La possession est une usurpation, et le comportement de Danielle commençait donc à inquiéter ses parents. Entre rêves étranges où elle se voyait dans l’eau et des visions éveillées, elle sombrait parfois dans des transes inquiétantes. Sans compter l’apparition de minuscules écailles sur son corps. Son état était si grave, qu'elle avait dû arrêter de venir à l'école.
J’avais même appris que son père, une fois alerté, était revenu précipitamment de l’étranger pour personnellement s’occuper de cette situation troublante.
Plusieurs jours s’écoulèrent sans que ni Kaï-Lani ni Danielle ne se manifestent. Étant donné que tout le monde avait remarqué que Danielle et moi étions très proche. Certains camarades de classe me demandaient souvent de quoi elle souffre, si elle reviendra bientôt.
Mais moi-même, je n’en savais rien. Chaque fois que j'étais allé chez elle, on me disait : « Danielle est malade, elle se repose. ». Je me faisais du souci pour Danielle, mais encore plus pour Kaï-Lani. Inquiet, je ne pouvais m’empêcher de hanter la plage, espérant apercevoir un signe de sa part.
Un soir, alors que j’étais étendu sur mon lit, perdu dans mes pensées, je ressentis un courant d’air frais et la présence familière de Kaï-Lani.
- DILANE : Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Ça fait des jours que je te cherche !
- KAÏ-LANI : Désolée… J’étais très malade.
- DILANE : Malade ? Comment ça, tu étais malade ? Même Danielle est malade. Qu’est-ce qui se passe ?
- KAÏ-LANI : C’est à cause de la possession.
- DILANE : Qu’est-ce qui s’est passé ?
- KAÏ-LANI : Tu sais, la possession n’est pas sans conséquences… Et je n’avais pas mesuré les risques. Du coup, j’ai failli être piégée dans le corps de Danielle… Et éliminée.
- DILANE : Attends ! Tu savais que c’était dangereux… Mais tu ne m’as rien dit ?
- KAÏ-LANI : Oui… Je suis désolée… Mais je voulais tellement…
- DILANE : Non, arrête ! Tu devais me dire les risques… Maintenant, je comprends pourquoi.
- KAÏ-LANI : Qu’est-ce que tu dis ?
- DILANE : Rien… Tu te rends compte ? Tu as mis ta vie en danger… Et celle de Danielle… Qui n’a rien demandé à tout ça.
- KAÏ-LANI : Je sais, et j’en suis terriblement navrée.
- DILANE : Je ne sais même pas comment elle va. Chaque fois que j’ai essayé d’aller la voir… On ne me laisse pas entrer.
- KAÏ-LANI : Elle va bien. Ne t’inquiète pas.
- DILANE : Tu en es certaine ?
- KAÏ-LANI : Oui… Je ne te mentirai jamais.
- DILANE : D’accord. Tant mieux. Et sinon, ils ont su que c’était toi ?
- KAÏ-LANI : Non, mais il a su que c’était un esprit de l’eau… J’ai réussi à m’échapper de justesse et j’ai été bannie.
- DILANE : Banni ?
- KAÏ-LANI : Ça veut dire que si j’essaie encore de la posséder, j’en mourrais.
- DILANE : Je vois… Tu aurais dû m’en parler quand même… Si quelque chose t’était arrivée ? Ou même à Danielle, je n'aurais jamais pu me le pardonner. Après tout pour Danielle, on se servait d’elle. Bon, je suppose qu’on ne se verra plus comme avant, n’est-ce pas ?
- KAÏ-LANI : Oui, mais il y a peut-être une solution.
Afin de soigner Danielle, son père avait donc consulté un guérisseur réputé qui parvint à bannir définitivement Kaï-Lani du corps de Danielle. Libérée de l’emprise de la créature marine, Danielle était libre de tout danger, tandis que Kaï-Lani me surprenait avec une proposition inattendue.
- KAÏ-LANI : Peut-être pourrais-tu reconsidérer l’idée de venir me voir chez moi de temps en temps.
- DILANE : Dans… L’eau ? Non…Mais… Je…
- KAÏ-LANI : Chuuut ! Il faut que tu me fasses confiance.
- DILANE : Hmmm… D’accord, je te fais confiance.
- KAÏ-LANI : Je ne trahirai pas ta confiance, crois-moi. Je vais te montrer comment tu devras faire lorsque tu voudras venir me voir. Puisque c’est moi qui t’invite, rien ne t’arrivera. Tant que tu n’enfreins aucune règle, bien sûr.
- DILANE : Des règles !?
- KAÏ-LANI : Mais bien sûr ! Que crois-tu ? Que nous soyons des sauvages là-bas ?! Essaye de sortir et retrouvons-nous sur la plage. Veille à entrer dans l’eau jusqu’à ta taille, d’accord ?
Après son départ, je me précipitai hors de la maison. Arrivé au bord de l’eau, face aux vagues tumultueuses, j’avoue avoir ressenti une vague de peur. Mais rapidement, la pensée de Kaï-Lani et de la confiance que je lui avais accordée me vint à l’esprit.
Prenant une grande inspiration, très grande d'ailleurs, j’entre dans l’eau jusqu’à la taille. Et à peine quelques secondes plus tard, le pire scénario imaginable se produisit.
D’abord, je sentis des effleurements sur mes pieds. Avant même de comprendre ce qui se passait, quelque chose me tira brusquement, pour davantage m’entraîner dans l’océan, puis me relâcha. Désormais, j’avais l’impression que des créatures rôdaient autour de moi.
C'en était trop. La peur me tenaillait. Je pris la décision de sortir de l’eau. Difficilement, avec de lourdes jambes entravées par les vagues, je me précipitai vers la plage.
Soudain, je réalisai avec effroi que malgré mes efforts acharnés, je n’avançais pas. À peine avais-je le temps de jeter un coup d’œil derrière moi que je me sentais happé et tiré à toute vitesse vers les profondeurs de l’océan. La plage s’éloignait de plus en plus, jusqu’à disparaître complètement à mes yeux. En un instant, je me retrouvai plongé dans l’obscurité suffocante des abysses.
Je me débattais de toutes mes forces, animé par l’instinct de survie. Je ne voulais pas mourir, je voulais vivre. Et puis, à un moment donné, je sentis des mains douces caresser mes joues. Ce contact me fit ouvrir les yeux et découvrir Kaï-Lani, son visage illuminé d’un sourire rassurant.
- KAÏ-LANI : Arrête de paniquer ! Respire !
C’était exactement ça, aussi incroyable que cela puisse paraître : je respirais sous l’eau. Sur chaque côté de mon nez, trois sortes de traits étaient apparus, s’étirant jusqu’à mes pommettes. C’était la modification que mon corps avait subie pour me permettre de respirer dans cet environnement aquatique. Et ce n’était pas le seul changement : chacun de mes pieds s’était transformé en nageoires, et mes mains, pour les décrire précisément, ressemblaient à des pattes de canard, avec des nageoires sur les poignets.
- DILANE : Je… Je… Je suis quoi ? Un poisson ?
- KAÏ-LANI : (Riant) Hihihi ! Bienvenu chez moi Dilane !