Surgir
Éric Brogniet
I
Images entre les masses
Émergeant dans les tissus
– couché au sol
par ajouts
par frottements
par brassages successifs dans l’acrylique
Nuances, modulations
L’extrême ondulant
révélant par liaisons
conjonctions
chocs :
la vision surgie
quand explose la figuration
parce que c’est corps à corps
qu’on est dedans
et non
face à face
II
Au paroxysme
Quand on cesse de vouloir dire
L’extrême pointe
Magnétisée
L’aiguille
Qui étincelle et qui montre
III
À l’apogée, contre le mur suintant
Sous les verrières cassées
Aux confins
Dans un monde déclassé
Quand tout bavarde et représente
L’universel reportage gagnant la sphère
Creusant l’intime :
opposer le fond, le fouillis,
le prosaïque, le concret –
huiles de vidange, ferrailles
bidons crevés
arcatures métalliques rouillées
trous dans la voûte par où le ciel suinte
pleut, macule
– surgit du cassé l’éblouissant,
ce qui balaye les concepts –
dans les fibres, l’épigenèse :
la foudre dans les terminaisons nerveuses
X
Comme surexposées,
Dans les fibres
Des torsions
Des câbles plusieurs fois agrandis
Des fils tranchés qui révèlent :
dans les trouées,
scintillations
profondément blanches
des ombres flashées,
des mégatonnes
XI
Contre
Sans cesse contre :
les démonstrations,
les monstres,
les simulacres
tournant dans les évidences
XIII
Dans les pixels
Les taches tremblantes
Laissant passer l’envers
(grumes, clostres, cellules végétales
excoriées, comme scrutées au microscope)
ce qui vient du fond de l’image,
de l’écran vidéo brouillé :
une onde corpusculaire,
qui émerge par vidange
Ce qui naît d’une rature
Par essais successifs
Errants
XIV
Cursive, toujours
Par masses dilatées
Par surimpressions
Ou par approximations, encore
Par associations hasardeuses
Fouillant l’absent,
le déchet
Métabolisant le détritus :
ce qui, indéchiffrable
au sens commun,
à la représentation plate,
au vertige virtuel
entre des piliers de béton,
des murs tombés,
émerge
avec brutalité,
dans l’urgence
XIX
Puis des messages par à-coups
Langue brouillée qui dit
La durée
Révélant des traces
Fibres médullaires
Tissus comme malades
Peau gangrenée où apparaissent
Par taches des corruptions
XX
Ailleurs, est-ce l’étale ou l’hypnose
Du vieil étang aux nymphéas
Saisi dans le brouillard
En même temps qu’une vision
Aux infrarouges
Un point de visée nocturne
Sur l’écran vidéo où des éclatements
Filent vertigineusement
Où la lumière de toute manière
Ne vaut que par l’envers noir
Que sa clarté, accélérant, opère
XXI
Le chant, la pure lyrique
Le solaire ébloui à travers
La densité
Donnant naissance
À des orages corrupteurs
Ou des mégatonnes
Ou des cultures vénéneuses
Une pellicule en train de brûler
Sous l’effet de la clarté de ses images
Sous l’effet de son regard incendié
XXXII
Chaque geste comme si c’était le dernier
Seul le désemparé accède
Celui qui n’attend rien
Reçoit l’inconçu
Le transitoire ébloui
Qui perdure
Sur des acryliques de Bernard Gilbert Automne 2000 – printemps 2003 (Extraits inédits)