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La Courone de l'Alpha Maudit

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Elle a été envoyée pour assassiner le Roi Alpha. Il l'a sentie à l'autre bout du château et a décidé qu'elle serait sa Reine. Le problème ? Si elle ne le tue pas en 30 jours, sa famille sera exécutée.

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CHAPITRE 1 LE SANG SUR SES MAINS
Le sang n'était pas le mien. C'était tout le problème. Il était encore chaud. Épais, sombre, presque noir sous les torches de la salle du trône de Noctherra. Il s'étalait en une flaque parfaite sous le corps du Prince Rorik, imbibait mon tablier de guérisseuse, et tachait mes mains jusqu'aux poignets. Mes mains qui tremblaient. Pas de peur. De rage. « Explique. » Un seul mot. Mais il n'a pas été dit. Il a été grondé. Comme si un loup venait de parler avec une voix d'homme. Je n'ai pas eu besoin de lever les yeux pour savoir qui c'était. Tout le monde dans l'Empire du Nord connaissait cette voix. On la reconnaissait avant même de voir la couronne d'épines noires. Kael Draven Nocturne. Le Roi Alpha. L'Alpha des Alphas. Celui que même les autres Rois craignaient. La salle du trône, qui une seconde plus tôt bruissait des négociations de paix, était devenue un tombeau. Les sept délégations royales, les généraux, les Bêtas, les prêtresses de la Lune, tous s'étaient figés. On n'entendait plus que le crépitement des braseros et le goutte-à-goutte du sang de Rorik sur le marbre. J'ai lentement relevé la tête. Il se tenait à dix mètres de moi, au sommet des marches de son trône fait d'os de dragons. Il ne portait pas son manteau royal habituel. Juste une chemise noire ouverte, des pantalons noirs, des bottes. Ses cheveux noirs, longs, retombaient en vagues désordonnées comme s'il venait de se battre. Et ses yeux... par la Déesse, ses yeux. D'un or liquide. Incandescent. Des yeux de loup en pleine chasse. Et ils étaient plantés dans les miens. Pendant trois semaines, j'avais réussi à l'éviter. Trois semaines depuis que la Maison Vane m'avait infiltrée ici sous le nom d'Elara Brune, guérisseuse humaine de Brav, un village insignifiant à la frontière. Ma mission était simple, répétée par ma mère depuis que j'ai 12 ans : « Tu entres, tu deviens invisible, tu verses la Poudre de Lune Sans Sang dans sa coupe de vin lors du Banquet de la Pleine Lune. Il meurt en trois jours. Sa lignée s'éteint. Nous récupérons Noctherra. » Simple. Sauf que rien avec Kael Nocturne n'était simple. Il a descendu les marches. Une par une. Sans se presser. C'était pire que s'il avait couru. Chaque pas était une menace calculée. Le marbre vibrait sous ses bottes. « Ne bouge pas, humaine, » a murmuré le Bêta Rian à côté de moi, un immense loup blanc aux yeux glacés. « Ne le regarde pas dans les yeux. Baisse la tête. » Mais je ne pouvais pas baisser la tête. Si je baissais la tête, j'étais coupable. Si je relevais le menton, j'étais insolente. Dans les deux cas, j'étais morte. « C'est toi qui l'as tué ? » a demandé Kael, arrivé à un mètre de moi. Je sentais son odeur maintenant. C'était une erreur de le sentir d'aussi près. On m'avait dit que les Alphas royaux sentaient le sang et la fumée. Lui sentait la forêt après l'orage, le cèdre brûlé, la neige des sommets interdits, et quelque chose de sauvage, de musqué, qui a fait se serrer mon ventre de manière obscène. Mon corps de traîtresse réagissait à l'ennemi. « Il... il a essayé de... » Ma voix s'est brisée. Je l'ai laissée se briser. Qu'il croie que je suis une petite humaine effrayée. « Il a essayé quoi ? » Sa voix était plus basse encore. Il s'est accroupi. Maintenant nous étions à la même hauteur. Son visage à vingt centimètres du mien. Je voyais la cicatrice fine qui lui barrait la lèvre inférieure, la barbe de trois jours, la mâchoire crispée à se briser. « Dans l'infirmerie... il m'a suivie. Il a dit que les humaines sans loup... que nous aimions apprendre la soumission. Il a mis ses mains... » Je n'ai pas eu besoin de finir. Le grognement qui est sorti de la poitrine de Kael n'était pas humain. Tous les loups présents dans la salle ont gémi et ont baissé la tête par réflexe. C'était un grognement d'Alpha dominant, un ordre de meute. Rorik était son cousin. Mais Rorik était connu pour ça. Et Kael détestait qu'on touche à ce qui était dans son château sans sa permission. Il a regardé le corps. Puis mes mains en sang. Puis le scalpel que je tenais encore. Le scalpel de guérisseuse que j'avais planté directement dans la carotide de Rorik quand il m'a plaquée contre la table d'auscultation. « Tu l'as égorgé comme un porc, » a-t-il dit. Et il y avait presque... de l'admiration dans sa voix. « Je me suis défendue. » « Les servantes humaines ne savent pas où se trouve l'artère carotide. Elles ne savent pas frapper de façon à ce que la mort soit instantanée et silencieuse. » Merdes. Merde. Merde. Il sait. Il a attrapé mon poignet. Celui qui tenait encore le scalpel. Ses doigts étaient brûlants. Pas chauds. Brûlants, comme s'il avait de la lave sous la peau. J'ai laissé tomber le scalpel. Le bruit métallique a résonné dans toute la salle. Il a tourné mon poignet, examinant le sang. « Tu as des mains de tueuse, Elara de Brav. » Il connaissait mon faux nom. Bien sûr, il connaissait le nom de chaque serviteur de son château. C'était un Roi paranoïaque. On disait qu'il ne dormait que deux heures par nuit. « Que fait-on d'elle, Kael ? » C'est la Reine Mère qui a parlé depuis son trône plus petit. Une femme aux cheveux d'argent, au visage ravagé par la maladie mais aux yeux aussi durs que ceux de son fils. « La loi est claire. Meurtre d'un Prince Royal. C'est la lame du bourreau à l'aube. Même si c'est une humaine. Surtout si c'est une humaine. » J'ai senti tout mon sang quitter mon visage. La lame du bourreau. Ma mission échouée. Ma petite sœur Lyra, 14 ans, laissée seule avec ma mère qui la vendrait à la première Meute du Sud venue pour payer nos dettes. « Non. » Kael n'avait même pas regardé sa mère. Il ne me quittait pas des yeux. « Non ? » La Reine Mère a haussé un sourcil. « Elle ne sera pas exécutée. » Il s'est relevé, me tirant avec lui d'une force que je ne pouvais pas contester. Je faisais 1m65, 55 kilos. Il faisait au moins 1m95, 110 kilos de muscle de loup. « Elle a défendu son honneur dans mon château. Rorik a v***é la loi d'hospitalité. Sa mort est justifiée. » Un murmure choqué a parcouru la cour. Il venait de justifier le meurtre d'un Prince par une servante humaine. C'était du jamais vu. C'était politique. C'était une déclaration de guerre à la Meute de Rorik. Pourquoi ? Pourquoi me couvrir ? Il a baissé les yeux sur moi et j'ai vu la réponse. Ce n'était pas de la pitié. C'était de la possession. Pure. Animale. Inquiétante. « À partir de maintenant, » a-t-il annoncé à voix haute pour que toute la salle entende, « l'humaine Elara est sous ma protection personnelle. Elle est retirée du service général. Elle est affectée à mes appartements privés. Elle ne soignera plus que moi. Elle ne mangera que ce que je mangerai. Elle ne dormira que là où je dormirai. Quiconque la touche sans mon autorisation aura le même sort que Rorik. » C'était une sentence pire que la mort. Les appartements privés du Roi Alpha. La Tour Noire. Aucune servante n'y était restée plus de sept jours. On racontait qu'il devenait fou les nuits de lune, qu'il attachait les femmes à son lit, qu'il les marquait. Et il venait de dire à toute la cour que j'étais à lui. Le Bêta Rian a écarquillé les yeux. « Kael, tu ne peux pas... le Conseil... » « Le Conseil peut aller se faire foutre. » Kael a grogné. Puis il a penché la tête, ses narines ont frémi. Il me reniflait. Ouvertement. Devant tout le monde. Un acte incroyablement intime et dominant chez les loups. « Je sens ta peur, petite guérisseuse. Et je sens autre chose. Tu mens. » Mon cœur s'est arrêté. « Sur quoi je mens ? » ai-je soufflé. Il s'est penché. Son souffle chaud contre mon oreille. Seule moi pouvais l'entendre. « Tu ne t'appelles pas Elara de Brav. Brav n'a pas de guérisseuse depuis que je l'ai brûlé il y a deux ans. Tu sens la fleur de Lune. Une fleur qui ne pousse que dans un seul endroit de l'Empire. Dans les jardins de la Maison Vane. Mes ennemis jurés. » Le sol s'est ouvert sous mes pieds. Il savait. Il savait depuis le début. Il a glissé sa main de mon poignet à ma main, et ses doigts ont trouvé ma bague. La fausse bague de guérisseuse en argent, qui contenait en réalité la Poudre de Lune Sans Sang. Le poison qui devait le tuer dans trois semaines lors du Banquet. Il a fait tourner la bague autour de mon doigt, lentement, sans l'enlever. « Joli petit poison, » a-t-il murmuré, un sourire cruel aux lèvres. « Tu comptais me le mettre dans mon vin ? Dans ma nourriture ? Ou peut-être... » Ses yeux sont tombés sur mes lèvres. « Sur tes lèvres pour me tuer d'un b****r ? C'est plus romantique. » J'étais paralysée. J'aurais dû courir. Hurler. Le poignarder avec ce qu'il me restait. Mais son odeur, sa chaleur, sa main brûlante qui tenait la mienne m'empêchaient de bouger. Et au plus profond de mon ventre, une chaleur inconnue, humiliante, a commencé à pulser. Non. Impossible. Les humaines n'ont pas de louve. Je n'ai jamais senti de loup en moi. J'ai été testée à 13 ans. Négative. « Tu sais ce que je fais aux assassins, Elara Vane ? » a-t-il continué, savourant mon vrai nom de famille sur sa langue. « Vous les tuez. » « Non. Ça, c'est pour les assassins ennuyeux. Toi... » Il a enfin lâché ma main, mais seulement pour attraper mon menton et forcer mes yeux à plonger dans les siens. Ses yeux d'or étaient devenus complètement noirs, le loup prenant le dessus. « Toi, je vais te garder. Je vais te garder très près de moi jusqu'à ce que tu me supplies de te laisser me tuer. Et ensuite, je vais te marquer pour que plus jamais personne, jamais, ne puisse même rêver de te toucher. » Il a dit le mot. Marquer. Chez les loups, la marque est sacrée. C'est une morsure à la jonction du cou et de l'épaule qui lie deux âmes pour la vie. C'est douloureux, c'est possessif, c'est éternel. Et il ne se fait qu'entre compagnons destinés. Il ne pouvait pas me marquer. J'étais humaine. J'étais son ennemie. N'est-ce pas ? Il a fait un signe aux gardes. « Emmenez-la à la Tour. Lavez ce sang. Mettez-lui autre chose. Et... » Il a regardé mon tablier ensanglanté. « Brûlez ça. » Deux gardes m'ont saisie par les bras. Ils ne m'ont pas traînée. Ils m'ont presque portée, tant mes jambes ne me tenaient plus. Alors qu'on me sortait de la salle du trône, j'ai entendu la Reine Mère siffler à son fils : « Tu as perdu la raison ? C'est une Vane ! Sa famille a tué ton père ! » Et la réponse de Kael, basse, rauque, terrifiante de certitude : « Je sais. Et c'est ma compagne destinée. Que la Déesse me vienne en aide. » La porte de la Tour Noire s'est ouverte. Elle était immense, gothique, avec une seule fenêtre qui donnait sur la pleine lune qui se levait. Au centre, un lit gigantesque aux draps noirs. Et sur l'oreiller, une petite couronne d'argent, tachée de sang séché depuis des années. La couronne de sa première compagne. Celle qu'il aurait tuée. La porte s'est refermée à clé derrière moi. J'ai entendu ses pas dans le couloir. Lents. Prédateurs. Se rapprochant. Il venait me réclamer. La serrure a cliqué. Kael est entré, torse nu cette fois, des griffes noires sortant de ses doigts, ses yeux d'or brillant dans le noir. Il tenait ma bague empoisonnée entre deux doigts. "Tu as deux minutes," a-t-il dit, sa voix n'était plus humaine du tout, "pour me dire pourquoi ma louve hurle que tu es à moi alors que mon nez me dit que tu es venue pour me tuer. Et si tu mens encore une fois, je ne te tuerai pas. Je vais te faire ce que les Rois Alphas font à leurs Reines désobéissantes quand ils les trouvent. Je vais te mettre à genoux et te marquer jusqu'à ce que tu oublies jusqu'à ton propre nom."

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