Le bijou

831 Words
C’était samedi, et le samedi ici était apparemment rythmé comme dans l’armée. Malgré la grandeur de la maison, ma tante refusait catégoriquement l’aide de domestiques, hommes ou femmes. Tout devait être fait par nous-mêmes. Ce matin-là, elle s’en prenait à Marie-Louise qui, d’après elle, n’était plus censée dormir à cette heure-là, alors qu’il n’était que cette heure. La voix de ma tante résonnait dans toute la maison, elle aurait même pu faire trembler les murs. - TIFFANY : SORS DE CETTE CHAMBRE ET VA IMMÉDIATEMENT FAIRE LA VAISSELLE ! J’étais encore allongé sur mon lit quand Junior entra. - JUNIOR : Eh ! Tu es encore couché ? Tu n’entends pas cette mégère qui hurle déjà ? Lève-toi, il vaut mieux éviter qu’elle ne débarque ici. Je vais te montrer quelle corvée tu peux faire pour qu’elle te fiche la paix. Crois-moi, elle cherchera toujours un prétexte pour te crier dessus. Je me lève aussitôt et le suis. Avec Junior, nous nous étions occupés du ménage dans la maison comme dans toute la concession. Et je sentais le regard fréquent de ma tante sur nous. - DILANE : Je ne comprends pas pourquoi elle nous surveille comme ça. - JUNIOR : Ne fait pas attention à elle, elle cherche juste une occasion pour pouvoir nous crier dessus. - DILANE : En tout cas, elle n'a pas les cordes vocales fatiguées hein... J'ai cru que les murs tremblaient dans mon rêve. Dit-il en rigolant et Junior rit aussi. Nous terminons le ménage de la maison. Ensuite, Junior me propose de nous balader. - JUNIOR : Je reste rarement le week-end à la maison… Si tu veux, on peut sortir, sinon tu peux aussi rester. Je n’allais bien évidemment pas rester enfermé, encore que mon oncle lui-même était sorti. J’accepte alors sa proposition et nous sortons. Nous nous rendons chez un camarade à lui, un gars aussi sympa que Junior. Il riait tout le temps, et très fort. La journée passe très vite. Et en début de soirée, son ami, qui répondait au prénom de Stéphane, nous propose de manger un repas communément appelé ici « le mabang ». - STÉPHANE : La nuit tombe déjà. On n’a même pas préparé à manger ici. En tout cas, venez, on va partir manger le mabang. - DILANE : Le quoi ? - STÉPHANE : Le mabang… Ne me dis pas que tu ne connais pas ça ! - JUNIOR : Il ne connaît pas. Je t’ai dit qu’il vient d’arriver ici. Il était d’abord en Angleterre. - STÉPHANE : Je sais… Mais comme tu m’as dit qu’il est d’ici, j’ai pensé que… En tout cas, Dilane, tu vas manger le mabang aujourd’hui ! C’est juste du poisson cuisiné à notre façon. Mais prépare-toi, ça va être du feu ! Dit-il en ricanant. Le mabang, c’est du poisson légèrement fumé, accompagné d’une quantité de piment hallucinante ! J’ai eu l’impression d’avoir la bouche en feu. J’ai vite compris pourquoi Stéphane m’avait prévenu que ça allait être « du feu ». C’était la toute première fois de ma vie que je mangeais un plat aussi épicé et délicieux à la fois. Nous terminons de manger. Il est déjà 19 heures passées. Il est temps de rentrer. - STÉPHANE : Dilane, j’espère que tu as apprécié la spécialité locale ? En tout cas, ça se voyait ! Tu n’as pas arrêté de manger, même avec le nez qui coulait et les yeux rouges. Dit-il en riant aux éclats. - DILANE : On devrait interdire autant de piment dans un repas ! Mais c’est vrai que c’était bon. - JUNIOR : Ahahaha ! On pourra revenir si tu veux. - STÉPHANE : Bon, les gars, je vous laisse. Ma maison me réclame déjà. On se voit lundi au collège. Et il part dans sa direction, tandis que nous, nous prenons la nôtre. Nous avions décidé de faire le chemin à pied jusqu’à la maison, en coupant par la plage pour arriver plus vite. Sur le chemin, une fois que nous avions emprunté la plage, Junior eut envie d’uriner. Il s’est donc retiré pour aller dans des toilettes publiques, pendant que je l’attendais. - DILANE : Ta vessie, c'est tout un château d'eau ou quoi Junior !? Tu en mets du temps ! - JUNIOR : Ne me déconcentre pas, j’ai presque fini. Pendant que je l’attendais, quelque chose attira mon attention un peu plus loin, sous un cocotier. Cela brillait, et je m’avançai pour voir ce que c’était. En arrivant, je me penchais et ramassais un bijou : un très beau bracelet. Je regardais autour de moi pour voir si quelqu’un l’avait oublié ou déposé là, mais je ne vis personne. De plus, il faisait déjà un peu nuit ; seul le croissant de lune éclairait faiblement la plage. Je me souvins également d'avoir pensé que la marée haute était susceptible d’avoir déposé ce bijou à cet endroit. Je le pris donc et le mis dans ma poche
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