I La grande ambition de madame Arbelet était d’avoir un salon, et, à force de persévérance, de volonté, d’habileté, d’activité, de prodigalité, elle y avait à peu près réussi. Cette ambition lui tenait d’autant plus au cœur que ses deux meilleures amies en avaient un ; pourquoi n’en aurait-elle pas un aussi ? elle les valait bien. L’une, la duchesse de Villagarcia, bien que portant un nom étranger, était une Parisienne pur-sang qu’un mariage heureux avait faite Espagnole, et qu’un veuvage plus heureux encore avait rendue à Paris. Fille d’un peintre de talent et en grande réputation dans le monde des amateurs, elle avait fait beaucoup parler d’elle de seize à vingt-deux ans, et comme son père, qui était veuf, lui laissait prendre toutes les libertés qu’elle voulait, elle avait acquis, au

