyant pas répondre, mon père et les deux sœurs me regardent. Les filles ne sont pas discrètes avec leurs gros yeux. L’air de dire « Mais joue le jeu débile » j’ai compris le message, mais je ne peux pas expliquer le pourquoi du comment. Les voyant tous me regarder, je souris en jouant le gars embarrassé par les remerciements. Papa me félicite même en disant que de toute façon c’est la rentrée et que je n’ai rien perdu. Le plus surprenant est que si elle a d’autres ennuis, il ne faut absolument pas qu’elle hésite à me solliciter. Si cela peut me faire réduire mon emploi du temps, je prends. Le repas reprend calmement et je lance des œillades à Ambre afin qu’elle m’explique à demi-mot c’était quoi cette scène, mais elle m’ignore en reprenant ensuite l’air de rien.
- D’ailleurs, je vais sortir avec Connor ce soir, on va en boîte avec Jules.
- Tu es sûre ? s’enquiert sa mère. Tu ne veux pas te reposer ?
- Oui, et puis Connor est là au besoin.
- Bien sûr, je veillerai sur elle, assuré-je.
Sa mère sourit, contente que nous nous entendions bien, mais le « plus si affinité » ne me dérangerait pas non plus. Papa est ravi aussi puisqu’il ne râle pas que je sorte. C’est bien la première fois qu’il ne grogne pas. Tiens, tiens, la présence d’Ambre me ferait bien gagner un peu de liberté en plus. C’est top, à confirmer plus tard sur autre chose. Jade nous fait rire en nous racontant les conneries que font les mecs de sa classe, tous des machos, ce qui la révolte beaucoup, à tel point qu’elle se met à parler espagnol en s’énervant plus et sans s’en rendre compte. Ambre rigole de la voir s’emporter comme ça et lui signale de revenir à l’anglais. Toute rouge, elle boit un verre d’eau pour se calmer puis conclut en anglais pour que nous comprenions.
- Bref, les mecs sont des plaies.
- Sympa, commenté-je.
- Désolée, mais c’est la vérité, en Espagne les hommes sont plus caliente et te séduisent avec les mots et ne te font pas fuir comme ici.
- C’est l’image qu’on renvoie ? demandé-je à Ambre.
Elle ne répond pas, mais hoche simplement la tête. Bah tu m’étonnes qu’elle m’envoie bouler, elle n’a pas l’habitude de la drague abusive. Bon à méditer sur le sujet. La fin du repas approche et j’ai hâte de monter dans ma chambre. Parce que les parents se disent des messes basses avec des sourires de gamins. En regardant les frangines, je les vois ranger les cheveux devant les yeux et vu que c’est noir bah c’est bien pratique et surtout elles bouchent une oreille avec leur main libre tout en mangeant rapidement le dessert – une tarte aux pommes – faisant pareil, je me dépêche et nous finissons en même temps. Nous débarrassons en un temps record puis montons en quatrième vitesse afin d’aller dans la chambre d’Ambre et une fois la porte fermée, nous faisons une tête de dégoût. Jade en a même des frissons, sa tête est à mourir de rire.
- Ah non, mais tuez-moi. C’est gênant de voir ça, se plaint la petite sœur.
- C’est vrai que j’ai honte, avoue Ambre.
- J’espère ne pas être aussi cucul devant une fille, dis-je en grimaçant.
Les filles me disent que dès qu’elles me verront avec une chica, elles ne se gêneront pas pour me le dire. Jade plaisante sur le fait de prévenir sa sœur au besoin, mais cela ne me fait pas rire et le regard que celle-ci me lance ne me rassure pas. Je sais que je n’ai aucun droit sur Ambre, mais rien que la voir, c’est dur. L’envie de lui sauter dessus se fait une nouvelle fois et je tente du mieux que je peux de me contrôler. Donc pour m’aider un maximum, je sors de la chambre et rentre dans la mienne, je sais qu’il n’y a pas beaucoup de distance, mais c’est mieux que rien. Je branche mon casque à mon portable et écoute de la musique jusqu’à l’heure d’y aller.
Je sens que cela va être une super soirée. Ironique ou pas, on verra bien.