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Le Contrat des apparences

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Blurb

Madison est une étudiante boursière rigoureuse, obsédée par la réussite. Hector est la star arrogante de l'équipe de hockey, au bord de l'expulsion. Quand le doyen les force à faire équipe — elle en tant que tutrice, lui en sursis —, leurs univers s'entrechoquent. Entre piques assassines et faux couple improvisé pour sauver les apparences, la frontière entre la haine et l'amour devient dangereusement floue. Vont-ils survivre à leurs propres secrets ?

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Le Choc des Fiches et de la Glace
​L’odeur de la poussière mélangée à celle de l’encaustique bon marché imprégnait les couloirs du bâtiment administratif. Madison inspira un grand coup, ses doigts serrés à s’en blanchir les phalanges autour de la anse de son sac en toile. Sur son épaule, le poids de ses manuels de macroéconomie pesait comme une enclume, mais c’était bien le cadet de ses soucis. ​À vingt et un ans, Madison Miller avait un plan de vie millimétré. Chaque minute comptait. Chaque note devait être parfaite. Issue d’une famille où chaque euro se calculait deux fois, elle n’avait pas le droit à l’erreur. Sa bourse d’excellence était son sésame pour décrocher, à la fin de l’année, le stage le plus convoité de la métropole. Alors, quand le doyen l’avait convoquée d’urgence dans son bureau une heure plus tôt, elle s’était attendue à une promotion, ou au pire, à un problème de frais de scolarité. ​Certainement pas à une condamnation à perpétuité sous forme de tutorat forcé. ​— Mademoiselle Miller, entrez, avait tonné la voix grave du doyen un peu plus tôt derrière sa porte en acajou. ​Et maintenant, elle se tenait devant la porte vitrée de la salle de réunion numéro quatre, au sous-sol. Une pièce lugubre, sans âme, réchauffée par un radiateur qui émettait un sifflement strident et agaçant. ​Elle poussa la porte d’un coup sec, décidée à en finir au plus vite. ​— Écoutez, doyen, je n'ai pas de temps à perdre avec des… commença-t-elle, avant de s'interrompre net. ​La pièce n’était pas occupée par le doyen. ​Affalé sur l’une des chaises en plastique gris, les jambes allongées au milieu de l’espace au mépris de toute règle de sécurité, un jeune homme occupait tout l'espace. Il portait un sweat à capuche noir aux manches retroussées, révélant des avants-bras musclés, parsemés de quelques cicatrices discrètes. Ses cheveux bruns, légèrement humides comme s’il venait de quitter la douche de la patinoire, retombaient en mèches rebelles sur son front. ​Hector Vance. ​La star incontestée de l’équipe de hockey de l’université. Le capitaine adulé des gradins, la terreur des défenses adverses, et accessoirement, le cauchemar de tous les professeurs qui tentaient de lui faire valider un module de gestion. ​Hector ne prit même pas la peine de redresser son mètre quatre-vingt-dix. Il tourna lentement la tête vers elle, ses yeux noisette perçants l'analysant avec une pointe d'ennui manifeste. Un sourire en coin, narquois et légèrement provocateur, s'étira sur ses lèvres. ​— Ah, la cavalerie arrive, marmona-t-il d'une voix rauque, un brin insolente. J'ai cru que le doyen t'avait envoyé chercher un café en chemin, Miller. Tu as l'air... stressée. Tu veux une camomille ? ​Madison sentit un tic nerveux battre au coin de son œil gauche. Elle ferma la porte derrière elle avec un bruit mat qui résonna dans la pièce. Elle s’avança à grands pas décidés, posa son sac lourdement sur la grande table en formica, et tira une chaise pour s'installer juste en face de lui, séparée par un gouffre de mauvaise volonté. ​— Je ne suis pas stressée, Vance. Je suis furieuse, rétorqua-t-elle d'une voix tranchante comme un scalpel. Et tu ferais bien de ravaler ton petit sourire d'arrogant, parce que si je suis ici, c’est uniquement parce que le doyen a menacé de diviser ma subvention par deux si je refusais de jouer les nurses pour ton cas désespéré. ​Hector redressa enfin son buste, abandonnant sa posture faussement détendue. L'espace d'une fraction de seconde, un éclair d'agacement traversa son regard, balayant sa nonchalance. Mais il reprit aussitôt son masque d'indifférence. ​— Oh, ne te sens pas obligée, princesse. Je me fiche pas mal de ta subvention, et encore plus de tes cours de rattrapage. Si ça ne tenait qu'à moi, je serais sur la glace en train d'en découdre pour le prochain match au lieu de pourrir ici avec une intello qui compte ses stylos par ordre alphabétique. ​Madison sentit le rouge monter à ses joues, non pas de timidité, mais d'une rage pure. Elle ouvrit son sac et en sortit, avec un claquement sec, un épais classeur à anneaux, méticuleusement organisé avec des intercalaires de couleur. Elle le posa au milieu de la table, pile entre eux, comme une frontière de guerre. ​— Écoute-moi bien, grand imbécile, siffla-t-elle en se penchant en avant, les yeux plantés dans les siens, oubliant toute notion de protocole. Je m'en moque, de ton équipe de hockey. Je m'en moque de tes muscles et de ton ego surdimensionné. Tout ce qui m'importe, c'est de valider ces dix prochaines semaines pour que le doyen signe mon attestation de boursière. Si tu penses pouvoir arriver les mains dans les poches, faire ton intéressant et me faire perdre mon temps, tu te mets le doigt dans l'œil. À partir d'aujourd'hui, c'est moi qui mène la danse. ​Hector la fixa, surpris par la véhémence de cette petite boule de nerfs qu'il avait sous-estimée. Habituellement, les filles de l'université gloussaient ou perdaient leurs moyens en sa présence. Madison, elle, avait l'air prête à l'étruger avec l'un de ses post-it fluos. ​Un pli amusé se dessina au coin de sa bouche. Il s'accouda à son tour sur la table, réduisant la distance entre eux, au point que Madison pouvait sentir l'odeur de son gel douche mentholé percer sous l'air climatisé. ​— Tu as du caractère, Miller, murmura-t-il, la voix soudain plus basse, un brin plus sombre. J'aime bien quand elles aboient un peu. Ça change des béni-oui-oui. ​— Je n'aboie pas, je préviens, répliqua-t-elle sans reculer d'un millimètre, même si son cœur s'était emballé de façon suspecte face à la soudaine proximité de son visage. Ouvre ton manuel à la page quarante-deux. On commence tout de suite. ​Hector soupira bruyamment, un son théâtral d'adolescent forcé de faire ses devoirs, avant de tirer nonchalamment le livre vers lui. ​— Tu vas me tuer d'ennui avant la fin du mois, tu le sais ça ? ​— C'est exactement l'objectif, Vance. Ouvre ce livre, ou je te jure que je te fais passer un interro-surprise sur les flux de trésorerie avant même que tu n'aies eu le temps de dire "pousse-toi". ​Dans le silence glacial de la salle, un étrange équilibre venait de s'installer. Ni l'un ni l'autre ne se doutait encore que cette haine de façade allait lentement, très lentement, basculer vers un territoire bien plus dangereux

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