17. Rouen, vendredi 12 h 09

807 Words
17 Rouen, vendredi 12 h 09 TECHNICIEN chargé de l’identification judiciaire, le TIJ John Marcoule pestait comme un fou. La pression médiatique se ressentait jusque chez lui. Savarin était descendu ce matin avec le commissaire pour lui intimer l’ordre de se pencher sur le cas Ribière. Tout cela parce que c’était un pote du patron ! Il avait deux affaires salées en cours de traitement. À commencer par un homicide de type sacrificiel, une femme retrouvée nue, éviscérée dans une cave, sanglée sur une vieille table d’auscultation. Le tout dans un immeuble de squatters à deux pas du grand complexe hospitalier Charles Nicolle. Les pièces d’un puzzle macabre étaient en place, des dizaines de traces de pas, des bougies consumées, des marques sataniques écrites sur les murs avec le sang de la victime. Mais voilà, il l’avait identifiée. Une prostituée clandestine sans papiers. Le commissaire avait exigé le black-out total. Il ne voulait pas entendre parler de cette affaire. Pas d’intérêt. Trop sale. Pas besoin de cela pour ternir l’image de la ville et risquer de retarder son avancement. Les médias ne devaient pas avoir vent de l’affaire. Ensuite, il y avait ce clochard, mort dans une poubelle d’une overdose. Le sujet arrivait des Stups, qui avaient découvert des pilules de d****e d’un nouveau genre, une sorte d’extasy à base de curare synthétique. Une belle m***e retrouvée sur le cadavre et confirmée par les examens de toxicologie. Alors, s’occuper en priorité de cette vérole de Marc Antoine dont tout le monde se moquait, sauf le commissaire, le foutait en rogne. Surtout qu’il voulait assurer auprès de Gladys Legendre, la jeune stagiaire du labo de chimie, qui venait d’être embauchée. Une gamine de vingt-trois ans, pulpeuse et désirable à souhait, avec une silhouette avenante et une chevelure souple dans laquelle il aimerait se perdre. Elle ressemblait, en plus timide, à Cynthia Flaubert, la bombe sexuelle sublimée de ses phantasmes solitaires. Malheureusement, son responsable, Mathieu Blandin, s’occupait d’elle, sinon, il aurait bien tenté sa chance. Pour l’avoir, il était prêt à tout. Même à user de Gladys comme palliatif. Il évita de trop penser à elle et se concentra sur l’affaire. La moisson était très bonne. Les gars avaient bien bossé sur le terrain. Heureusement que le feu était resté cantonné dans le salon. Ils avaient réussi à isoler une douzaine d’empreintes digitales d’une clarté parfaite. Il démarra la rédaction de son rapport avec les différents lieux où ces empreintes avaient été déposées. Il identifia rapidement lesquelles appartenaient aux époux Antoine, à cause de leur présence dans toute la maison. Il les retrouvait partout. Avec une étrange constatation. Il n’y avait aucune trace de Madame dans la chambre de Monsieur, tout comme l’inverse. Il n’y avait aucune trace de Madame dans le bureau de Monsieur, et aucune trace de Monsieur dans la cuisine. Ils devaient former un drôle de couple, pensa-t-il en son for intérieur. À part dans le hall, la salle à manger et le grand salon, ils ne devaient pas se croiser souvent. Il notifia ces faits et se concentra sur la demi-douzaine de traces fraîches qui jalonnaient le parcours du perron au hall d’entrée. Cinq belles empreintes bien marquées, bien complètes. Correspondant à cinq personnes passées récemment, qui avaient sonné, étaient entrées dans le hall, puis ressorties. Il décida de s’en occuper dès qu’il aurait terminé le rapport global. Les recherches de sang, sperme, cheveux et autres indices humains dans les chambres ne donnèrent rien de particulier. Les époux Antoine faisaient clairement chambre à part. Mais aucune présence étrangère, amie ou amant ne venait troubler la sagesse du couple dans leurs draps. Du moins, pas dans cette maison. Il répertoria les différents emplacements sur les photos numériques et enregistra le tout sur le serveur. Puis, il passa à l’étude proprement dite du bureau. L’incendie et la pression de l’eau des extincteurs avaient pas mal abîmé la scène de crime, mais pas complètement. Les traces de Monsieur se retrouvaient partout, sur le fauteuil, sur la bouteille de whisky, le flacon, les rideaux. Il n’y avait aucune trace sur l’arme. Le fusil avait été consciencieusement nettoyé avant d’être coincé dans la chaise qui, elle aussi, était propre. De minuscules brins de coton restaient bloqués dans les fibres du bois. Le meurtrier avait pris son temps pour être sûr de ne rien oublier derrière lui. Marcoule grimaça. Ils avaient affaire à un professionnel. Une fois l’enregistrement des empreintes terminé, il extirpa les petits sachets d’échantillons qu’ils avaient récupérés dans le bureau. Le premier qu’il ouvrit lui arracha un cri de stupéfaction. Il renifla trois fois en remuant la tête, surpris. Les analyses le confirmeront sûrement, mais l’odeur était très nette : de la poudre pour feu d’artifice, accompagnée de l’odeur particulière des fibres qui l’entourent. Une mèche à poudre pour pétards. Il cliqua sur les photos numériques pour voir où ils avaient trouvé cela. Il se leva pour les porter à Gladys, qui s’occupait du spectromètre de masse. Quelque chose ne collait pas. Les échantillons de mèche partaient du fusil, passaient par un des montants de la chaise, couraient sur le sol pour s’arrêter au pied du cadavre.
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