Alex court après sa belle-mère. Encore agaçée par son mari.
" Hé ! Belle-maman ! Attendez-moi ! Ça va ?
— Alexis… trésor… va retrouver William, tu as du travail."
Il lui attrape doucement le bras.
" Je vous ai entendue avec mon père… vous vous disputiez. Pourquoi ?
— À propos de son ami…
— Le chelou ? Le docteur ?
— Je vois que toi non plus tu ne l’aimes pas beaucoup…
— Je le trouve malsain… surtout depuis qu’il m’a raconté ce qui s’était passé avec votre meilleure amie."
Elle soupire.
" Figure-toi que je suis persuadée qu’il a recommencé à battre sa nouvelle compagne. Je l’ai croisé chez le fleuriste : il achetait exactement le même bouquet qu’il offrait à Eugénie quand il la frappait…
— Ah… et il ne vous croit pas ?
— Exactement. Enfin… quand il la retrouvera morte elle aussi, il ne viendra pas se plaindre. Allez, ne t’inquiète pas pour moi, trésor."
Alex esquisse un sourire.
" Vous savez… je vous trouve vraiment chouette comme belle-mère. Vous redressez le niveau de mon père. Il a de la chance de vous avoir… et je sais de quoi je parle, pour certaines choses…"
Il lui lance un clin d’œil. Elle rougit aussitôt, malgré elle. Un souvenir lui traverse l’esprit : cette nuit passée ensemble, à l’époque où Alex ignorait encore qui était réellement Victor pour lui. Cela dit… même en le sachant, ça ne l’aurait sans doute pas empêché de coucher avec elle.
Alex rejoint son lieutenant, qui l’interroge aussitôt :
" Alors ? Divorce en vue ?
— Je ne crois pas. Mais elle est furieuse. Elle soupçonne le type, le docteur, de frapper sa nouvelle copine. Elle l’a croisé chez le fleuriste avec le même bouquet que pour celle qui est morte.
— Ah… Eh bien, dis-moi… et si on creusait un peu ce suicide ? On devrait en parler à ton oncle, relancer l’enquête officieusement.
— Je suis d’accord. Même s’il avait l’air sincère… Au fait, il a trouvé quelque chose sur les vidéos d’hier ? Celles qu’il devait regarder pendant qu’on se tapait l’autre enquête ?
— Shut up… il arrive…"
Les deux policiers se redressent, prêts à écouter leur chef.
" Bon, j’ai regardé les vidéos comme prévu. Rien d’intéressant. On distingue mal les clients… enfin, je me suis reconnu avec Gregory : nous étions ensemble, et aucun client n’est venu acheter ou rapporter ce genre de chemise."
Blake hoche la tête.
" Jordan n’a encore rien trouvé non plus. Peut-être qu’on perd notre temps… Il a pu acheter cette chemise il y a des mois.
— Reprenons dans l’ordre. On a quoi comme indices concrets ? Les empreintes avec la terre, les traces de pneus, les cheveux et bouts d’ongles de Diana, la commande des lunettes… Et comme suspects, une femme… enfin deux maintenant. Mais sûrement pas les vraies coupables.
— Oui… c’est peu. Peut-être que c’était une mauvaise idée de reprendre l’enquête. Alex et moi sommes peut-être trop proches d’elle…
— Justement. Parce que vous la connaissiez, vous la retrouverez. Je ne veux pas qu’on lâche l’affaire. On y passera des mois s’il le faut, mais je veux qu’on la retrouve."
William baisse les yeux.
" Je n’y arrive pas…
— Tu es fatigué. Rentre chez toi. Tu reviendras plus tard. Ce soir, tu es de permanence avec Bonnet."
Son cousin ricane.
" Veinard…
— Alexis peut te remplacer.
— Ça ira, commissaire.
— Va te reposer. Brigadier-chef, avec moi."
Alex lève les yeux au ciel et suit son père. Avant de partir, il se retourne et grimace en imitant leur chef, juste assez pour faire sourire son cousin.
Le lieutenant rit encore en attrapant son trench, puis rentre chez lui.
" Merlin ?…"
Il appelle, machinalement.
Le silence lui répond.
Aucun frottement, aucun miaulement.
Il en a besoin. Besoin de le voir, de sentir une présence vivante dans cette maison trop vide.
Alors il s’effondre contre le mur de la cuisine, enfouit son visage dans un coussin et hurle. Toute la colère, toute la tristesse qu’il n’arrive pas à exprimer autrement. L’envie de tout casser.
Ils étaient heureux. s**t ! ils étaient heureux… Pourquoi ce taré a tout gâché ?
Il essuie ses yeux, attrape un sachet de croquettes et sort vers la grange.
Il s’allonge à même le sol, approche son visage de la petite chatière.
"Ah… t’es là, toi. Je m’en doutais. Viens… j’ai besoin de réconfort."
À l’intérieur, Merlin ouvre un œil, puis l’autre. Il bâille longuement.
"Sherlock… sérieusement, tu serais perdu sans moi."
Il s’étire, sort lentement de l’ombre et s’approche de la main tendue. Il renifle… puis recule aussitôt.
" Tu ne comprends vraiment rien…"
Il soupire, agacé.
" Allez, Sherlock, prends ça… c’est à l’humaine. Je te la prête. Réconfortes toi avec son odeur."
William tâtonne, maladroit.
" Merlin… j’y vois rien…
Mais quel abruti, cet Anglais…"
Le chat s’avance, lui lèche le bout des doigts avec insistance, puis le pousse du museau, le guide jusqu’à ce qu’il touche enfin quelque chose.
William se fige.
Le tissu est doux. Trop doux. Glissant, satiné.
Il tire doucement.
"C’est quoi, ça…?"
Il extrait l’objet par la chatière. Une nuisette.
Fine. Légère. Élégante.
Il la fixe, interdit.
" Une… nuisette ?"
Son cœur se serre.
Ce n’est pas celle de sa compagne. Elle aimait le confort, le pilou-pilou. Même quand elle faisait des efforts, jamais ce genre de pièce. Et surtout… celle-ci est presque neuve. Le tissu est intact.
Pourquoi serait-elle ici ? Dans une grange ?
Merlin le fixe intensément, la queue fouettant l’air.
"Enfin.. Réfléchis, Sherlock. Réfléchis."
William dépose des croquettes à l’entrée, pose la nuisette sur une chaise et rentre sans un mot.
Sous la douche, il monte la température jusqu’à s’en brûler la peau. Il se savonne avec le gel douche de sa compagne. Agrumes. Son dernier favori.
L’odeur envahit la pièce, lui retourne l’estomac.
" Pense… bon sang, pense…"
Rien ne vient.
Il s’habille, trouve une boîte de conserve, mange sans faim et s’écroule sur le canapé.
Il est réveillé par des griffes contre la porte.
" Merlin…"
Il ouvre. Le chat entre, exigeant. William soupire.
"Tu veux encore des croquettes ? Tu abuses."
Il le caresse machinalement. Merlin accepte, ronronne à moitié.
William s’arrête net.
Il s’est douché. Pourtant, l’odeur d’agrumes flotte encore dans la maison. Trop présente.
Son regard glisse vers la chaise.
La nuisette.
Le chat.
La grange.
Le déclic est immédiat.
Réflexe de policier.
Il attrape un sac plastique, y glisse la nuisette sans la toucher davantage, attrape ses clés et file au poste.
Il retrouve Alex. Emballé par sa découverte :
" C'est elle ! c'est sur !! moi aussi j'ai un truc..".
Alex explique. Will sourit :
" faut prévenir le chef...".
Ils voient le commandant, qui entre dans le bureau de son frère.
Ils entrent à sa suite sans frapper.. :
" Papa, tonton... on a un truc à vous demander".
Victor soupire :
" Bon sang... est ce qu'un jour je vais pouvoir lire ce bouquin tranquille ?!
- Rentre chez toi si tu veux bouquiner tranquille...
- Bon... que voulez vous... ?
- Alors Will, il a trouvé un truc déja... vas y explique".
Blake leur montre la nuisette et explique ce qu'il en pense, Daniel est perplexe :
" Tu crois vraiment que Diana aurait fait deposer ça pour son chat ?
- Son chat est intelligent, il m'a "montré" cette nuisette. Je pense que c'est la femme qu'il avait griffé, qui a du la deposer...".
Le commissaire acquiesce :
"Possible. Il faut la faire rapidement analyser...
- Je la porte de suite... bon courage pour expliquer ton plan Alex...".
Diana somnole. Le livre posé sur ses genoux est ennuyeux. Les mots glissent sans s’imprimer.
Puis elle sursaute.
Le grondement familier de la grosse Mercedes.
Son cœur rate un battement.
Elle ne s’est pas maquillée. Elle n’a pas cherché à dissimuler le bleu sur sa joue. Pourquoi le ferait-elle ? S’il voulait qu’elle soit belle, il n’avait qu’à se contrôler.
La porte s’ouvre.
Il entre, sourire aux lèvres, un bouquet de fleurs à la main.
" Tu es ravissante… J’aime beaucoup cette robe. L’autre ne te mettait pas en valeur. Tiens… j’espère qu’il te plaît.
— Il ne fallait pas…
— C’est important de s’excuser quand on fait des erreurs."
Il marque une pause, la détaille.
" Tu n’as rien à me dire à ce sujet ?"
Diana fronce légèrement les sourcils.
Son regard se trouble. Elle détourne les yeux… puis les relève.
Quelque chose change.
Ses épaules se relâchent.
Sa respiration ralentit.
Son regard n’est plus tout à fait le même. Plus doux. Plus ancien.
Eugénie est là.
" Je suis désolée… d’avoir laissé l’autre prendre le contrôle."
Un sourire fragile.
" Elle aimait beaucoup William, tu comprends… autant que moi, je t’aime. Alors…"
Il lui caresse la joue, effleure le bleu sans un mot, puis l’embrasse.
" Tu ne t’es pas maquillée ?
— Non… je préférais être au naturel. J’avais peur que ça fasse trop vulgaire avec la robe.
— Tu as raison."
Elle va déposer le bouquet dans un vase, les mains légèrement tremblantes. Lorsqu’elle se retourne, il est déjà derrière elle. Il la saisit par les hanches.
" J’ai autre chose pour toi… ferme les yeux."
Elle obéit.
Une chaîne froide glisse sur sa peau. Elle frissonne lorsqu’un médaillon vient se poser entre ses seins.
" Il te plaît ? Je l’ai fait graver. Regarde."
Elle ouvre les yeux, prend le petit cœur entre ses doigts.
Trois noms.
Eugénie. Gregory. Tom.
" Je…"
Sa voix vacille.
" Ça me fait bizarre que le prénom de Tom soit gravé…
— Il te manque ?"
Il sourit, rassurant, presque tendre.
" Ne t’inquiète pas. Nous le retrouverons bientôt. Ce n’est qu’une question de paperasse… comme notre mariage. Comme ton acte de décès."
Il caresse sa nuque.
" Mais ne te soucie pas de ça.
— Mais…
— Chut."
Il l’embrasse à nouveau.
"Bientôt, nous aurons notre fils avec nous. Profitons de nos moments ensemble."
Elle reste figée une fraction de seconde.
Son fils est mort.
Alors… de quoi parle-t-il ?
Une peur sourde lui serre le ventre. Une pensée fulgurante : et s’il voulait tout arrêter ?
Un geste fou. Un dernier acte.
Non.
Il n’a pas fait tout ça pour un suicide collectif.
Il la fait reculer doucement jusqu’à la table.
Elle sent son corps réagir, son excitation contre elle. Cette fois, elle rompt le b****r, pose une main sur sa poitrine.
Son regard redevient incertain.
Diana lutte.
Eugénie murmure.
" Laisse moi t'aider à le contrôler"
Quelque part, très loin, une part d’elle comprend, que le plus dangereux n’est peut-être pas ce qu’il lui fait…
mais ce qu’elle accepte de devenir pour survivre.
" Attends…
— Tu as intérêt à avoir une bonne excuse."
Elle inspire, les mots lui coûtaient.
" Je… j’en ai très envie, vraiment. Mais… je me disais que… enfin… je comptais te faire une surprise demain. Tu es rentré plus tôt que prévu… je n’ai pas eu le temps de finir de me préparer."
Un léger sourire, presque timide.
" Je voulais que notre première fois soit un peu plus romantique."
Il la dévisage, surpris.
" Oh… vraiment ?
— Oui. Je sais que c’est compliqué avec elle… alors je pensais qu’après un dîner tous les deux… un peu de vin dans le spa… et puis le reste…"
Elle hausse légèrement les épaules.
" Ça nous aurait permis de repartir sur de nouvelles bases."
Elle soutient son regard perçant avec une candeur calculée.
Elle sait exactement ce qu’il se demande : est-elle sincère, ou joue-t-elle un rôle ?
Elle s’approche et remet sa cravate en place. Un geste anodin en apparence, mais chargé de sens pour lui. C’est exactement le même que Catherine fait à Victor en public.
Il sourit enfin, attendri, puis dépose un b****r sur son front.
" C’est une bonne idée… un peu de romantisme."
Il réfléchit.
" Je vais m’occuper du dîner. Pour ce soir, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
— Je n’ai pas très faim… quelque chose de léger."
Elle se dégage doucement et va vers le miroir. Elle observe son reflet, fait mine d’admirer le bijou contre sa peau. Le médaillon capte la lumière.
Tom.
Un frisson la traverse.
Un mauvais pressentiment.
Daniel croise les bras :
" Hors de question !" Son neveu insiste :
" Allez... c'est juste une photo... je peux pas mettre la mienne j'ai pas la tete de l'emplois... et lui, il est connu...". Son pere le fusille du regard :
" Je ne vais pas sur des sites d'escortes !
- Ho ça va je ne te jugerais pas... enfin...
- C'est une idée ridicule !
- Bha... on peut pas savoir tant qu'on a pas essayé... allez tonton... juste une photo... mieux. Je t'arranges les coups. Tu y vas, si elles ont l'accent, tu me fait signe, je les embarques et si elles l'ont pas... Tu me fait signe et je m'en occupe...
- Alex... c'est non !
- Super..On est pas pret, de la retrouver Didi... sympas...
- Alex...
- Désolé hein... mais Will est d'accord avec moi. Notre taré, il est de la haute...Les femmes qu'il a embauché, c'est forcement des escortes... elles n'aident surement pas un mec a kidnappé une fille, comme ça pour le kiffe... à mon avis, il les payent. Soit c'est des prostituées, soit c'est des escortes... C'est quand même logique... ".
Le commissaire reflechit... son b****d n'a pas forcement tord... :
" Je reste sur le fait que c'est une idee ridicule mais.... tu as peut etre raison...
- Ha ! tu vois... bon... donne les noms des sites d'escortes
- Mais je ne frequente pas d'escortes ! Arrêtes avec ça !
- Et ben demande à ton pote..Lui il doit en frequenter, je suis sur...
- Alexis.... tape "sites d'escortes" sur internet et fiche moi la paix ! Daniel, tu montes la mission d'infiltration avec lui...
- Victor ? T'es pas serieux ?
- Si...foutez le camps ! Moi je rentre.." Alexis donne un coup de coude à son oncle :
" Il va aller se trouver une escorte..
- ALEX ! Bon sang ! Un jour je t'en colerais une !
- Ho mais je t'en pris... Que je puisse te la rendre... tu connais le proverbe ? " l'âge avant la beauté...".".
Il se contente de lui poser la main sur l'épaule :
" Je veux que tout soit en place pour demain matin... j'espere que tu n'avais rien de prevus ce soir...".
Il les fait sortir. Ferme à clef et quitte son bureau. Laissant les deux hommes seuls. Daniel soupire :
" Merci Alex... je vais devoir decommander mon mari...
- Allez ne perdons pas de temps, ton meilleur profil ?
- Fait chier...".
Le jeune homme rigole et son oncle finit par rire à son tour.
William étend les jambes sur le bureau, bras croisés. Être de permanence avec son demi-frère ne l’enchante pas vraiment.
" T’as rien dit aux autres… ?
— Non, t’inquiète. Moi non plus, j’ai pas envie que tout le monde sache qu’on est de la même famille."
William hoche la tête, soulagé… et un peu vexé malgré lui.
"C’est pas contre lui. Ni contre toi, d’ailleurs."
Il hésite.
" C’est juste que… j’ai du mal à encaisser que ma mère m’ait menti."
Son demi-frère esquisse un sourire sans joie.
" Au moins, on a une chose en commun. Une mère morte."
Le silence s’installe, lourd.
" Je suis désolé."
William détourne le regard.
"J’avais promis de venir t’aider pour… notre père. Mais en ce moment…
— C’est bon."
Il l’interrompt, un peu trop vite.
"Tu nous files déjà de la thune alors qu’on ne t’a rien demandé.
— Ça reste plus pratique si vous êtes au rez-de-chaussée, non ?"
Il tente un ton léger.
" C’est juste une caution.
— Ouais…"
Il souffle.
" C’est sûr."
Ils échangent un regard bref. Rien de chaleureux. Rien d’hostile non plus. Juste une reconnaissance maladroite : ils sont coincés l’un avec l’autre, qu’ils le veuillent ou non.
William se lève, attrape sa veste.
"On y va ?
— Ouais."
Ils sortent ensemble pour la patrouille nocturne.
Côte à côte.
Encore étrangers… mais plus tout à fait ennemis.
Diana mange du bout des lèvres. Sa salade est fade. Rien à voir avec celles du snack où Alex l’emmenait parfois déjeuner.
Alex… Elle allait rater son anniversaire à lui aussi. Le vingt-et-un novembre.
" Quel jour sommes-nous ?
— Pourquoi ?
— Comme ça…"
Un temps.
"Tu as bien déposé la chemise de nuit au chat ?
— Oui, ne t’inquiète pas. Que veux-tu faire ce soir ?
— J’aimerais jouer aux énigmes. Catherine et moi aimions bien y jouer après le dîner… ou aux échecs.
— Il paraît que tu es très forte. Tu as presque battu Victor.
— Match nul."
Un sourire.
" Je préfère les énigmes, c’est moins long.
- Très bien. Après le dessert."
Elle sourit, sage. Comprendra-t-il mieux que les souris ?
Elle espère encore que William arrive avant demain… mais elle n’y croit plus vraiment.
Elle tente autre chose.
" Pourquoi disiez-vous que nous allions revoir Tom ? Où est-il ?"
Il rit doucement.
" Mon Amour… Il est encore dans son autre vie. Ce n’est plus un bébé. À six ans, c’est un grand garçon.
— Six ans…
— Le temps passe. Tu le reverras bientôt. Tu le reconnaitras. Tu l'as déjà reconnus. Inconsciemment."
Elle a envie de hurler. De le frapper ! Son estomac se noue.
Un enfant… imaginaire ?
Ou pire…
Elle frissonne. Si il kidnappe un enfant... Elle se mord la langue. Un kidnapping d'enfant, ça fait surement plus de bruit, que celui d'une adulte bizarre. Plus de moyens. Plus d'engouement.
Eugénie la pousse :
" Parle. Il va se méfier."
" Je.. Est ce qu'il va comprendre..? L'autre n'est pas toujours docile, mais elle commence à me laisser de la place."
Il l’observe un instant, puis tranche :
" Tu te poses trop de questions. Nous irons nous détendre dans le spa avant les énigmes.
— Comme tu veux. Tu comptes inviter à nouveau Victor ?
— Probablement. Ça te dérange ?
— Non… si ça te fais plaisir.
— Termine ton dessert. Tu voudras un thé ?
— Une infusion plutôt.
— Je demanderai à Maria."
Elle sourit, docile en apparence, déjà en train de chercher comment prévenir Victor.
Le stylo lui a été confisqué.
De retour de patrouille, les deux demi-frères sont surpris de voir de la lumière dans le bureau du commandant.
"Tu crois qu’il bosse encore ou qu’il s’est endormi là ? "demande William.
" Aucune idée. Va voir.
— Je frappe ?"
Un haussement d’épaules lui répond. Guillaume file vers la machine à café.
William toque.
" Alex ?
— Oh, Will. Ça va avec ton… demi-frère ?
— Ouais. C’était… cool. On a parlé du petit. Vous êtes encore là ?
— Cool ? Genre plus cool qu’avec moi ?" plaisante Alex en lui tapant l’épaule.
" Jamais.. Vous bossez sur quoi ? Je peux aider ?
— Dis-toi qu’ils ont trouvé mon idée géniale."
Daniel rit.
" Pas vraiment. Mais Victor pense que ça peut marcher. Il veut lancer une infiltration demain matin.
— On a le profil, tout est relié à mon portable. Les likes commencent à tomber.
— Nice. Je peux voir la photo ?
— Lieutenant Blake… si je vois un seul sourire…"
William prend le téléphone, échange un regard avec son cousin puis son oncle.
" C’est… parfait. Pas étonnant que ça plaise.
— Bon, je vais rentrer. Je pense qu’il sera satisfait," conclut le commandant
" Moi aussi. Ça va commencer à parler.
— À demain. Bon courage pour ta nuit, William.
— Merci chef."
À peine le commandant parti, Blake éclate de rire.
" Sérieux… t’avais pas une autre photo ?
— Fallait faire boomer. Qu’elles sentent le pigeon à dix kilomètres.
— Y a que toi pour ça.
— J’ai hâte de raconter ça à Didi…"
Il regarde l’écran.
"Oh… première intéressée. Canon.
— Allez, rentre chez toi et concentre-toi sur cette dure mission.
— Je prends mon métier très à cœur.Va rejoindre ton frangin super cool.
— Alex…
— Ok… demi-frangin."
Ils s’enlacent brièvement, puis repartent chacun de leur côté.
La jeune femme entre dans l’eau chaude sous le regard satisfait de son geôlier.
" Tu es toujours si pudique… c’est mignon.
— C’est un réflexe. Il fait frais quand on entre.
— Tu n’as pas à te cacher avec moi. Tu le sais.
— Je ne me cache pas…"
Elle s’approche, lentement.
"Une femme n’a pas de secrets pour son mari.
— Exactement…"
Elle sourit, s’étire avec grâce, consciente de l’effet produit, lui offrant la vue de son corps sans retenue. Catherine avait raison : la séduction est une arme.
"Ça fait vraiment du bien…
— Je devrais t’apporter des fleurs plus souvent."
Elle perçoit aussitôt la menace dissimulée derrière le ton léger.
" Tu devrais surtout être plus gentil."
Un temps.
Elle reprend.
"Je n’aime pas quand tu es trop brutal avec elle. Ça me braque. J’aime ce corps. J’aime Diana."
Sa voix se fait plus posée.
" J’étais sa conscience. Elle m’appelait Natacha. Elle a besoin de tendresse.
— J’essaie. Mais c’est elle qui me pousse à bout. Comment veux-tu que je reste calme si elle te pousse à me détester ? Si elle te fait regarder d’autres hommes ?
— Elle a dit ça sous le coup de la colère. Victor la trouvait insolente, impulsive."
Elle penche la tête.
" Et puis toi aussi, tu regardes d’autres femmes. Les escortes, avec ton ami.
— Les escortes ne sont pas là pour coucher.
— Bien sûr…
— Je ne savais pas que tu étais jalouse.
— Un peu. Toi, tu l’es bien.
— En effet. Mais c’est différent. Tu es ma femme.
— Hum… je vois."
Elle soupire doucement.
"Tu n’es pas l’ami du commissaire pour rien. Aussi rétrogrades l’un que l’autre. Le féminisme, ça ne te parle pas ?
— Ce ne sont pas des idées de notre génération, ces bêtises."
Il l’embrasse.
" Ne te mets pas ça trop en tête, mon amour".
Ses mains glissent sur elle, possessives. Elle supporte à peine le son de sa voix. Avant que son excitation ne prenne trop de place, elle se dégage.
Elle attrape une serviette, se sèche rapidement, démêle ses cheveux devant le miroir.
" J’espère que tu es meilleure en énigmes qu’en féminisme Chérie."
— Je me débrouille."
Un léger sourire.
"Victor s'étonnait de mes victoires.
— J’ai hâte de voir ça. Dis-moi… pour quelqu’un qui n’aimait pas Victor, elle passait beaucoup de temps avec lui."
Elle lui lance un regard boudeur.
" Ce n’est pas de sa faute si c’est le géniteur de son meilleur ami. Alexis n’aime pas le voir seul.
— Son bâtard est très mal élevé. Heureusement que tu ne le vois plus. Je te l’aurais interdit.
— Bâtard… on n’est plus au Moyen Âge. Il n’avait qu’à ne pas coucher avec une autre femme.
— Le pauvre… lui qui n’a jamais voulu d’enfants a quand même été capable d’en faire un.
— Pauvre Catherine surtout. Elle voulait tellement un enfant avec lui… Sois plus gentil avec Diana. Elle a besoin de te faire confiance pour accepter."
Ils gagnent le salon. Diana s’assoit sur le canapé.
"Il me faut un stylo… pour noter les points.
— Oui, bien sûr. Je vais chercher ça."
Il quitte la pièce.
Elle respire plus vite. Quelques secondes à peine. Réfléchir. Quelle énigme pourrait alerter le commissaire ?
Et surtout… laissera-t-il le papier traîner ?
Comme toujours, c’est un plan fragile, presque désespéré. Mais ne rien tenter serait pire. Elle finirait folle.
"L’espoir fait vivre", disait Granny.
Sa mère aussi.
Elle a soudain envie de pleurer en réalisant que son espoir repose sur un homme qu’elle déteste !
Enfin… qu’elle déteste bien moins que ce psychopathe.
Il revient avec des feuilles et des crayons.
" Voilà. Nous allons pouvoir commencer notre petit jeu."
Elle sourit, innocente en apparence, et prie en silence pour que William arrive avant qu’il ne soit trop tard.
Au fil de la soirée, une autre peur la ronge.
Est-ce que William pense encore à elle ?
Ou bien son ravisseur dit-il vrai ?
Peut-être que William croit qu’elle est morte. Peut-être qu’il ne l’aimait pas tant que ça…
Il avait l’air si froid. Le regard dur. Même Alex semblait distant…
Non. N’importe quoi !
S’ils donnaient cette impression, c’est uniquement parce qu’ils ne soupçonnent pas l’ami du commissaire.
Son compagnon n’était pas le meilleur flic du coin pour rien.
S’il y avait la moindre chance… il devait déjà remuer ciel et terre pour la retrouver.
Un vent froid l'effleure. Froid. Mais chaleureux. C'était étrange.
Blake profite de sa permanence pour repasser les images de surveillance des boutiques de vêtements de luxe. Devant ses sourcils froncés, Guillaume finit par s’asseoir à côté de lui.
" T’as trouvé un truc ?
— Hum… pas vraiment.
— C’est le boss sur la vidéo, non ?
— Yep. Avec son meilleur ami.
— C’est lui qui te chiffonne ? Tu crois que le chef…
— Non, non. Aucun rapport avec Diana."
Il hésite.
"C’est juste que… je sens qu’il y a quelque chose qui cloche avec son ami. Sa femme se serait suicidée après avoir secoué leur bébé. Tu crois que je pourrais avoir accès au dossier ? Discrètement. C’est le chef qui avait mené l’enquête… j’aimerais juste vérifier qu’il ne l’a pas bâclée."
Guillaume le regarde un instant.
" Peut-être… si tu me rends un petit service.
— Quel genre de service ?
— La baby-sitter qui devait garder Tom demain m’a planté.
— Oh merde… sérieux ?"
Il grimace.
"Diana s’y connaît en gosses, pas moi.
— T’inquiète, c’est juste deux heures. Tu l’emmènes au parc, vous mangez une gaufre, et voilà. Je paie.
— T’es chiant…
— Dis-toi que c’est pour toutes les fois où moi je t’ai trouvé chiant."
Il sourit.
" Et je te demande pas de faire la nounou. Je compte pas qu’il t’appelle tonton ni qu’il parle de toi H24.
— Tu me promets le dossier ?
— Ouais.
— Ok… amène-le-moi. Ça me changera les idées.
— Si tu stresses, emmène-le au ciné. C’est ta copine qui m’avait donné l’astuce pour gérer la première fois.
— Je stresse pas. Je m’occupe d’Alex toute la journée, ça peut pas être pire.
— Il a pas trop conscience du danger et il aime bien se foutre à poil. Diana dit que ça va passer.
— C’est ce que je disais… comme Alex."
Pour une fois, ils sourient tous les deux.
C’était vrai. Il avait changé depuis qu’il avait un fils. Moins renfermé. Plus respectueux, surtout avec ses collègues féminines.
Mais William avait encore du mal à réaliser que c’était son frère.
Que sa mère lui ait menti.
Que son père ait vécu toutes ces années à quelques kilomètres de la maison où il passait ses vacances.
Pourquoi ?
Son père était un homme bien. Simple. Gentil.
Si encore ça avait été un connard comme le commissaire…
Les versions ne collaient pas. Granny n’avait pas su répondre. Elle aussi était tombée des nues.
Sa fille, en revanche, avait été claire : un coup d’un soir. Elle n’avait jamais voulu en entendre parler.
Son fils était devenu toute sa vie.
Enfant, William n’avait jamais cherché à connaître son père. Ça lui convenait très bien ainsi.
Adolescent, il avait surtout encouragé sa mère à reprendre des études, à passer des concours, à refaire sa vie. Il voulait la voir heureuse, libre.
Jeune adulte, il n’avait pas compris tout de suite que l’homme qu’elle avait choisi était… v*****t. Pas seulement psychologiquement. Physiquement aussi.
Il était convaincu qu’elle ne s’était pas suicidée.
Cet homme — celui qui l’aidait à faire ses devoirs, qui lui achetait de l’alcool pour ses soirées — avait tué sa mère avec son arme.
Chez Gregory, il retrouvait la même chose. La même froideur. La même perversité tapie derrière un sourire policé. Ce regard qui calcule, qui écrase.
Il devait vérifier. Par acquis de conscience, au moins.
Savoir si cette femme s’était réellement suicidée.
Il avait essayé de faire rouvrir l’enquête là-bas, mais tout était trop compliqué. Trop verrouillé. Le coéquipier de sa mère lui avait promis d’essayer… mais ça faisait longtemps qu’il n’avait plus donné de nouvelles.
Et puis il y avait Foxy.
Elle occupait toutes ses pensées.
Il avait fait une promesse à ses parents : la ramener pour son anniversaire. La date approchait à grands pas, et il n’avait toujours aucune piste sérieuse. Cette impuissance le rendait fou.
Peut-être avait-il besoin de stimuler son cerveau autrement. Cette petite affaire menée en sous-marin pouvait l’aider à relancer la machine. Et peut-être qu’au passage… il découvrirait un lien entre Victor et le prétendu suicide d’Eugénie.
Même après cette fameuse soirée, quand Victor lui avait parlé du marionnettiste, de son double jeu, de son rôle volontairement pourri pour mieux contrer certains réseaux… William doutait encore.
Peut-on vraiment faire confiance à quelqu’un qui se complaît autant dans la zone grise ?
Au fond… il s’en moquait.
Il n’y avait qu’elle qui comptait.
La serrer à nouveau dans ses bras.
L’embrasser.
La voir sourire… râler… vivre.
Alex, tranquillement vautré sur son canapé, une pizza sur sa table basse.
Regarde les photos aguicheuses du site d'escorting.. Il scrute les moindres details.
Apparement, une des filles avait un tatouage au bras. Il avait selectionné les filles entre dix huit et vingt ans. Blonde, et d'origine Slave. Il y en avait bien plus qu'il ne le pensait, dans tout le departement..
Il secoue la tete... quel gachis... même si le site clamait qu'il n'était pas question de prostitution. Il savait comment ces filles finissaient... Souvent violées par des gros degueulasses. Voir pire.