Chapitre 8
Sophia resta figée, oscillant entre stupeur et amusement, tandis que Liana s’effondrait au sol, se tordant de douleur et feignant la panique.
Jasper accourut aussitôt, prêt à la soutenir, mais elle repoussa son aide d’un geste dramatique.
— Jasper… je ne peux plus tenir. Soulève-moi, je t’en prie ! gémit-elle, les genoux engourdis et les larmes roulant sur ses joues.
Alyssa, les bras croisés, observa la scène avec une neutralité glaciale. La comédie de Liana, si transparente, ne faisait que renforcer la fascination que Jasper semblait éprouver pour elle, aveugle à ses ruses.
— Alice m’a poussée ! hurla Liana en se blottissant contre Jasper, lui lançant un regard empli de haine.
Jasper, pris de court, fronça les sourcils :
— Que racontes-tu ?
Alyssa, imperturbable, laissa échapper un petit rire :
— Tu es sûre que tu n’as pas trébuché toute seule ?
La voix de Liana se fit aiguë, presque hystérique, trahissant sa fureur.
— Ne mens pas ! C’est toi qui m’as fait tomber !
— Il se pourrait que le sol ait été plus traître que ta force… ironisa Alyssa. Peut-être une brise suffisait à te faire chuter.
Rouge de colère, Liana hurla :
— Tu oses me maudire ?! Ce n’est pas toi, Madame White, qui a provoqué ma chute ? Mon bracelet est brisé ! C’est un héritage familial, un cadeau de ma grand-mère !
Alyssa esquissa un sourire calme, détaché, et répondit :
— Ce n’est pas moi qui ai causé cela. En réalité, ton précieux bijou est un faux. La pierre centrale est en résine. Porter ce bracelet plus longtemps pourrait même nuire à ta santé.
Liana et Sophia restèrent abasourdies. Alyssa, d’un geste, jeta la moitié de l’émeraude dans la poubelle, laissant Liana médusée et humiliée.
— Monsieur Jasper, lança-t-elle avec un ton moqueur, si vous désirez vraiment faire plaisir à votre petite amie, vous pourriez lui offrir de vrais bijoux.
Jasper fronça les sourcils, surpris par l’audace d’Alyssa.
— Alice White… reprit-il d’une voix sévère.
— Il y a quelques ornements sur ma coiffeuse chez les Beckett. Si vous voulez, vous pouvez en fabriquer un bracelet pour votre chère Mademoiselle Garner, suggéra Alyssa, essuyant sa main comme pour éliminer une trace imaginaire de l’émeraude brisée.
La jalousie déformait le visage de Liana. Un éclat malicieux naquit dans son regard, mais avant qu’elle puisse réagir, Alyssa s’éloigna, laissant derrière elle la frustration palpable de sa rivale.
À l’extérieur de l’hôpital, Alyssa laissa échapper un rire discret, savourant l’échec comique de Liana.
— Alice White, intervint Jasper d’une voix grave.
Elle se retourna, surprise, une brise caressant ses cheveux et accentuant sa prestance naturelle.
— Puis-je vous aider, monsieur Beckett ? répondit-elle froidement. Si le bracelet a contrarié Mademoiselle Gardner, je lui en enverrai un autre demain.
— Dans le service, tu as dit à grand-père… commença Jasper, d’un ton sérieux.
— Ne t’inquiète pas, je voulais simplement éviter que grand-père ne s’énerve. Voilà tout, répondit Alyssa avec un léger sourire lorsqu’il mentionna Newton.
— On est quittes maintenant.
Cette phrase éveilla la curiosité d’Alyssa.
— Tu as trompé tout le monde pour m’épouser… On est quittes. Je ne dirai rien à Newton ni aux Beckett, déclara Jasper, sombre.
Elle resta bouche bée, incertaine de sa réaction.
— Mais tu dois m’expliquer pourquoi tu as usé d’une fausse identité pour t’approcher de grand-père, reprit-il lentement. Quel était ton objectif ?
Alyssa recula, une pointe de douleur serrant sa poitrine. Elle oublia la marche derrière elle et perdit l’équilibre, basculant en arrière.
Instantanément, une main ferme l’entoura par la taille, la ramenant à l’équilibre. Leurs yeux se croisèrent et elle sentit un rouge lui monter aux joues, tandis que sa respiration s’accélérait. Treize ans plus tôt, elle avait été sauvée par ce même regard sombre et intense. Et aujourd’hui encore, il exerçait le même pouvoir sur elle, mêlant admiration et peur.
Jasper la maintint contre lui, les redressant tous deux.
— Merci… murmura-t-elle.
— Réponds-moi ! insista-t-il.
— Je ne suis plus ton épouse. Je n’ai aucune obligation de te répondre, dit Alyssa avec mépris, se détournant.
— Puisque nous sommes quittes, pourquoi ne me laisses-tu pas partir ? Je n’ai jamais profité de cette fausse identité pour te nuire pendant ces trois ans, ajouta-t-elle.
Jasper saisit soudain son bras :
— Tu n’es pas officiellement divorcée, et tu restes légalement ma femme. Tu es tenue de me révéler ton identité !
— Je ne peux pas ! s’exclama Alyssa, les yeux rougis. Vous parlez sans cesse de responsabilité, mais… avez-vous seulement assumé vos devoirs d’époux durant ces trois années ? Pourquoi devrais-je me plier à vous à cause de ce statut ?
— Alice White, tu ne devrais pas imaginer que je n’ai aucun moyen de régler ça à ma façon ! gronda-t-il, rapprochant leur souffle.
— Allez donc me poursuivre… À quoi bon ? répliqua-t-elle en se dégageant et s’éloignant, sans un regard en arrière.
Jasper la suivit des yeux, immobile, repensant à ses lèvres rouges et aux talons vertigineux. La voir ainsi le troublait, et il se demanda si tout cela n’était pas pour impressionner Jonah.
— Quelle manipulatrice… se murmura-t-il, incrédule.
— Monsieur Jasper, Mme Gardner prétend s’être tordu la cheville et vous appelle en pleurs, annonça Xavier, essoufflé.
Un moteur rugit soudain.
— C’est Madame Alice !
Jasper la vit passer au volant d’une Bugatti rare, le visage fier et la démarche assurée.
— Alors, Madame Alice cache un véritable trésor derrière son apparence ! s’exclama Xavier, stupéfait.
Jasper serra les poings, les yeux fixés sur sa silhouette filante.
— Suivez-la ! ordonna-t-il.