Det sjunde inseglet ou L’heure de vérité, Ingmar BOKMAN

1078 Words
Det sjunde inseglet ou L’heure de vérité Ingmar Bokman Du måste än ytterligare profitera om många folk och folkslag och tungomål och konungar. Johan av Patmos, Uppenbarelse, X, 11 À Élodie, qui ouvrira le sceau nouveau sans se leurrer De retour de ses sept croisades, l’Empereur des faux-semblants rencontra la Vraie Faux. Sur la plage aux galets noirs que venait de déserter l’Aigle de l’Apocalypse d’un claquement sifflant de son aile tranchante, le regard aux orbites creuses de la Vraie Faux lui signifia que l’heure était venue de la dernière partie d’échecs, et une force irrésistible émanant de sous le grand capuchon noir poussa l’orgueilleux vers le lieu qui lui était assigné dans la Forêt du Hêtre derviche. L’échiquier bizarrement n’était garni que de sept pions dans chaque couleur. Sous les cris des goélands, l’Empereur qui revenait des sept croisades tenta bien quelque diversion en causant à tort et à travers de l’Histoire à laquelle il avait mis un terme, du Savoir et de la Poésie qu’il avait repoussés dans l’oubli, de l’Économie qu’il avait subtilement transformée en Égonomie, et ainsi de suite. Mais sa voix fut couverte par le ressac de la mer salée, et la Vraie Faux, lui rappelant que depuis longtemps elle marchait à ses côtés et que sa compétence à elle était incontestablement universelle, se servit de son instrument tel un brigadier pour frapper les trois coups marquant le lever de rideau. Le sort donna le noir à l’Empereur qui revenait des sept croisades, et la Vraie Faux, ayant le trait, poussa son premier pion. Au même instant dans l’aube naissante le regard de son adversaire se voila, et dans le brouillard de sa vue surgit, hagard, l’un de ses sosies, celui du pétrole, qui en avait répandu la peste dans le monde. Retentit alors longuement un appel lugubre soufflé par l’Ange du Soviet de Kyoto dans une corne de bélier, tandis qu’un mystérieux agneau ouvrait sur un grand livre le premier de sept sceaux. Et voici que d’une lampe d’or s’échappa en hennissant un cheval blanc filant au galop vers quelque bataille. La sonnerie de la trompe reprit, et grêle et feu mêlés de sang s’abattirent sur la terre. La voix de l’Étoile de Lait déclara que le sosie de l’Empereur du pétrole serait à jamais écarté du salut et banni dans un labyrinthe nommé l’Axe du Mal. Étourdi, l’Empereur qui revenait des sept croisades tenta de sauver son clone en avançant son premier pion, qui chuta de l’échiquier. Poussant un deuxième pion, la Vraie Faux provoqua une nouvelle vision chez son adversaire. Celui-ci aperçut un autre de ses sosies, celui des geôles secrètes, errant derrière quelques barbelés. Retentit la trompe de l’Ange du Soviet de Guantánamo, et aussitôt sauta le deuxième sceau. Un cheval roux agitant une épée traversa le matin, semant l’égorgerie, et les flottes de guerre furent anéanties sur toutes les mers aux eaux empoisonnées. La voix de l’Étoile de Rhum décréta solennellement que le sosie de l’Empereur des geôles secrètes avait failli à la justice et méritait le bannissement. L’Empereur qui revenait des sept croisades tenta à nouveau de sauver son alter ego, mais sans résultat. Des scènes semblables se répétèrent ainsi pour chaque pion, de midi à minuit, et l’Empereur qui revenait des sept croisades fut confronté successivement, et sans pouvoir les faire épargner, à chacun de ses autres sosies : celui qui avait inventé l’arithmétique floridienne et feignait de croire à son propre galimatias, celui qui allumait des bûchers de sorcières en spéculant sur le nouveau mal et sur les coliques morales de ses contemporains, celui qui sans scrupule élevait des faucons en liberté et discourait et discourait (mais puisque ce film est projeté en version originale suédoise sans sous-titres, vous ne comprenez pas les paroles), puis encore celui qui de son pays avait fait un État-voyou et, aveugle, n’avait pas vu la Vraie Faux venue scier son arbre. Les Anges des Soviets d’Orlando, de Kaboul, de Babylone et d’Ispahan surveillaient ces divers épisodes, et à chaque fois l’heure fut traversée en flèche par un cheval, tantôt noir, tantôt livide, ou par une autre Étoile, d’Absinthe, de Lambic ou de Vodka. Du zénith et du nadir, les cataclysmes s’abattirent sur toute vie, et la terre asphyxiée appartint successivement aux crapauds, aux scorpions, aux sauterelles. Deux myriades de myriades de chevaux montés par autant d’anges exterminateurs déferlèrent sur la terre en répandant une manne de faux dollars. Les astres s’obscurcirent, les quatre Soleils noircirent et la Lune fut de sang. Au pays des cénotaphes et du glas ne survécurent que ceux dont le front était marqué du sceau du salut, car il avait été écrit : « Tu les épargneras, cent quarante-quatre mille, de toute tribu et peuple et langue, les douze mille de la tribu des gros cultivateurs, et ceux de la tribu des saltimbanques et des amuseurs, et puis les vagabonds et les explorateurs, douze mille de chaque, puis encore ceux de la tribu des anges et des saints, des dragons et des prophètes, des démons et des enfants, douze mille de chaque, et tu n’oublieras pas les petits cultivateurs quand même. » Lorsqu’à l’aube suivante, dans une atmosphère de lourds nuages traversés de rais de lumière, la Vraie Faux d’un doigt osseux avança son dernier pion, l’Empereur qui revenait des sept croisades n’était plus que le sosie de lui-même, son propre simulacre. Face à l’échiquier, il s’était figé, incapable du moindre geste. Vide était le miroir de son visage. Obéissant aux sept tonnerres grondant en jamaïcain avec l’accent turc, l’Ange du Soviet de Washington et l’Étoile Antarès proclamèrent d’une seule voix : « Lis le verdict ». Sous une chute d’étoiles, le grand vent de l’univers traça quatre mots sur le spectre holographique des tours jumelles : Mene mene tekel u-farsin – le monde t’a jugé, le monde t’a condamné, the game is over, sois réduit en poussière au pays des diamants bleus. Tu as refusé le nom nouveau qui t’avait été donné sur un caillou blanc, que soit révélé le chiffre de ton nom d’homme, qui est le chiffre de la Bête, six cent soixante-six. Le septième sceau venait de se briser, uppstod i himmelen en tystnad, pardon, il se fit un silence au ciel d’environ une demi-heure. Ainsi s’abolissait un monde ancien. Effondré, l’Empereur qui revenait des sept croisades entendit s’éloigner un chœur dans le sifflement du vent : Dies ira, dies ilia, dies calamitatis et miseria, dies tenebrarum et… Au sommet de la colline s’avança une b***e de Fous et de Simples pour entraîner les sosies et l’Empereur lui-même dans une danse macabre que clôturait la Vraie Faux. Leur lent mouvement en clair-obscur disparut dans l’absolu silence où se perdent les fleuves de paroles bestiales, les torrents de mots sauvages et les cataractes de phrases brutales. Par-delà la ligne d’horizon, ce silence attisa une lumière qui repoussa les leurres. Silence – tystnad – et lumière – ljus – engendrèrent l’amour – karlek –, et la colline au printemps se couvrit d’un smultronstâllet, pardon, d’un tapis de fraises sauvages. (Librement traduit du suédois par André Delcourt)
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