J’étais là, face à quelque chose dont j’en niais l’existence quelques heures auparavant. C’était à peine croyable.
Je me trouvais donc face à une créature que je n’avais jamais vue de ma vie… Ou plutôt si… Mais seulement à l’écran, dans des films de science-fiction.
Une femme poisson !
Je pouvais apercevoir cette femme avec le corps d’un être humain jusqu’au niveau des reins, et en bas une grosse queue de poisson avec pleines d’écailles qui brillaient… Non, plutôt qui scintillaient.
J’en avais déjà souvent entendu parler, mais pour dire vrai, c’était seulement dans le cadre des programmes télévisés. Certes, ma mère m’avait expressément prévenu de ce qui se passe ici et elle m’avait même dit de faire gaffe à mes fesses. Mais quand même, je n’arrivais pas à me faire l’image d’une telle chose dans ma tête, même si à aucun moment, elle n’avait mentionné qu’une telle chose pouvait exister, même pas Junior. Mais là, ça se passait sous mes yeux. J’avais tout de suite su que tout ce que ma mère et Junior me disaient était vrai… Tous ceux en quoi je ne croyais pas ou ne voulais pas croire existent bel et bien.
Prenez un instant pour imaginer un peu la situation dans laquelle je me trouvais : « Bonsoir Dilane ! ». Et en plus, elle parlait !
J’étais donc en train de crier comme un forcené, essayant de sortir de la chambre. Elle était allongée sur le lit, l’air de rien. Elle me regardait sans bouger, si ce n’était sa tête pour me suivre sur regard. J’avais plus l’impression qu’elle était même surprise de ma réaction. Je ne faisais que crier et elle me regardait sans être même inquiétée du fait que mes cris pouvaient faire venir quelqu’un.
Je me suis dirigé vers la porte pour m’enfuir, mais dès que j’ai voulu l’ouvrir, elle m’a dit :
- Non, ne fais pas ça !
Je ne l’ai pas écoutée et j’ai essayé d’ouvrir la porte. Elle était bloquée au départ, mais à force de réessayer, elle s’est ouverte au moment où je voulais sortir. C’est l’eau que j’ai vue comme un mur qui se dressait devant moi. J’ai rapidement refermé la porte et je me suis dirigé vers la fenêtre pour sauter, mais mon sens de la perception m’a rattrapé. La fenêtre était très haute et je pouvais me tuer en tombant.
J’étais donc coincé dans ma chambre avec cette chose.
Adossé au mur, je glisse et m’assieds sur le sol, tout en gardant le regard fixe sur elle. Puis, je lui demande :
- DILANE : Qui es-tu ? Que me veux-tu ?
Je lui avais posé ces questions avec des paroles entrecoupées…
- Je suis juste une amie, je ne te veux aucun mal. Pourquoi hurles-tu comme ça ? T’ai-je fait mal ?
En plus, elle me disait qu’elle était mon amie.
Si je ne m’étais pas écroulé ce soir-là, c’est seulement parce que mon corps était peut-être plus préparé que je ne le pensais à accepter un certain niveau de traumatismes.
J’ai encore commencé à crier en appelant à l’aide. Mais elle me dit :
- Il faut que tu arrêtes de crier comme ça. En fait, il n’y a personne qui peut t’entendre. Tant que je serai là, rien ni personne ne pourra entrer ou sortir de ta chambre. En entrant, je nous ai isolés pour qu’on ne nous dérange pas, mais tu ne cesses de crier comme si tu avais vu un monstre. Je te le répète… Je ne te veux aucun mal, Dilane.
- DILANE : ça ne peut pas être vrai... C'est un rêve... C'est un rêve... C'est un rêve... C'est un rêve... C'est un rêve... C'est un rêve... Dit-il sans relâche.
J’étais effrayé… j’avais 17 ans, j’entendais juste parler de ces choses, mais je n’y croyais pas… J’aurais tant aimé que ce soit un rêve, mais hélas… Croyez-moi, je me suis même donné des claques.
Pendant que je suis encore en train de m’en donner, d’ailleurs, quelqu’un frappe à la porte.
- JUNIOR : Dilane ? Dilane ?
C’était mon cousin Junior, j’avais reconnu sa voix. Il fit pression sur la poignée et la porte s’ouvrit normalement.
Il me trouva assis au pied de ma fenêtre, en sueur, le corps tremblant. Il fut surpris de me voir dans cet état et me demanda :
- JUNIOR : Euh… Tout va bien ? C’est quoi ? Pourquoi est-ce que tu es comme ça ? On dirait que tu as vu un fantôme.
Je n’avais pas de mots, donc j’ai juste regardé vers le lit sur lequel la chose était censée être couchée. Je ne l’ai plus vue. Tout ce que j’entends, c'est le bruit de ma fenêtre qui se referme doucement.
- JUNIOR : Dilane, est-ce que ça va ?
- DILANE : Je… Je viens de voir quelque chose dans mon lit, Junior… Je te jure… J’ai vraiment vu quelque chose… C’était… C’était… C’était… Couché là…
- JUNIOR : Attends !
Junior referma la porte et se rapprocha de moi.
Il m’aide à me relever et me demande à basse voix :
- JUNIOR : Qu’as-tu vu, Dilane ? Dis-moi tout !
- DILANE : Je ne sais pas comment te dire ça ! Mais… C’était une femme avec… Avec une… Une grosse queue de poisson… Tu vois… tu vois… Comme dans le film aquaman…
Junior regarde par la fenêtre et me dit :
- JUNIOR : Calme-toi… Ça va. Écoute-moi, dorénavant, ferme toujours cette fenêtre et quand je dis fermer, c’est verrouillé. Et tire bien tes rideaux.
Honnêtement, j’attendais qu’il me dise que j’avais fait un très mauvais rêve, tellement réaliste que j’avais quitté mon lit. N’importe quoi qui m’aurait convaincu que ce n’était qu’un rêve. Mais au lieu de ça, il m’a donné des précautions à suivre à la lettre.
- JUNIOR : Bon, viens, papa nous a commissionnés !
Et c’était déjà le matin.
Le reste de la journée avait été très étrange pour moi. Mon âme, mon esprit, mon corps, ne s’étaient pas encore remis de ça.
J’en avais même oublié de faire les choses essentielles comme me laver les dents et prendre un bain.
Je savais que les jours à venir ne seraient plus les mêmes. Je savais que maintenant tout devait être différent, en commençant par cette journée qui s’annonçait être très sale et mauvaise.
Peu importe où j’allais, j’avais l’impression de la voir partout où mon regard pouvait se poser…
À la fin de la journée, tout était passé tellement vite que je n’avais presque rien compris. Nous sommes retournés à la maison après avoir passé la journée à exécuter cette commission pour mon oncle. Malgré cela, je me sentais toujours très mal à l’aise. Même rester seul m’était très difficile.
- DILANE : Junior, j’aurai du mal à dormir seul ce soir… Après ce qui s’est passé dans ma chambre.
- JUNIOR : Oui, je comprends. Tu peux venir dormir avec moi, le temps de te rassurer.
Et cette nuit-là, j’ai passé la nuit avec Junior dans sa chambre.