Pdv Florinda
Le même jour
Je venais de rentrer et je partis directement me rafraîchir sous la douche, puis montai sur mon lit. Mais je n’arrivai pas à m’endormir. J’étais énormément bouleversée par les avances de Jean-David. J’avais du mal à croire qu’il voulait plus qu’une amitié pour nous. J’avais déjà fait tout un travail de deuil et de renonciation à une possible relation entre nous, alors ses avances étaient vraiment déstabilisantes. Je n’avais vraiment pas prévu que notre dîner se passerait ainsi. J’avais eu tellement peur d’être dans un rêve qui se terminerait au lever du jour que j’avais demandé un temps de réflexion.
Ma voix intérieure, me rappelant à l'ordre : Et tu fais quoi de Serge ?
?? Justement, qu’est-ce que je vais pouvoir faire de Serge ? On a fêté nos un an, il y a quelques semaines. Je suis bien avec lui. Il est vraiment sérieux et respectueux avec moi. Il est sincèrement le genre de mari que je voulais. Serviable, pieux, doux et plein d’humour. Pour nos un an, nous avions parlé de nos futurs projets à deux et il disait que si l’année prochaine, nous étions toujours en couple, on passerait à l’étape suivante : à savoir les fiançailles et le mariage. Je me projetais déjà avec lui et Jean-David voulait tout remettre en question ? Non. Ce n’était pas possible.
Ma voix intérieure, rassurée : Il vaut mieux pour toi. C’est totalement insouciant de quitter une relation stable pour un mec qui retourne à des milliers de km.
C’était vrai, mais je ne pouvais pas dire « non » tout de suite. Je voulais passer quelques jours de plus avec lui.
Ma voix intérieure : Tu es en train de jouer avec le feu. Attention!
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Pdv Jean-David
Les jours suivants
Depuis notre dîner, j’appelais Flo, chaque jour. Je faisais l’effort de petits sms et appels sympathiques pour la faire flancher. Il n'y avait rien de tel pour faire plaisir à une jeune femme. J’espérais ainsi l'amener à me faire confiance plus vite. La confiance amicale, je l’avais déjà, il me fallait avoir la confiance de la Flo amoureuse. Le mercredi suivant, je partis voir sa mère, Tata Pauline comme j'en avais conclu avec elle. À vrai dire, j’allais la voir en espérant revoir Flo. Même si ma réponse à la sollicitude de Tata Pauline était sincère. Elle voulait mon aide pour un collecte de fonds qu’elle organisait avec d’autres femmes de son église pour les plus démunis. Aider des moins lotis que moi, je le voulais vraiment, surtout depuis que j’avais connu la souffrance du veuvage. Je n’avais pas encore eu l’occasion de le faire, parce que je ne voulais pas me faire berner par un escroc. Tata Pauline m'inspirait confiance.
Arrivé chez Flo, j'appris qu’elle n’était pas encore de retour du boulot. Ce n’était pas grave. Il était que 18h. J’allais patienter en discutant avec sa mère. Cette dernière me fit un résumé du projet d'aide à certaines femmes des milieux ruraux qu’elle mettait en place. Le projet était vraiment intéressant et très vite, j'apportais mes propres suggestions, notamment celle de peut-être essayer moi aussi d’organiser une collecte dans mon entourage français et d'aider des mères de famille et des orphelins. Je savais que beaucoup me suivraient. Mes idées plaisaient vraiment et elle invita une autre dame à rejoindre notre entrevue. Vers 19h30, Tata Pauline reçut un appel de Flo la prévenant qu’elle allait faire un détour chez quelqu’un avant de rentrer. Je l'entendis la prévenir à son tour que j’étais là. Bref, elle allait essayer de rentrer avant mon départ. Flo arriva vers 20h45.
Sa mère, après les salutations : Comment va Serge ?
Flo : Ça va. Il te salue.
Tata Pauline : Khana, il ne t'a pas raccompagnée aujourd’hui ?
Flo, qui semblait gênée : Non… C’était bientôt l’heure du dîner, j’ai préférée rentrer en taxi. Je dînerai là-bas un autre jour.
Je compris que c’était moi qui l’avais poussée à changer son programme, mais je ne fis pas de remarque.
Tata Pauline : Ok. Mais tu aurais pu dîner là-bas, Jean-David était surtout là pour moi.
Flo : Ah oui ? Vous préparez quoi ?
Tata Pauline : On est en train de préparer une collecte pour les démunis. Il est d’accord même pour demander à son entourage aussi.
Flo : Mais pourquoi tu ne m’as pas demandée à moi aussi ?
Tata Pauline : J’allais le faire, mais quand on aurait commencé la collecte officiellement. Je lui en ai parlé avant, parce que je ne savais pas quand je le reverrai.
Flo : Ok.
Moi, osant enfin m'immiscer dans la discussion : Tu aurais pu garder ton programme. Ce n’était pas la peine de rentrer à cause de moi.
Flo, fuyant mon regard : Ce n’est pas grave. Je n’avais rien prévu de spécial à part dîner là-bas. Bon. Je reviens, je vais déposer mon sac dans ma chambre.
Elle s’éclipsa, me laissant perplexe. Pourquoi semblait-elle gênée par le sujet ? ??
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Pdv Flo
Samedi après-midi
Il ne se passait plus un jour sans que Jean-David et moi, on ne se parle. J’appréciais vraiment le temps qu’on passait à parler de tout et de rien. Ce samedi, Jean-David m’avait demandée de l’accompagner faire quelques emplettes pour son retour à Paris. J’avais accepté volontiers. On avait fait plusieurs achats et on venait de s’installer sur une terrasse d’un petit restaurant en ville, quand j'entendis mon nom.
- Flo ?
Je me figeai, m'imaginant que j’avais mes oreilles qui me jouaient un mauvais tour. Je levai la tête et reconnus Serge. Mon Serge, accompagné de Selena, sa jumelle.
Serge : Non. Mais chérie, je me demandais si c’était toi ou bien.
Moi, gênée : Euh… C'est moi. J’étais venue…accompagner…un…ami…faire…des…courses.
Serge, sans gêne : Ah oui ? Certains ont la chance de te voir ce week-end.
Selena : Ma puce, tu m’as laissée ces temps-ci.
Je me levai pour l’embrasser.
Moi, la voix tremblante : Ey.. Ne dis pas cela. Tu es ma Taki Taki.
Elle sourit.
Selena : Ça fait plus de 10 jours qu'on ne s’est pas vues dé.
Serge : Ndakh nga sagn ko kass (au moins, tu oses le lui reprocher).
Selena : Eh, bayil sama diabar (laisses notre femme).
Jean-David m’interrogea du regard. Je tremblai à l’idée qu’il dise quelque chose de fâcheux.
Selena , à l’attention de Jean-David: Eh, on n’est même pas courtois. Bonjour.
Jean-David, en leur tendant la main à tour de rôle : Bonjour.
Moi, essayant de garder mon sang-froid : Selena, Serge, je vous présente Jean-David Vieira, un ami d’enfance. Il vit à Paris. Il est venu en vacances. Jeannot, je te présente Serge et Selena Gbaguidi.
Serge me fusilla du regard.
Jean-David : Enchanté. Je m’excuse. Je vais vous la laisser. Vous pourrez profiter d’elle.
Moi, gênée : Mais je…
Jean-David :Je n’allais pas durer de toute façon. Je dois amener la petite à un anniversaire. Restes avec eux.
Il sortit un billet de 10000frs.
Jean-David : Tu te paieras un taxi.
Serge : Ce n’est pas la peine. Je la ramènerai.
Jean-David : C’est top, alors. On se recapte, Flo.
Moi, confuse : Euh. Oui.
Jean-David : Serge, Selena, c’était un plaisir de vous avoir rencontrés.
Selena : Nous aussi.
Il prit ses emplettes et s’en alla.
Selena, en s’asseyant : Ton ami-là, il est beau dé. Sa tête me dit quelque chose.
Serge, la mine serrée : Selena, ne m'incite pas à parler. Kene doula rombe (personne ne peut te dépasser tranquille).
Il s'assit.
Selena : Eh, je me renseignais juste. Il est libre ?
Moi : Non. Son cœur est occupé.
Selena : Dommage. Il est beau gosse.
Je vis que Serge me fixait du regard, en me voyant regarder vers la direction que Jean-David avait prise.
Moi : Bébé, tu peux nous payer quelque chose pour nous désaltérer ?
Serge, en essayant de se forcer à sourire : C'est comme vous voulez, les filles.
Il nous offrit à manger et à boire. Ce que j'avais prévu ne durer que 10mn avec Jean-David finit par durer presque 40mn avec les jumeaux Gbaguidi. Il fallait dire que Selena aimait beaucoup ma compagnie et animer les discussions. J'appris qu'elle était elle aussi venue s'acheter quelques petites choses ici et que Serge était venu la rejoindre pour un petit moment de décompression au restaurant avant de me croiser ici. Bref, je fus soulagée, quand ils décidèrent de lever l'encre. Mais Selena ne rentrant pas directement à la maison, son frère le déposa chez une amie, avant de prendre la direction de mon appartement.
Serge, dès qu'on fut seuls : ? Maintenant, Flo, tu peux me dire qui est ce mec qui était avec toi au restaurant?
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Pdv Serge
Elle me regarda les yeux grands ouverts comme si la question pouvait la surprendre. Je n’étais pas né de la dernière pluie et j’avais bien vu qu'elle et le mec du restaurant étaient super gênés à mon arrivée. J’étais bien chanceux que Selena les ait surpris en pleins achats et m'ait prévenu. Je n’étais pas dictateur et je ne la fliquais jamais. Mais j’avais une jumelle dont le sixième sens ne mentait jamais. En les voyant tous les deux, bras dessus-dessous, elle avait eu l’impression de voir un vieux couple partageant un moment convivial. Elle m’avait alors appelé pour me conseiller de venir m'enquérir moi-même de ce qu’il en était. Et je peux dire qu’elle avait raison de se poser des questions. Leur réaction à eux deux en disait long sur le gêne de ma présence, or s’ils étaient qu’entre amis, je n’aurais pas été un trouble-fête. Il fallait que je comprenne pourquoi elle était inaccessible pour moi toute la semaine et elle arrivait à trouver du temps pour son « ami ».
Moi : C'est qui ce Jean-David ? D’où tu le connais ?
Flo : On se connaît depuis la primaire. On était dans le même quartier. C'est la clique des Alice etc…
Moi : Et pourquoi tu l’as accompagné faire des achats ?
Flo : Ça fait des années qu’il ne vit plus ici. Il ne connaissait plus les prix. Il n’y a rien de mal à l’accompagner.
Moi : Pourquoi tu as accepté de l’accompagner et moi, tu m’as dit que ce week-end, tu allais rester chez toi, parce que tu es trop fatiguée ?
Flo : Écoutes, il rentre la semaine prochaine. C'est un service que je ne pouvais pas lui refuser.
Moi : Et pourquoi tu ne me dis pas cela directement au lieu de me dire que tu ne sors pas de chez toi tout ce week-end ?
Elle garda le silence.
Moi, pas rassuré : Flo, je t’ai déjà raconté mon expérience. Si tu me le fais à l'envers, vraiment dina am lima meti (ça me fera mal).
Flo : Mais je…
Moi, la coupant : Pourquoi tu ne m’as pas dit la vérité ? D’habitude, tu ne me mens pas et tu ne me caches rien.
Flo : Je ne suis pas ton ex. Arrêtes de psychoter.
Moi : Et lui ? C’est le tien ? C’est ton ex ?
Flo, criant comme si elle était épouvantée : NON.
Moi : Pas la peine de crier.
Flo : Ça n'a jamais été mon ex.
Moi, posant ma main droite sur sa main posée sur ses genoux : Flo, je t’aime et tu le sais, n’est-ce pas ?
Flo, regardant toujours la route : Oui.
Moi : Et tu sais que c’est avec toi que j’ai recommencé à avoir le désir de me marier. Alors s’il te vient le doute que je ne veux pas du sérieux avec toi, chasses-le de ta tête. N’oublie pas que j’ai été toujours là pour t'aider et te soutenir dans les heures les plus sombres que tu as traversées. Je serai toujours là, tant que tu le veux.
Flo, me regardant dans les yeux : Je le sais.
Je ne dis plus rien. Dans ses yeux, je voyais qu’elle avait compris.