PROLOGUEMoi, capitaine Alban, de la Brigade Criminelle de Vannes, j’ai longtemps hésité avant de vous raconter cette histoire
Pourquoi ? Parce que les événements qui la composent sont minuscules, voire ridicules, et paraîtront peut-être incroyables aux yeux des plus sceptiques d’entre vous.
Et puis je ne suis pas sûr d’avoir tout saisi. Marie Lafitte, la femme de notre divisionnaire Cazaubon, a été l’héroïne du drame. Je la considère aujourd’hui comme un témoin fiable. Mais encore fallait-il qu’elle me tienne informé au jour le jour de l’étrange trafic qui se déroulait entre Lamothe-Saint-Léonard où elle habite, Saint-Goustan où elle fait réparer ses bijoux et la forêt de Brocéliande où elle était partie un samedi avec son panier à champignons, soi-disant pour chercher des girolles.
Vous connaissez peut-être sa manie de soliloquer dans sa cuisine ? Elle commentait tout, certes, mais pour elle-même ou pour son chien. En tout cas, elle ne me faisait part de rien. Je n’ai jamais su si elle avait eu peur de me déranger pour des broutilles ou si elle niait la réalité.
Les faits que je décris sont également ambigus. Un peu comme dans un passage d’un roman de Giraudoux que j’ai presque oublié. L’auteur décrit ces petits matins où vos lacets font des nœuds, où la brume envahit la crique, où votre barque part seule. Ces matins-là, faut-il vous en prendre à vous-même ou aux gens ? Ou encore aux choses, comme le héros de Fred Vargas en proie au marc de café ?*
À vous de décider.
* Fred Vargas : Pars vite et reviens tard, 2001. Éditions Viviane Hamy, Paris.