La maison semblait étrangement silencieuse après la confrontation.
Les murmures s’étaient dissipés, les invités s’étaient retirés dans leurs chambres, et la grande demeure des Montclair était redevenue calme.
Mais ce calme n’était qu’une illusion.
Dans les couloirs, la tension flottait encore comme une tempête qui refuse de disparaître.
Amarys marchait seule dans le jardin du manoir.
La nuit était fraîche. Le vent faisait frissonner les feuilles des grands arbres.
Elle respirait profondément, essayant d’apaiser les émotions qui tournaient dans sa poitrine.
La confrontation avec Selena avait réveillé une colère qu’elle ne soupçonnait pas.
Mais ce n’était pas seulement la colère qui la troublait.
C’était aussi Lysandre.
Son regard pendant la scène.
Sa colère.
Sa déception.
Ses mots restaient coincés dans son esprit.
— Amarys.
Sa voix derrière elle la fit sursauter.
Elle se retourna.
Lysandre s’avançait dans l’ombre du jardin.
Ses mains étaient dans les poches de son manteau, mais son regard était intense.
— Je t’ai cherchée partout.
Amarys détourna légèrement les yeux.
— Je voulais être seule.
Il s’arrêta à quelques pas d’elle.
Le silence entre eux était lourd.
— On doit parler.
Amarys soupira.
— De quoi ?
— De tout.
Il la regardait comme s’il essayait de comprendre quelque chose.
— De Selena.
— De ton héritage.
— Et de nous.
Le cœur d’Amarys se serra légèrement.
Elle secoua la tête.
— Il n’y a pas de "nous", Lysandre.
Ces mots semblèrent le toucher.
— Tu sais très bien que ce n’est pas vrai.
Elle croisa les bras.
— Tout ce qui s’est passé entre nous faisait partie d’un contrat.
Sa voix était froide.
— Un accord entre deux familles.
Lysandre fit un pas vers elle.
— Ce n’était pas seulement ça.
— Pour toi peut-être.
Amarys le regarda droit dans les yeux.
— Mais moi je n’oublie pas que tu as douté de moi.
Il resta silencieux.
— Tu m’as accusée de trahison.
— Tu as cru Selena.
Chaque mot semblait plus dur que le précédent.
Lysandre passa une main dans ses cheveux.
— Je n’avais pas toutes les informations.
Amarys laissa échapper un rire amer.
— C’est toujours l’excuse facile.
Il s’approcha encore.
— Amarys… regarde-moi.
Elle hésita.
Puis elle releva les yeux.
Et ce qu’elle vit dans son regard la troubla.
Il n’y avait pas seulement de la frustration.
Il y avait quelque chose de plus profond.
— J’ai eu tort.
Sa voix était basse.
Sincère.
— Et je le reconnais.
Amarys resta immobile.
— Mais ce que je ressens pour toi n’a jamais été un mensonge.
Le vent passa entre eux.
Les mots restèrent suspendus dans l’air.
— Tu crois vraiment que je me serais battu comme ça si je ne tenais pas à toi ?
Amarys sentit son cœur battre plus vite.
Mais elle secoua la tête.
— Je ne sais plus quoi croire.
— Alors crois-moi maintenant.
Il s’approcha encore.
Ils étaient si proches qu’elle pouvait entendre sa respiration.
— Je t’aime.
Le temps sembla s’arrêter.
Ces mots… elle ne s’y attendait pas.
Pas comme ça.
Pas maintenant.
Son cœur se serra violemment.
Mais la douleur de tout ce qui s’était passé était encore trop présente.
— Tu m’aimes ?
Elle recula légèrement.
— Tu m’aimes maintenant que tu sais qui je suis ?
Les yeux de Lysandre s’assombrirent.
— Ce n’est pas ça.
— Vraiment ?
Amarys sentit la colère revenir.
— Avant, j’étais juste une fille de la campagne.
— Une adoptée sans importance.
— Et maintenant je suis l’héritière d’une dynastie.
Elle leva la main pour montrer la bague des Valtheris.
— Alors soudainement tu m’aimes.
Lysandre serra les mâchoires.
— Tu sais très bien que ce n’est pas ça.
— Non, je ne sais plus rien.
Le silence tomba entre eux.
Amarys recula encore.
— Toute ma vie a été construite sur des mensonges.
Sa voix tremblait légèrement.
— Mes parents.
— Mon passé.
— Mon identité.
Elle le regarda.
— Et toi… tu faisais partie de ce jeu depuis le début.
Ces mots semblèrent le blesser.
— Ce n’était pas un jeu pour moi.
Mais Amarys secoua la tête.
— Peut-être que ça l’était.
Elle tourna le dos.
— Je ne peux plus rester ici.
Lysandre fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Amarys regarda le jardin sombre.
— J’ai besoin de comprendre qui je suis… sans toutes ces familles, ces alliances et ces manipulations.
— Amarys…
Il attrapa doucement son bras.
— Ne pars pas comme ça.
Elle se dégagea.
— Pourquoi ?
— Parce que tu penses que je vais disparaître ?
Il ne répondit pas.
Mais son silence était une réponse.
Amarys soupira.
— Ne t’inquiète pas.
Elle força un petit sourire.
— Je reviendrai.
Mais au fond d’elle, elle savait que ce n’était pas si simple.
Elle marcha vers la sortie du jardin.
Lysandre resta immobile.
— Amarys.
Elle s’arrêta.
— Quoi ?
Sa voix était presque un murmure.
— Si tu pars… je viendrai te chercher.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle répondit doucement :
— On verra.
Et elle continua de marcher.
La nuit l’engloutit peu à peu.
Quelques minutes plus tard, une voiture quitta silencieusement le domaine.
Personne ne la remarqua.
Personne… sauf une silhouette cachée dans l’ombre du balcon.
Victor observait la route.
Son regard était inquiet.
— Tu pars vraiment…
Il soupira.
Quelque chose lui disait que ce départ allait provoquer bien plus qu’une simple absence.
Le lendemain matin, la maison se réveilla dans la confusion.
La chambre d’Amarys était vide.
Son téléphone était resté sur la table.
Personne ne savait où elle était.
Lysandre parcourait la pièce comme un lion en cage.
— Elle ne répond pas.
Victor croisa les bras.
— Je t’avais dit qu’elle était blessée.
— Et maintenant elle a disparu.
Les parents Devaris échangeaient des regards inquiets.
— Elle ne connaît presque rien du monde extérieur…
Lysandre serra les poings.
— Je vais la retrouver.
Victor leva un sourcil.
— Nous allons la retrouver.
Le regard des deux hommes se croisa.
Pour la première fois…
Ils étaient du même côté.
Parce qu’au fond d’eux, ils savaient tous les deux une chose.
Amarys n’était plus en sécurité.
Et quelque part dans l’ombre…
Selena souriait.