TONY

1075 Words
TONY Deux hommes entrèrent, le visage masqué, leurs mains tenaient des pistolets automatiques. On aurait dit Laurel et Hardy. Autant, l’un était massif et lourd – Victor, qui avait fait ses armes avec une b***e des cités du côté de Grigny –, autant l’autre était petit et fluet – Gino, un gars de Saint-Étienne qui souffrait d’une sciatique et tirait une invariable grimace sous le tissu noir de sa cagoule. Ce p****n de mal de dos lui bousillait le moral, il se bourrait de cachetons arrosés de whisky, mais ça empirait. Du coup, il vivait avec. Le costaud repéra Salomé au premier coup d’œil. Ce garçon avait un problème avec les jeunes – et même très jeunes – filles. Il désirait leur corps, leur poitrine nue et plate, leur petit s**e imberbe, leur bouche emberlificotée d’appareil dentaire. C’était plus fort que lui, elles le mettaient dans un état d’obsession permanente. Par le passé, son frère Stéphane avait déjà dû régler des problèmes dans la cité, à cause de gamines que Victor avait agressées. À présent, Stéphane était mort, et Victor livré à lui-même. Avec le temps, il avait appris à cacher ses pulsions, son « penchant ». Mais son côté primaire avait tendance à casser les digues, et si jamais l’occasion se présentait, il savait qu’il se jetterait sur sa proie comme le tigre sur la chèvre. Sans aucune pitié. Il tenait un gros chien en laisse. Salomé se leva, alors que la petite Camille se coulait derrière elle, impressionnée par l’espèce de boxer bâtard dont les canines du bas dépassaient du museau. Gino remua son arme en grognant : — Levez-vous, et regroupez-vous tous, là-bas au fond. Il désigna la couche de la plus petite du canon de son Glock. — C’est presque un bébé… laissez la dormir, s’il vous plaît, dit Salomé en s’efforçant de ne pas trembler. Gino posa un visage interrogateur sur son collègue mais le maousse ne s’en rendit pas compte, ses yeux toujours braqués sur l’adolescente. Un regard que le jeune Enzo n’aimait pas. Quelque chose de malsain brillait dans les pupilles de l’homme, le garçon savait ce que c’était, et ça lui faisait comme des coups dans le ventre. Il se dirigea vers Salomé et la poussa par les épaules, entraînant Camille avec eux. — Viens, il nous a dit de nous regrouper. Victor les suivit des yeux alors que Gino grimaçait un rictus de douleur en changeant de pied. Ils ne dirent plus un mot. D’un coup, Maxime leva sa main, comme à l’école. — Vous savez qui je suis ? Vous savez qui je suis ? — Ta gueule ! La voix du gros était empreinte de méchanceté. La voix d’un homme sans aucune humanité. Enzo essayait de le défier du regard, mais le voyou l’ignorait, il tira un coup sur la laisse et le chien s’allongea, posant sa mâchoire sur ses deux pattes avant, ses deux yeux curieux levés vers les enfants. Le gamin descendit son regard sur lui et se mit à tapoter sa main contre sa cuisse. Le molosse le vit, et sans bouger un poil, remua doucement sa queue. « Un bon chien », pensa Enzo. Maxime essaya à nouveau : — Je suis le fils du… — Ta gueule, j’t’ai dit. Et les autres aussi, fermez-la ! J’veux pas entendre un mot ! L’ambiance était à couper au couteau, et le silence s’éternisait. Seul Gino gigotait d’une jambe à l’autre. Quand la petite de quatre ans s’éveilla… Elle regardait en tous sens en se mettant debout, le lapin en peluche au bout de son bras. Salomé hésita puis se dirigea vers elle, pour la prendre dans ses bras. — Viens… Elle retourna près du groupe d’enfants. La gamine avait compris qu’il ne fallait rien dire, elle aussi avait peur des deux hommes. Enfin, un troisième arriva, le visage cagoulé comme les autres mais ne portant pas d’arme. Il lança : — Bonjour, les enfants, ça va ? Personne ne répondit. Tony. C’était le bras droit de Vigo Vasquez. Assez grand, vêtu d’un pantalon militaire et d’un col roulé noir, il vint se mettre accroupi devant les gosses, et, un par un, les désigna du doigt. — Toi, tu es Salomé. Et voici la petite Élisabeth et la « grande » Camille. Quant aux garçons, pas de doute quant à savoir lequel est fils de préfet. Oui, nous savons qui tu es, mais ce n’est pas pour ça que tu es là, alors arrête de nous emmerder ! T’as compris ? Maxime hocha la tête en avalant sa salive. — Compris, m’sieur, compris. Il avait reconnu celui qui lui avait mis une gifle sur le parcours de golf et son instinct de survie était en alerte maximum. — Bon alors, je vais vous expliquer. Vos parents vont se réunir, et ils vont devoir faire quelque chose pour nous. Il y a longtemps, ils ont fait une bêtise, une très grosse bêtise, et maintenant, ils doivent réparer. Vous comprenez ? Les quatre grands acquiescèrent sans dire un mot. — Alors, ça, c’est pour vos parents. Et je vais vous dire tout de suite, on vous a menti. Vous n’allez pas rentrer chez vous tout de suite. Il s’arrêta, car le visage d’Élisabeth venait de se remplir de larmes, il se pencha vers elle. — Ne pleure pas, petite, ne pleure pas. Salomé qui est là va s’occuper de toi, ainsi que Camille. Pas vrai Camille ? — Ou… oui, oui. Salomé, quant à elle, n’appréciait pas ce qu’elle venait d’apprendre. — Combien de temps ? Combien de temps allez-vous nous garder ? — On t’a dit de la fermer, coupa la voix du gros, toujours aussi agressive. Elle baissa les yeux, tandis que Tony soupirait : — Vous n’êtes pas en colonie de vacances, ici, et vous devrez obéir si vous voulez que tout se passe bien. On vous nourrira et on vous foutra la paix. On ne vous demande qu’une chose, pas de cris, pas de disputes et, pas de conneries. Quant à combien de temps… Trois jours, quatre, au maximum, ça va passer vite. Vous avez la télé, des livres et des jeux, pour l’instant… Si l’un de vous tente quelque chose, il ira au cachot. Compris ? Élisabeth se remit à chialer de plus belle, alors que Salomé jetait un regard assassin à l’homme. — Je suis désolé, ajouta-t-il, mais vous devez comprendre qu’on ne plaisante pas. On est d’accord ? Il scruta les visages des enfants en attente de leur assentiment. Chacun hocha la tête. Mais, malgré les recommandations, Enzo ne put s’empêcher de demander : — Et si nos parents ne… n’arrivent pas à faire ce que vous voulez ? Qu’est-ce que… Il savait que le gros allait s’énerver, mais Tony anticipa en le calmant d’un geste. — Tu veux vraiment que je te le dise ? Sans attendre de réponse, il se leva. — Ha, une dernière chose. On a eu des problèmes de logistique, vous aurez votre petit déjeuner plus tard, d’ici une heure. En attendant, faites connaissance et tenez-vous tranquilles. Et il est interdit de parler aux deux hommes que vous voyez là, strictement interdit. C’est tout. Il fit un signe aux deux voyous et ils repartirent.
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