Toujours au bord de la disette, Ceux-des-Confins, habitués à la faim depuis l’enfance, maigres et sales mais d’une endurance de bêtes, ne se souciaient que d’une chose : l’eau. Il ne pleuvait que quelques jours par an ; violemment ; indifférents à l’éclosion brusque de fleurs éphémères, qui métamorphosaient les buissons en broderies multicolores, ils guettaient l’apparition d’un filet d’eau au fond du Val. Alors, avec une précipitation fiévreuse, on recueillait l’eau avec tous les récipients possibles pour en emplir les jarres sacrées entreposées au fond de la grotte la plus fraîche. Lorsqu’il ne restait plus qu’une couche d’eau, si mince qu’aucune cuillère d’os ne pouvait plus la recueillir, on appliquait sur le fond une étoffe que l’on tordait ensuite au-dessus des précieuses jarres. Le

