CHAPITRE 15
Nafy : mais avoue que tu as mal fait.
Souko (d’un ton cinglante) : je ne regrette rien si c’était à faire, je l’aurais fait.
Nafy : je te comprends.
Souko : non mais allô quoi, madame crie sur tous les toits que c’est fini à jamais avec Khalil puis d’un coup fait un revirement de situation, comme quoi ‘’on oublie jamais son premier amour''
Nafy éclate de rire
.
Souko : si tu savais comme je voulais la gifler ce jour là.
Nafy : je peux te comprendre toi qui a tellement couru derrière Khalil.
Souko : je ne suis pas la seule, toi aussi tu avais essayé.
Je pose ma main sur ma bouche quand un hoquet d’horreur veut y sortir.
Elles sont qui ?
Nafy : hé moi je n’ai pas cherché à me faire b****r en allant écarter mes jambes nues sur son lit.
Souko : c’est toi qui le dis.
Nafy : certes j’avais essayé de le séduire mais le monsieur ne voyait que sa dégénérée de femme.
Souko : elle me sort par les portes celle-là, je ne sais pas comment je fais pour la supporter durant toutes ces années.
Nafy : estime-toi heureuse, elle t’a donné du travail. Moi qui suis sa cousine, elle a fait quoi pour moi ?
Souko : comme j’étais contente quand la boîte avait sombré.
Nafy : ce n’est pas seulement toi.
Souko : à cet instant, je suis sûre qu’elle est en train de croire que je couchais avec Khalil bien avant.
Nafy : haha c’est comme je la connais, elle va se faire des films dignes de celui de Sembène Ousmane.
Souko : tempi pour elle en tout cas, j’ai joué ma dernière carte et ça a fait plus que l’effet escompté. Nous retrouver dans cette posture croyant que son mari et moi venions de b****r est la meilleure chose qui pouvait arriver. Si seulement elle savait, qu’il voulait juste me jeter hors de sa maison.
Nafy : j’ai mieux réussi ma mission que toi. Lors de son voyage quand elle m’avait raconté comment son patron l’avait embrassé, j’ai sauté sur l’occasion pour l’enregistrement en lui faisant dire ce qu’elle ne voulait pas. Puis je suis partie voir un informaticien qui m’a coupé quelques parties et dans sa confession, c’est comme si elle avait couché avec lui.
Souko : waouh donc c’était toi ?
Nafy : bien sûr, j’avais acheté une puce pour envoyer l’audio à Khalil avant de la jeter.
Souko : tu es dangereuse.
J’ai besoin de me cramponner pour ne pas chanceler.
J’attrape ma bouche pour ne pas crier de rage, mélange de dégoût, je n'arrive pas à croire à tout ce que je viens d’entendre, donc mes ennemis étaient en faite celles que je prenais pour amies? Celles à qui je n’hésitais à me confier en croyant faire face à des anges alors que c’était des démons déguisés en Prada?
Mon Dieu que l’humain est rustre !
Hé, l’amitié ? C’est ça, la jalousie, l’hypocrisie, c’est ça l’amitié entre filles ?
J’ai besoin même de poser ma main près de mon cœur pour ne pas faire une attaque. Non je ne peux pas rester là. Je dois sortir sans me faire remarquer. Je tourne doucement les talons en quittant cette maison de démon.
Je retrouve Arame où je l’avais laissé avant de lui faire signe.
Moi : ne dis à personne que je suis venue ici
Elle : oui madame.
Je sors retrouver ma voiture que je démarre en trombe.
Donc c’est vrai quand on dit que l’amitié sincère entre filles n’existe pas ? Jamais je n’aurais cru à cette histoire si je ne l’avais pas entendue de mes propres oreilles. Souko et Nafy me poignardaient dans le dos depuis tout ce temps ?
Et moi comme une aveugle, je n’ai eu aucun soupçon mon Dieu ? Comment on peut refaire confiance après une chute pareille ?
Moi qui croyais avoir les meilleures amies du monde, une presque famille. Je sens comment les larmes coulent alors que je conduis dans cette circulation dense.
Qui est vraiment celui à qui nous croyons ?
******KHALIL*******
Je viens d’appeler mon avocat pour encore une fois lancer la procédure de divorce. Je soupire en posant mes mains sur ma tête. Puis mon esprit s’en va loin, quand tout allait bien dans ma vie.
Samina et moi étions les meilleures amies même s’il nous arriver d’avoir des différents.
Je me rappelle nos années passées, de nos moments de bonheur. Quand tout marchait comme sur des roulettes. Même si j’ai du mal à l’avoir, je n’arrive pas à l’imaginer dans les bras d’un autre homme.
En proie à une lamentable impatience, j’entends la porte de mon bureau s’ouvrir sur Manila.
Manila : papa
Je me retourne pour la regarder, elle vient se blottir dans mes bras.
Manila : ne la laisse pas partir s’il te plaît.
Moi : chérie
Manila : tu ne l’aimes plus papa ?
Je passe ma main devant mon visage en secouant la tête.
Moi : tu comprendras un jour.
Manila : elle t’aime toujours papa.
Je ferme les yeux en secouant la tête.
Manila : si tu ne me crois va voir dans sa chambre. Elle a toujours tes affaires cachées dans une commode.
Je la recule pour pouvoir la regarder dans les yeux.
Moi : comment tu sais ça ?
Elle essuie ses larmes en me regardant.
Manila : le jour où je lui avais annoncé ton dernier mariage.
Je l’avais surpris au milieu de la nuit, j’avais fait un cauchemar et je voulais dormir avec elle. Puis devant la porte, je l’avais vu en larmes tenant ton portrait en main.
J’ai le souffle coupé face aux révélations de ma fille.
Manila : maman peut être têtu parfois, mais elle est toujours amoureuse de toi.
******SAMINA*******
J’écoute Moussa avec une oreille distraite, ce que j’ai appris ce matin m’a retournée tout l’estomac. Je pense toujours dans un cauchemar auquel je vais bientôt me réveiller. Je suis obnubilée par mes pensées que c’est plus tard que j’entends Moussa qui m’appelle.
Moi : oui ?
Moussa : qu’est-ce que tu as ? Je te parle depuis tout à l’heure et tu sembles être sur les nuages.
Moi : oh excuse-moi.
Moussa : je disais qu’après notre mariage, on peut aller s’installer en Allemagne.
Moi : hein ?
Moussa : c’est un très beau pays, en plus ce sera facile pour nous de construire une nouvelle vie et de tout recommencer.
Moi : voyager ne m’a jamais fait rêver.
Moussa : certes mais, tu peux y penser
Moi : ça ne me dit rien en tout cas.
Moussa : comme toujours.
Je fronce les sourcils en lui posant la question qui me brûle les lèvres
Moi : tu me trouves égoïste ?
Moussa : c’est quoi cette question ?
Moi : réponds-moi sincèrement, tu penses que je suis égoïste ? Je sais que je peux être souvent belliqueuse et impulsive. J’essaie de m’améliorer mais tu trouves que je suis une femme égoïste ?
Moussa : pourquoi tu me poses cette question ?
Moi : laisse tomber.
Moussa : qu’est-ce qui t’arrive ?
Moi : as-tu eu des regrets sur ton passé ?
Moussa : tu me fais peur là, qu’est-ce qu’il se passe ?
Puis une autre question essentielle tilt dans ma tête.
Moi : tu penses que ça marchera entre nous ?
Moussa relève le menton en me regardant dans les yeux.
Moussa : tu veux rompre avec moi ?
Moi : comment un homme peut faire face à une femme aussi truffée de défauts ? J’ai tellement de défauts que ça me fait rire de voir qu’un homme soit capable d’outrepasser ça.
Moussa : lorsqu’on aime, tout ce que l’être aimé fait nous comble de bonheur.
Moi : peut-être… bref tu es sérieux pour ton affaire de vivre dans un autre pays ?
Moussa : oui vraiment.
Moi : je crois qu’il est temps de nous oublier
Moussa : hein ?
Moi : tu vois combien je suis égoïste ? J’ai réfléchi beaucoup réfléchi et je sens que je dois me reconcentrer sur moi. Je dois essayer de m’améliorer avant de faire une vie avec quelqu’un. Je ne suis pas certes plus du tout si jeune. Trente ans mais j’ai besoin de me retrouver avec moi-même et essayer de me réconcilier avec mon passé.
Moussa : il a toujours été là.
Je ne dis rien.
Moussa : je suis triste, bien triste de voir que tu m’as fait miroiter durant tout ce temps.
Moi : …
Moussa : j’espère au moins qu’il saura bien prendre soin de toi.
Moi : merci.
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J’étais en train de réfléchir quand on frappe à la porte et Manila entre.
Depuis ce qu’il s’est passé, on a eu le temps de discuter en tant que mère à fille et elle s’est excusée pour ces mots et son comportement. Qu’elle regrettait d’avoir sorti des mots aussi brusques.
Moi : Pourquoi n’es-tu pas avec ton père ? (Ma fille devait passer le week-end avec Khalil.) Ne me dis pas qu’il a annulé !
Manila : non, Maman, tu sais bien qu’il ne ferait jamais ça. Il est un peu malade. Il vient d’appeler pour dire qu’il était contagieux, qu’il grouillait de microbes et qu’il voulait savoir s’il pouvait échanger son week-end avec toi.
Moi : Bien sûr que oui.
Manila : mais Diakhou vient de me dire que c’est son anniversaire le week-end, j’aimerais savoir si je peux aller chez Mammy maintenant. J’ai appelé tata et elle a dit que si tu es d’accord, elle passera me récupérer.
Moi : d’accord.
Manila : youpi, merci maman !
Elle vient me faire un gros bisou sur la joue avant de sortir en courant.
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