Episode 2

1804 Words
Hadja Kiramy Diallo Ambitieuse, indépendante, battante, forte, féministe, influente et riche, super riche ; tels sont les mots qu'utilisent la plupart des gens pour me définir et je dois avouer qu'ils n'ont pas tout à fait tort. Chacun de ces mots me définit, mais c'est plus que ça, je suis plus que cela. Je me nomme Hadja Kiramy Diallo, l'ainée de ma mère. Je suis issue d'une famille polygame, mon père a quatre épouses et ma mère est la dernière.  Elle a été donnée en mariage à mon père à l'âge de quatorze ans, et elle ma eu une année après, raison pour laquelle la plupart de mes amis ont du mal à me croire quand je la présente comme ma mère, ils la prennent très souvent pour ma sœur surtout que nous sommes super complices et on se ressemble comme deux gouttes d'eau. ❤ Je viens de finir de répondre à quelques questions d'une interview que j'ai eu du mal à accorder, pourquoi ? Parce que tout simplement je n'arrête pas de me demander qui je suis vraiment. Qui est Kiramy ? Je sais que pour répondre à cette question, il me faudra faire un petit voyage dans le temps, revenir dans cette cour aux dizaines d'habitant, tous différents les uns des autres. Rien que d'y penser, je sens des frissons me parcourir en entier. Ai-je vraiment envie de m'en souvenir ? Je ne suis pas sûre mais ne dit-on pas que pour combattre ses démons il faut les affronter ? Il est temps pour moi d'affronter mon passé et surtout de l'accepter. Je l'ai longtemps refoulé, enfoui au fond de mon âme, me faisant une illusion, une image d'une personne que je ne suis pas vraiment et j'en ai plus que marre. Je voudrais juste répondre à une seule question, à savoir ; qui suis-je ? Kiramy, la propriétaire du plus grand cabinet d'audit du continent ? Kiramy, la plus jeune milliardaire du pays et celle faisant parti du tops dix des hommes les plus riches et influents du continent tout en étant la seule femme ? Kiramy, celle qui ne s'est marié qu'à l'âge de 30ans, après avoir été dénigré et pointé par tous les doigts ? Kiramy, la défenseuse des droits humains en général et ceux des en femmes en particulier ? La féministe, celle qui n'a jamais peur de dire les mots tels quels sont, d'affronter les plus grands et influents des personnalités ? Kiramy, la jeune femme sans amie et enviée par tous ses proches et connaissances ? Celle extravertie ou introvertie ? Celle arrogante ou humble et simple ? Celle méchante ou celle avec le cœur sur la main ? Ou tout simplement celle décrite par les médias ? Qui suis-je parmi ces définitions où suis-je le tout à la fois ? Pourquoi ? Ma conscience me répond. Elle me force encore à faire un retour en arrière et me met en face de mes plus grands cauchemars, elle me torture mais elle me répond quand même.  Elle me dit :  Oui tu es bien toutes ces Kiramy et tu sais pourquoi ? Parce que, que tu le veuilles ou non tu as avant tout été Hadja (le prénom par lequel m'appelle ma famille) ; Celle qui a vu sa mère se faire torturer par des coépouses qui peuvent être sa mère, frapper et maltraiter par un mari qui peut être son père.  Cette hadja détestée par ses demi frères et sœurs et marginalisée avec ses frères et du reste de la famille. Celle qui n'avait que deux habits, un seul cahier et faisais des kilomètres pour aller étudier dans des écoles publiques alors qu'un seul de ses demi frères ou sœurs pouvait la prendre en charge ainsi que tous ses frères, sans parler de son père. Celle qui étudiait avec une bougie parce que sa mère n'avait personne pour payer la facture d'électricité de sa chambre et qui a finis avec une myopie qu'elle a elle-même traité, et trop tard.  Celle moquée, huée, repoussée et séquestrée par tous ses camarades à cause de ses habits déchirés, ses chaussures trouées et ses coiffures inchangées. Celle qui n'avait jamais à manger pendant les récréations mais qui était toujours première de sa classe. Celle qui a vu sa mère jeunée des jours pour qu'elle puisse manger elle et ses frères. Celle a qui ont refoulait tout le sale boulot, qu'on commissionnait au plus loin possible pour l'empêcher de réviser. Celle battu par son père et ses demi frères pour un oui ou non. Celle a qui on a arraché l'innocence, qui a été v***é par son propre cousin, dans la maison de son père et sous le consentement de son demi-frère. Et la seule solution que mon père a trouvée, était de me le donner en mariage, pour ne pas gâcher sa réputation. Oui il a préféré échanger ma dignité et mon innocence contre des collas et une valise bien ornée. Je n'avais que 12 ans quand c'est arrivé, je n'avais même pas encore eu mes premières menstrues.  J'avais toujours eu une haine virulente contre les mariages précoces, forcés, les viols, la polygamie, l'injustice faite aux femmes en générale. La situation de ma mère, de certains de mes demi sœurs mariés très tôt et déscolarisées et surtout les cours qu'on nous donnait à l'école m'avaient servi d'exemple. Il était pour moi impossible d'arrêter l'école, de me marier à 12ans et avec celui qui m'avait pris mon innocence, c'était juste impensable et ma mère savait que je serais capable de me suicider si cela devait arriver. Ma mère avait toujours été soumise et acceptait toutes les injustices et horreurs qu'on nous faisait vivre, des fois je la prenais même pour responsable de ce qui nous arrivait. Je savais que mon cas l'avait anéantie mais en même temps je savais qu'elle était incapable de faire quoi que ce soit pour empêcher ce qui allait m'arriver, c'est ce que j'avais cru mais elle m'avait prouvé le contraire. A deux jours de mon supposé mariage, au milieu de la nuit, elle nous a fait fuir de la maison et sachant qu'elle ne sera jamais la bienvenue chez elle vu que son père avait tout misé sur elle en la donnant en mariage à son ami le plus riche, elle nous a conduit chez sa grande sœur, qui vivait dans la capitale avec le peu d'économies qu'elle avait. Une nouvelle vie commençait pour moi, avec plus de promesses, d'espoirs et d'opportunités. Cependant, il y avait une très grande ombre sur le tableau parce que j'avais laissé, et ma joie de vivre, et ma raison et mon cœur et même mon âme, sur le lieu où il m'avait enlevé mon innocence. Je n'étais plus que l'ombre de moi-même, une coquille vide et sans aucune émotion. Même si j'avais plus d'espoirs et de facilité à réussir dans ma vie et mes études, même si maintenant j'avais des amies et une vie aisée, je n'avais aucun gout à la vie.  Heureusement que je me suis de plus investi dans les études qu'autre chose et j'ai décroché mon bac à 16ans ; avec mention et une bourse pour la France. Le reste s'est fait naturellement et me voilà aujourd'hui, assise dans mon propre jet privé avec mon propre garde du corps. Aujourd'hui je prends en charge ma famille, du premier au dernier. Oui cette même famille qui m'avait détesté et brisé sans raison ; c'est ma façon à moi de me venger d'eux, même si ma petite a du mal à le digérer. Pour ma part, juste leur honte me suffit amplement. Dieu est le plus grand et le seul justicier.  Le chemin a été long, très long et scabreux. J'ai eu à faire face à toutes sortes de difficultés, j'ai souffert des conséquences de mon enfance, de mon viol et c'est toujours le cas. J'ai eu du mal à supporter les hommes, d'autant plus que la moitié n'était intéressé que par mon argent et l'autre moitié, cela les faisait plutôt fuir. Une femme instruite, libre et riche, n'attire pas forcément les hommes, au contraire, ça les repousse. Ils préfèrent les soumines, celles qu'ils peuvent contrôler et maîtriser et c'est loin d'être mon cas. Il m'a fallu un miracle pour me marier et je dois aussi avouer que je suis tombée sur une perle rare, qui a changé ma vision du monde et de l'amour, et j'en suis reconnaissante.  Mais de là à dire que je suis complètement guéri, que je n'ai plus aucun problème ou séquelle, que je suis totalement free et épanoui serait vous mentir et le message que je viens de recevoir, de la part de mon mari le confirme bien. « Donc c'est vrai que tu prends la pilule, à 30ans, tu te fou de moi Ramy ? » J'étais en voyage d'affaires pendant deux semaines. Je sais que mes multiples déplacements dérangent mon mari et qu'il y a une petite tension entre nous ces derniers temps, raison pour laquelle j'ai raccourci mon voyage. Mais de là à m'envoyer ce genre de message, plein de sous-entendu comme si c'est sa façon à lui de me dire que je suis vieille femme et stérile ne me plait pas du tout. Il me connaît, il connaît mon histoire ; malheureusement. Je sens que nos retrouvailles ne seront pas comme je l'avais imaginé. La plupart des gens pensent que j'ai une vie parfaite raison pour laquelle, ils m'envient et me détestent. Ils pensent qu'être l'une des femmes les plus riches et influentes est un privilège, ils voudraient savoir comment c'est ou bien être à ma place. Ma vie est tout sauf reposante. Avoir l'argent ne garanti pas le bonheur, l'amour, au contraire. Ma vie est un vrai défi et le pire, est que je n'ai pas le droit de me plaindre, qui me croira de toute façon ? Je suis Kiramy, la femme riche et forte, celle qui défend et protège les autres, celle qui écoute et conseil les autres. Mais moi qui le fait pour moi ? Je suis humaine après tout et j'ai mon lot de problèmes quotidiens, de temps en temps, j'ai besoin d'une oreille attentive, d'un sourire et d'une parole réconfortante. Aider moi à le trouver, soyez mes confidents et je vous ferais savoir que derrière ma vie de riche et aisé, se cache de vrais défis quotidiens que je dois relever chaque jour. Être une femme c'est déjà un défi. Mais être Kiramy Bah, géré des milliards d'argents et des centaines de personnes, gérer une famille et un foyer, allier vie professionnelle et vie personnelle, c'est le plus grand défi de tous les défis et vous saurez le pourquoi très bientôt. Je suis une femme d'influence, mais je suis avant tout, une femme. Comprendra qui pourra. ____________________________________ Queen 10/01/2019 20 : 45
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