chapitre 18 : la vérité et le choix

1144 Words
La pluie tombait doucement sur la route déserte. Lysandre conduisait depuis des heures. Les essuie-glaces balayaient le pare-brise dans un mouvement régulier, mais son esprit était ailleurs. Amarys avait disparu depuis deux jours. Deux jours sans un appel. Sans un message. Sans aucune trace. Les recherches avaient commencé dès le matin de sa disparition. Les familles avaient mobilisé leurs contacts, leurs réseaux, leurs ressources. Mais rien. Comme si elle s’était évaporée. Victor avait envoyé des hommes dans plusieurs villes. Les Devaris avaient contacté leurs alliés. Mais Lysandre avait compris quelque chose que les autres n’avaient pas encore réalisé. Amarys ne s’était pas enfuie au hasard. Elle était retournée à l’endroit où tout avait commencé. La campagne. Le petit village où elle avait grandi. La voiture quitta enfin la route principale et s’engagea sur un chemin de terre. Le paysage était familier pour lui maintenant. Il était déjà venu ici une fois. Lorsque leur contrat avait commencé. À l’époque, il voyait cet endroit comme un simple détail du passé d’Amarys. Aujourd’hui, il comprenait que c’était bien plus que ça. C’était l’endroit où elle se sentait elle-même. La voiture s’arrêta près d’un vieux champ. Lysandre descendit. La pluie avait cessé, laissant l’air frais et humide. Le vent faisait onduler les hautes herbes. Et au loin… Une silhouette se tenait près de la vieille maison. Amarys. Elle était assise sur la barrière en bois, regardant les champs comme si le temps n’avait jamais passé. Lysandre resta immobile pendant quelques secondes. Il l’avait enfin retrouvée. Il marcha lentement vers elle. Le bruit de ses pas sur le gravier la fit tourner la tête. Leurs regards se croisèrent. La surprise passa dans les yeux d’Amarys. — Lysandre… Il s’arrêta à quelques mètres d’elle. — Tu n’es pas très difficile à retrouver. Elle laissa échapper un petit sourire fatigué. — Je suppose que je ne suis pas très discrète. Un silence s’installa. Le vent soufflait doucement entre eux. Amarys regarda à nouveau les champs. — Comment m’as-tu trouvée ? — J’ai réfléchi. Il s’approcha un peu plus. — Et j’ai compris que tu ne fuirais pas vers quelque chose. Il marqua une pause. — Tu fuirais vers l’endroit où tu te sens chez toi. Elle resta silencieuse. Puis elle murmura : — C’est étrange. Il la regarda. — Quoi ? — Toute ma vie j’ai cru que cet endroit était la preuve que je n’appartenais pas aux grandes familles. Elle passa une main sur la barrière en bois. — Une simple fille de la campagne. Ses yeux se posèrent sur la maison. — Et maintenant j’apprends que je suis l’héritière d’une dynastie. Elle secoua légèrement la tête. — Tout ça n’a aucun sens. Lysandre s’appuya contre la barrière. — Ça en a plus que tu ne le penses. Amarys le regarda. — Vraiment ? — Oui. Il observa les champs. — Peu importe ton nom ou ton héritage. — Tu restes la personne qui a grandi ici. Elle baissa les yeux. — Je ne sais même plus qui je suis. Sa voix était plus fragile maintenant. — Amarys Devaris. — Amarys Valtheris. — Une héritière. — Une adoptée. Elle soupira. — J’ai l’impression que toute ma vie était un mensonge. Lysandre resta silencieux quelques secondes. Puis il dit doucement : — Pas toute. Elle releva les yeux. — Ce que tu ressens. — Ce que tu es devenue. — Les choix que tu as faits. Il la regarda intensément. — Tout ça est réel. Amarys détourna le regard. — Même toi ? Ces deux mots semblaient lourds. Lysandre comprit immédiatement ce qu’elle voulait dire. — Oui. Elle secoua la tête. — Je ne sais plus si je peux te croire. Il inspira profondément. — C’est pour ça que je suis venu. Amarys le fixa. — Pour quoi ? — Pour te dire la vérité. Le vent souleva légèrement ses cheveux. — Le contrat entre nos familles… Il marqua une pause. — Je m’en fiche maintenant. Amarys fronça les sourcils. — Quoi ? — Je m’en fiche. Sa voix était ferme. — Les alliances. — Les héritages. — Les jeux de pouvoir. Il fit un pas vers elle. — Tout ça n’a plus d’importance. Elle resta immobile. — Pourquoi ? Lysandre la regarda droit dans les yeux. — Parce que je t’aime. Le silence sembla figer le monde. Amarys sentit son cœur battre violemment. Ces mots… Elle les avait déjà entendus dans le jardin du manoir. Mais cette fois, c’était différent. Il n’y avait pas de témoins. Pas de pression. Pas de familles. Juste eux deux. — Tu dis ça maintenant… Sa voix tremblait légèrement. — Non. Il secoua la tête. — Je le dis parce que c’est la vérité. Il s’approcha encore. — Et si tu refuses ton héritage… — Si tu refuses les familles… — Si tu refuses tout ce monde… Il haussa légèrement les épaules. — Alors je le ferai aussi. Les yeux d’Amarys s’écarquillèrent. — Tu abandonnerais tout ça ? — Oui. Il répondit sans hésiter. — Pour toi. Le vent souffla entre eux. Amarys n’arrivait plus à parler. Pendant des années, Lysandre avait été connu pour une chose. Son ambition. Son sens du pouvoir. Et maintenant… Il disait qu’il était prêt à tout quitter. Pour elle. — Pourquoi ? Sa voix était presque un murmure. Lysandre sourit légèrement. — Parce que pour la première fois de ma vie… quelque chose est plus important que le pouvoir. Il posa doucement sa main sur la sienne. — Toi. Les yeux d’Amarys se remplirent d’émotion. Mais la peur était encore là. — Et si tu le regrettais ? — Je ne regrette que les choses que je n’ai pas faites. Il la regarda. — Et je refuse de te perdre. Amarys sentit une larme couler sur sa joue. Elle essaya de la cacher, mais Lysandre la vit. — Amarys… Elle secoua la tête. — J’ai tellement peur. Il s’approcha encore. — De quoi ? — De faire le mauvais choix. Le silence s’installa. Puis Lysandre murmura : — Alors fais le choix qui te rend libre. Elle releva les yeux. — Pas celui que les familles attendent. — Pas celui que le pouvoir impose. — Le tien. Le vent passa doucement dans les champs. Amarys regarda l’horizon. Toute sa vie avait été guidée par les décisions des autres. Ses parents. Les familles. Les alliances. Les contrats. Mais maintenant… Elle avait enfin la possibilité de choisir. Elle regarda Lysandre. Son regard était sincère. Vulnérable. Elle n’avait jamais vu cette version de lui. — Je dois réfléchir. Il hocha la tête. — Prends le temps qu’il te faut. Amarys respira profondément. Pour la première fois depuis longtemps… Elle ne se sentait plus prisonnière. Elle avait un choix. Mais au loin, quelque part dans l’ombre… Quelqu’un observait. Et cette personne n’avait pas abandonné. Selena. Et son dernier coup était déjà en marche.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD