VIGO LE NOIR

710 Words
VIGO LE NOIR De l’intérieur du cadre de télévision, il les regardait. C’était effrayant et fort. Il les regardait en souriant et semblait les dévisager tous en même temps. — Mesdames, messieurs… annonça sa voix grave. Il y a quatre ans vous avez fait en sorte de m’inculper de meurtre. Un procès truqué, de fausses preuves, de faux témoignages, une instruction à charge… Vous pensiez m’envoyer au fond d’un trou jusqu’à la fin de mes jours, alors que j’étais innocent. Vous avez été malhonnêtes ! Ça vous choque que je parle d’honnêteté, hein ? Qu’est-ce que vous croyez, que l’État, la société, le système ont le monopole de la justice ? Vous devez savoir, vous devez comprendre, qu’au plus profond de moi, je ne supporte pas l’injustice, mais surtout, je ne supporte pas de me faire enfler ! Le bandit se redressa sur sa chaise et sa voix se mit à vibrer de colère. — Vous comprenez ? Je suis Vigo Vasquez, et moi, État, justice ou compère, on ne m’e****e pas ! À ce moment-là, son regard pivota vers la droite – « Un truc de fou ! » pensa Nathalie Ruiz – pour aller se poser sur le préfet. Rollin accusa le coup, répondant d’un sourire mauvais à l’image sur l’écran. Le Noir se remit face à l’objectif. — On ne m’e****e pas ! Vous avez déconné et j’ai passé des jours et des nuits à imaginer ce que je ferais si j’arrivais à sortir du trou où vous m’aviez jeté. Ce moment est arrivé et j’ai kidnappé vos enfants. Vigo se recula sur sa chaise et croisa les bras sur sa poitrine d’un air martial : — Et vous savez pourquoi ? Les yeux de Rollin brûlaient de haine : il avait vu ce passage dix fois mais ne pouvait s’empêcher de serrer sa mâchoire jusqu’à la cassure. Le Noir asséna : — Je n’ai pas aimé votre regard victorieux, monsieur Rollin, lorsque la sentence est tombée, il y a trois ans, dans ce tribunal de Paris. Je n’ai pas aimé votre implication, capitaine Lauterbach, je n’ai pas aimé votre témoignage, monsieur Vitalli et je n’ai pas aimé votre jugement, monsieur Tranchant, comme par hasard en cour d’assise spéciale. Sans aucun juré pour vous contredire. Quant à vous, mademoiselle Ruiz, vous m’avez laissé tomber. Mes derniers avocats m’ont trahi, ils ont attendu que les délais soient passés pour demander l’appel, sous la pression de Rollin ou de Tranchant, je m’en fous, mais vous, vous ne l’auriez pas fait. Cependant vous m’avez laissé tomber. Il est temps de vous rattraper. De tous vous rattraper. Vigo tapa de ses deux mains à plat sur la table, ce qui fit sursauter tout le monde. — Je veux que vous demandiez un pourvoi auprès de cet enfoiré de procureur général, que la justice elle-même reconnaisse s’être parjurée et trompée, et pour cela, il n’y a qu’une solution : que ceux qui ont menti, magouillé, trahi la justice de leur pays, oui, je parle de vous messieurs Rollin, Tranchant, Lauterbach et Vitalli, que ceux-là avouent leur crime. Je vous donne deux jours, pas un de plus, pour organiser une conférence de presse où vous direz la vérité. Préparez vos lettres de démissions… Deux jours : je veux voir et entendre des articles sur un procès truqué impliquant un juge, des flics et un adjoint du préfet, et je libérerai les gosses. Un sourire cynique remplaça son ton rugueux, alors qu’il disait : — Ça devrait faire du bruit, pas vrai, monsieur le préfet ? Un fonctionnaire aussi influent que vous qui s’accuse d’avoir trafiqué un procès, d’avoir demandé à ses hommes de poser de fausses preuves, hein ? Et un juge qui envoie un innocent en prison, cela ne serait pas la première fois, n’est-ce pas monsieur Tranchant ? Et vous, capitaine Lauterbach, je suis sûr que vous passez bien à la télé, un beau gosse comme vous… Quant à vous, monsieur Elvio Vitalli, je ne sais pas ce qu’on vous a promis, mais vous allez le regretter… Oui, le regretter… Tout aussi subitement, sa voix redevint grave, quand il ajouta : — Par contre, il est hors de question de prévenir la presse, ce serait trop facile ensuite de dire que vous étiez contraints afin de sauver vos chères têtes blondes. Non, les enfants réapparaîtront comme ils ont disparu, après que vous ayez avoué vos fautes. Personne ne doit savoir avant. Sinon… sinon… Cinq enfants, cinq parents impliqués qui se sont attaqués à la mauvaise personne. Ces petits ont déjà disparu une fois, ils pourraient ne jamais réapparaître. Cinq enfants, cinq petites vies, ou bien… Cinq enfants, cinq petites morts… L’écran se remit à grésiller et Rollin l’éteignit, plongeant la pièce dans l’ombre. On entendit des gorges déglutir, et des chuchotements de prières.
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