Pdv Flo
En descendant de la voiture de Serge stationnée devant mon immeuble, je me sentais mal, trop mal. J’essayais d’imaginer ce que Jean-David devait penser de moi. Mais je me sentais mal pour Serge aussi. Tout à l’heure, il m’avait rappelée tout ce qu’il avait traversé avec moi. C’était vrai, il m’avait énormément soutenu lors de mon litige avec la femme de mon père. J’avais plein de bisbilles avec cette dame qui m'en voulait encore de ce que je n’avais jamais été coupable. Je n’avais jamais choisi de naître de ce couple si « insolite » qu'avait été mon père et ma mère. Mais elle reposait sur moi toute la colère qu’elle n’osait pas afficher froidement aux yeux de mes parents. Chaque rencontre familiale du coté de mon père pouvait devenir un cauchemar, si j’avais le malheur de trop l’approcher. Et la vérité, c’était que Serge m’avait énormément aidée à ne plus prendre trop à cœur les remarques de ma belle-mère. C’était une force tranquille et il savait m’écouter des heures avant de donner son point de vue. C’était qu’avec lui que j’avais accepté de nouveau de retourner aux événements familiaux et de ne pas vivre sous le poids de la honte de ce qui n’était vraiment pas de ma faute. À vrai dire, je n’allais plus aux événements de la famille de mon père depuis presque trois ans quand j’ai rencontré Serge. Dès le début, il avait voulu savoir ma vraie situation familiale et avais réussi à gagner la confiance qu’il me fallait pour lui raconter mon histoire. De fil en aiguille, il était arrivé à me convaincre de reprendre contact avec tout ce beau monde. À vrai dire, il avait raison. Je ne pouvais pas me priver de toute ma famille à cause d'une femme qui était toujours jalouse de ma mère, alors que cette dernière n'en avait vraiment rien à faire de son mari. Ma petite sœur était là pour lui prouver qu’elle était passée à autre chose. Mais visiblement, pour une raison que seule cette femme savait ma mère restait une menace.??♀ C'est vrai le calme de Serge m’était bénéfique à tout égard. C’était vraiment la relation la plus stable que je n’avais jamais eue et l’homme qui me faisait le plus de bien. Mais j’avais mal au cœur, parce que je venais de passer pour une « je ne sais qui » auprès de l’homme qui faisait battre mon cœur. Punaise, je ne pourrais jamais me sortir de cette honte.
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Pdv Jean-David
Au même moment
Roxie tournoya sur elle-même en riant joyeusement.
Roxie : Elle est trop belle, Papa. Merci.
Moi : On dirait une vraie princesse. Tu es Cendrillon ?
Roxie : Non. La reine des neiges.
Moi : La reine des neiges ? C’est qui encore ?
Roxie, comme si c’était un sacrilège : Papa, Tu ne sais pas qui est la reine des neiges ???
Moi : Non.
En fait, j’ai déjà entendu son nom et pendant les fêtes, je voyais pleins de choses à son effigie, mais je ne savais pas trop c’était quoi l’histoire.
Roxie, très motivée : Alors il faudra que tu le regardes avec moi .
Moi : Ok. Mais tu ne me racontes pas la fin du film.
Roxie : Ok.
Moi : Bon. On y va. Je pense que la fête a déjà commencé chez Khoudia.
On trouva ma mère au salon.
Roxie : Mamie, regarde ma robe.
Maman : Elle est magnifique. Tu seras la plus belle à la fête.
Roxie sourit avec fierté.
Yaye : Dans quelle boutique tu as acheté les robes ? Elles sont toutes très belles.
Moi : C’est Flo qui m'a amenée là-bas. C’est une copine a elle qui est la propriétaire. C’est à Touba Sandaga. J'ai la carte de visite dans ma chambre. Je te la passe après, si tu veux.
Yaye : Je veux bien. Je pourrais acheter des choses pour mes nombreux petits fils et petites filles. (puis à Roxie), ma chérie va dire à Tata Ouleye que vous êtes prêts, il ne faut pas que vous arriviez tard là-bas.
Elle s’exécuta.
Yaye : Jeannot, c'est quoi le problème avec Flo ?
Moi, surpris : Quel problème ? Il y a un problème ?
Yaye : Tu es revenu de tes achats très irrité. Je pensais que c’était peut-être une mauvaise nouvelle de Paris. Mais main que je sais que tu n’étais pas seul à tes achats, je m’oriente vers un problème avec Flo. Mba diam (ça va) ?
Moi : Ça va, Maman.
Yaye : Je ne te crois pas. Tu sais que je remarque toujours chacune de tes humeurs. Temps yi, je te voyais beaucoup sourire, mais là, on dirait que da am loula nakari (quelque chose qui t'irrite).
Moi : Ne t’inquiètes pas. Ce n’est pas aussi grave que tu le penses.
Yaye : Sois patient avec Flo. Elle est sans façon nak. Mais toi, tu peux vite monter les décibels, teyal (du calme).
Moi : OK.
Non. Mais pourquoi elle me tenait déjà responsable ? C’était Flo qui me l'avait mis à l’envers. Punaise, je ne savais même pas pourquoi ni comment j’avais été aussi calme en voyant qu'elle avait déjà un mec. ??Non. Mais elle va m'entendre. Ce n’était tellement pas moi de rester aussi calme devant une situation aussi énervante. Je pense que c’était l’effet de la surprise qui m'avait scotché. Étonnamment, je n’avais jamais eu une situation pareille avec une fille et c’était vraiment Flo que je m’imaginais jouer sur deux tableaux. Pourquoi ? Pourquoi ???
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Lundi
Je n’avais plus eu aucune nouvelle de Jean-David. Je pense qu’après la découverte de l’existence d’une autre personne dans ma vie, il n’avait plus aucune envie de reprendre de mes nouvelles.
J’avais donc été au travail tout en essayant de ne pas trop penser à lui.. J’aurais voulu l'appeler pour m’excuser, mais c’était déplacé de reprendre contact avec lui, après une telle humiliation. De toutes les manières, son silence me faisait comprendre qu’il était fâché. Je me décidai à rester tranquille et à ne plus faire de vagues. Je m'installai à mon bureau et venait à peine d’entamer mon premier dossier de la journée, quand Salma me rejoignit.
Salma, avec le sourire : Coucou, ma belle. Ça va ?
Moi : Coussi coussa !
Salma :Ah bon ? Lou khew (qu’est-ce qu’il y a ?).
Moi : C’est trop long à expliquer. Je te raconterai plus tard.
Salma : Ok. On en reparle à la pause. Je t’apporte les dossiers que Mr Mbaye t’avait demandé de vérifier.
Moi : Ok. Poses-les sur la table. Je finis ce dossier et je m’occupe de cette tâche.
Salma : Ok !
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Quelques heures plus tard
Salma, curieuse comme d’habitude, s’était pointée à mon bureau, dès que l’heure de la pause était arrivée.
Salma, toute excitée : J’ai commandé deux repas pour nous. On va aller manger ici à la cafet’ , on y sera au calme pour discuter.
Salma et moi, on était amies depuis le lycée. C’était une aubaine de travailler dans la même structure. J’étais arrivait ici avant elle et c’est en voyant que le service des achats cherchait une nouvelle assistante que je lui avais proposée de déposer sa candidature. Elle avait finalement eu le poste et on était devenues collègue depuis un an. D’habitude, on allait manger au restaurant d’à côté, mais aujourd’hui, on voulait s’isoler pour discuter en aparté. La cafet’ était vide à cette heure. A la pause, tout le monde préférait aller manger dans les restaurants aux alentours. On venait ici que pour les pauses cafet’.
Salma, en entrant à la cafet’ : Le livreur arrive d’ici 5 minutes.
Moi : Ok !
On s’installa sur la table de la pièce.
Salma : Sinon c’est quoi qui te rend coussi coussa ?
Moi : Oh, Salma ! Guadtché la am instant yi (je suis couverte de honte, actuellement).
Salma, amusée : Lou khew (qu’est-ce qui se passe ?)
J’allais répondre, mais la sonnerie de son portable attira notre attention.
Salma, en décrochant : C’est le livreur !
Elle eut une courte discussion avec lui.
Salma, en se levant : Je vais vite récupérer la commande.
Elle disparut avec son joli tailleur jupe crayon blanc-noir et revint très vite.
Moi, en la voyant arriver : Qu’as-tu commandé ?
Salma : Le plat du jour : du thiébou yapp (riz gras à la viande) !
Moi : Ok !
On entama nos plats savoureusement.
Salma : Alors racontes ! Qu’est-ce qu’il t’est arrivée pendant ce week-end ?
Je lui fis un résumé de ma situation avec Jean-David et Serge. C’était la première à apprendre la situation. J’avais choisi de cacher délibérément cette vérité à Aline, parce qu’elle risquait de trop s’impliquer et de prendre la défense de Jean-David. Salma n’était amie ni avec l’un, ni avec l’autre. Elle pouvait rester neutre dans ses remarques. Elle éclata de rire à la fin de mon résumé.
Salma : Oh. Raténa li samedi (j’ai raté une telle chose, samedi ?)
Moi : Salma ! Sois un peu sérieuse !
Salma : Mais c’est que j’imagine la situation dans ma tête. Toi, saucissonnée comme ça, entre les deux dans ce restaurant !
Silencieusement, je posai mes yeux sur ma barquette et mangeai.
Salma : Ecoutes, tu devrais prendre les choses à la légère. Je ne vois rien de grave pour le moment. Mais tu dois aussi faire un choix vrai entre ces deux-là.
Moi : Justement je ne veux pas décider tout de suite comme ça. Salma, Serge, on est ensemble depuis un an. Jean-David, il retourne dans sa vie là-bas à la fin de la semaine. Tu vois un peu la situation. Je ne peux pas prendre une décision aussi pressée.
Salma : Tu as raison. On ne stoppe pas une relation d’un an en quelques jours.
Moi, contente qu’elle approuve mon point de vue : Merci !
Salma : Mais tu n’as pas aussi besoin de t’éterniser dans une relation où tu n’es pas sûre que tu as envie de rester.
Elle calma directement mes ardeurs avec cette phrase.
Moi, refroidie : Pourquoi tu me dis un truc pareil ?
Salma : Parce que je te sens un peu trop redevable de Serge, mais tu as envie d’être avec Jean-David. Moi, je te conseille de ne pas faire un choix par obligation. Prends du recul avec les deux vraiment et defal loula arranger (fais ce qui t’arrange). Elle en pense quoi, Aline ?
Moi : Elle n’est pas au courant de ce qu’il s’est passé ce week-end. Elle prendra parti pour Jean-David.
Salma : C’est clair. J’ai bien remarqué qu’elle est son supporter N°1.
Moi : Oui. Mais je ne veux pas m’exciter comme elle dans cette histoire. Elle ne voudra pas comprendre que je ne peux pas égoïstement prendre des risques inutiles pour quelqu’un qui a déjà établi sa vie ailleurs. Au final, rien ne dit que ça pourrait marcher entre nous.
Salma : Moi, je ne le connais. Mais Aline et toi, vous l’avez assez connu pour savoir si c’est un mec sérieux.
Moi : Il est sérieux, Salma. Il est du genre à être solide dans ces relations. Il a même été le premier à se marier dans notre groupe. Il serait sûrement avec cette femme, si elle n’était pas décédée. Il a une fillette de 6 ans. Il a bien précisé qu’il ne cherche pas à passer juste du bon temps avec moi. Il cherche une vie de famille rangée.
Salma : Si tu as cette assurance, pourquoi tu as tous ces doutes alors ?
Moi : Salma, ce mec, il était inaccessible toutes ces années et j’étais invisible à ses yeux. Je ne sais pas lou waral (qu’est-ce qui a pu) changer son attitude envers moi aussi vite. Je n’arrête pas de me dire que c’est trop beau pour être vrai.
Salma : Peut-être que c’est eux se sont ouverts maintenant. En tout cas, que tes doutes ne te fassent pas passer à côté de ce qui pourrait te rendre vraiment heureuse.
Moi : Ok ! J’essaierai d’être moins sceptique.