Chapitre 2-1

760 Words
Chapitre 2 Asahi s’assit sur un affleurement rocheux qui surplombait la rivière et regarda la première lune se lever au-dessus des arbres, suivie peu après par la seconde. Un sentiment de paix l’envahit et il se concentra sur cette émotion, comme le lui avait appris son grand-père. Cette méditation simple l’aida à maîtriser les vagues résiduelles de vertige. Il sortit sa veste de son sac, l’enfila et la ferma. Ses pensées revinrent à Ruth Hallbrook. Il espérait de tout cœur qu’elle avait survécu à son voyage à travers le portail, si elle l’avait effectivement traversé. Toute la journée, il avait cherché des traces de sa présence, sans succès. Il étudia les environs. Il avait suivi le cours d’eau qui serpentait vers le sud dans l’espoir qu’il déboucherait sur la côte. Alors que l’après-midi avait laissé place au début de soirée, Asahi avait commencé à chercher un endroit où monter un camp. Il avait finalement choisi la plateforme rocheuse sur laquelle il se détendait à présent. Il avait eu besoin de traverser la rivière, mais cela n’avait pas été un problème grâce aux ponts naturels formés par l’accumulation de rochers et de débris qui avaient été charriés par le courant. Un mouvement de l’autre côté de la rivière attira son regard. Une dizaine de petits animaux à poils longs émergèrent de la forêt. Il s’avère que j’ai bien choisi où passer la nuit, pensa-t-il. Les animaux rayés brun et jaune avaient environ la taille et la carrure de wombats, mais leurs marques ressemblaient à celles des zèbres. Plusieurs jeunes grognèrent de plaisir et coururent au-devant des adultes vers l’eau. Un petit rire lui échappa lorsqu’ils commencèrent à s’éclabousser. Il recula jusqu’à être adossé à la roche. Quelque chose s’enfonça dans ses côtes et il se souvint de la dague à sa taille. Il ajusta la gaine afin de ne pas être gêné et se détendit. Le bruit de bois qui se brisait et les cris d’avertissement provenant de la famille d’animaux aux rayures jaunes attirèrent de nouveau son attention de l’autre côté de la rivière. Une créature semblable à un ours et de la taille d’un éléphant émergea de la forêt à une centaine de mètres des mammifères qui ressemblaient à des wombats. Le grognement sourd de l’ours eut pour effet de chasser de l’eau à la vitesse de l’éclair les jeunes, qui retournèrent dans le couvert de la forêt en poussant des cris d’inquiétude stridents. Les adultes adoptèrent des postures défensives, mais l’ours se contenta de secouer la tête et de se diriger d’un pas tranquille vers la rivière. L’immense bête pataugea et s’immergea dans l’eau qui coulait doucement, posant sa tête sur un rocher bien placé avec un soupir de contentement. Asahi émit un petit rire. Les adultes rayés mirent quelques minutes à se détendre. Lorsque ce fut le cas, les jeunes revinrent avec prudence à la rivière, tempérant leur enthousiasme. — Ce monde est incroyable, grand-père, murmura Asahi. Aussi insolite que fût la forêt au cours de la journée, elle était encore plus spectaculaire la nuit. Des plantes et des insectes bioluminescents apparaissaient à mesure que la soirée avançait. Il ne fit pas de feu pour plusieurs raisons. Il ne voulait surtout pas attirer l’attention sur son emplacement. En outre, il ne voulait pas non plus que quoi que ce soit affecte sa vision nocturne. L’air fraîchissait à mesure que le soleil disparaissait à l’horizon. Avec un soupir las, il plongea encore une fois la main dans son sac et en ressortit cette fois une fine couverture thermique. Après avoir fermé le sac, il l’ajusta afin de s’en servir comme d’un oreiller puis s’allongea et se couvrit. Il avait le sommeil léger, une habitude qui jouait en sa faveur, car il allait devoir rester sur ses gardes. Sur le dos, il regarda les lunes et se demanda s’il était sage d’accomplir la dernière volonté de son grand-père. Après tout, rien ne garantissait qu’il parviendrait à retourner sur Terre, et s’il y arrivait, il ignorait en quelle année ce serait. Il avait pris des précautions, veillant à ce que certains objets soient transmis en héritage. Néanmoins, serait-il prêt à s’acclimater à un monde qui aurait continué d’évoluer pendant quarante ans ou plus ? Il ne connaissait que trop bien les difficultés auxquelles avait fait face son grand-père. Il toucha le manche de sa dague, y puisant du réconfort. Une intense fatigue l’attirait dans ses limbes. Ses paupières s’abaissèrent. Le clapotis de la rivière et le bourdonnement des insectes le bercèrent, le plongeant bientôt dans un sommeil léger mais reposant.
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