Anniversaire

4791 Words
Gregory trouve sa compagne habillée, maquillée et coiffée comme il aime. Il lui tend le bouquet qu'il a eu du mal à trouver : — Tu m’as manqué, mon ange. Tout s’est bien passé ? — Tu y as pensé, merci, elles sont belles… oui… Maria a été très gentille… — Elle m’a raconté que tu l’avais torturée avec des histoires de fantômes… — Elle exagère… c’est l’autre… Elle l’embrasse sur la joue : — Alors ? Qu’as-tu appris à ce séminaire ? Tu avais promis de me raconter… — Pas tout de suite, ma douce… laisse-moi arriver, et profiter de toi… c’était si long… Il la prend par la taille et la fait reculer jusqu’à la chambre… elle s’y attendait… heureusement cette fois elle a une excuse : — Attends. J’ai… un petit souci… enfin elle a un souci… — Hum… dommage… — Je peux te faire quelque chose si tu veux… Il lui caresse la joue : — Ce soir peut-être… — Tu repars… ? — Je dois aller voir Victor, pour porter le cadeau à son bâtard… — Vous… enfin tu… c’est parce que je ne peux pas coucher avec toi, c’est ça… tu dis que je t’ai manqué mais tu repars déjà… — Voyons… c’est juste pour quelques heures… — Victor ne va pas s’envoler… je t’avais préparé un verre avec tes cigares favoris, tu n’y as même pas touché… — Je n’ai pas vu… excuse-moi… ne fais pas la tête, veux-tu… je vais aller boire le verre… — Tu ne m’as pas dit si cette robe m’allait bien ? — Elle est parfaite, le vert te va tellement bien. — J’ai l’impression qu’elle me grossit… — Maria m’a dit que tu avais demandé des pizzas ? — Oui…elle avais envie… — Je peux t’en ramener une pour ce soir si tu veux. — Non merci, c’est gentil, mais deux en trois jours c’est suffisant. — Allez, viens t’asseoir près de moi… tu as pensé à mettre des glaçons cette fois, c’est bien… — Je ne pourrais pas garder le talkie… ? — Pour faire peur à Maria ? Non… tu n’en as plus besoin… — C’était amusant… je m’ennuie en ce moment…elle aussi. — Ne t’inquiète pas… tu ne t’ennuieras plus longtemps, Tom revient bientôt… — Tom ? Mais ce n’est pas encore les vacances… ? — Je sais, mais il peut bien manquer un peu l’école… Elle pâlit. Le flash d’une photo qu’elle a vue dans la cave lui revient en mémoire… elle et Tom sur le banc dans le square… est-ce qu’il… ? « Tu ne dis rien ? » Diana se lève d’un bond, le cœur affolé. Eugénie n'arrive plus à tenir. — Non… non ! C’est une mauvaise idée ! C’est important qu’il aille à l’école ! Il ne faut pas… laissez Tom tranquille ! Je vous interdis de le prendre ! Sa voix tremble, monte trop vite, trop fort. — Calme-toi… — Non ! Ne l’enlevez pas ! Son père est flic, il ne vous laissera jamais faire ! Il fronce les sourcils, surpris par cette réaction violente. — Notre fils va revenir à la maison… je pensais que tu serais contente. Elle recule, blême, secoue la tête avec frénésie. — Ce n’est pas notre fils ! La phrase la dépasse elle-même. Elle halète. Dans sa tête, tout se brouille. Un enfant. Il parle d’un enfant. Elle voit déjà des mains qui attrapent, une voiture qui démarre, un cri étouffé. — Je t’en supplie… ne fais pas ça… laisse Tom tranquille… je ferai ce que tu veux. Je resterai. Je serai une bonne femme, je te promets… mais pas lui… pas un enfant… Elle pleure, s’accroche à sa chemise, incapable de se contenir. Elle sent que quelque chose lui échappe, que plus rien ne répond. Eugénie est silencieuse. Absente. Plus de voix pour guider, plus de masque pour jouer. Il soupire, lasse. — Tu n’es pas raisonnable… Alors, sous le coup de la panique, elle le gifle. Le bruit claque dans la pièce. Elle regrette aussitôt. Le choc en retour est brutal. Sa tête part sur le côté, ses jambes fléchissent. Elle vacille, désorientée. — Ça suffit. Elle se débat quand elle sent la piqûre dans son cou, griffe ses mains, se débat de toutes ses forces. — Non… ne touchez pas à Tom… je vous en supplie… Sa voix se brise. Les forces la quittent. — Tom sera bientôt avec nous… murmure-t-il. Nous serons heureux ensemble. Tu dois te reposer maintenant. Tu n’es pas dans ton état normal. Il la soulève, la dépose sur le lit. Elle s’accroche encore, faiblement, ses ongles raclant sa peau, inutilement. Alors que le sommeil forcé l’envahit, une pensée claire la traverse, douloureuse et lucide. Eugénie, la vraie, l’avait écrit. Il lui faisait croire qu’elle était bipolaire. Qu’elle était instable. Qu’elle imaginait. Les larmes coulent sans bruit. — Ne… prenez… pas… l’enfant… Il la borde doucement, comme si tout était normal. — Je reviens vite. La porte se referme. Diana lutte contre l’obscurité qui l’aspire. Elle se bat contre le sommeil, contre la peur, contre l’oubli. Prévenir quelqu’un. Prévenir William. N’importe qui. Avant qu’il ne soit trop tard. Gregory soupira. Il s’attendait à une résistance en découvrant le gamin. Un peu de panique, quelques larmes peut-être. Mais une gifle ? Non. Ça dépassait ses prévisions. Il réglerait ça plus tard. Plus sévèrement. Pour l’instant, il prit le cadeau et se rendit au commissariat. Il entra comme chez lui, salua l’agent d’accueil d’un sourire familier. On le reconnaissait. Toujours bien mis. Toujours sûr de lui. Il frappa à la porte du commissaire et entra aussitôt. — Bonjour Victor. Je ne te dérange pas ? — Te voilà ! Tu ne me déranges jamais. Alors, ce séminaire ? — Nadia était ravie. Et moi aussi, très instructif. Il posa le paquet sur le bureau. — Je suis passé déposer un petit cadeau pour Alexis… c’est son anniversaire, non ? Victor se figea. — Oh merde… - Tu as oublié ? Une voix féminine s’éleva derrière eux. — Évidemment qu’il a oublié. Catherine entra, parfaitement droite, sourire acéré. — Tu devrais avoir honte, Victor. Heureusement pour toi, quelqu’un pense à ce genre de détails. — Catherine… ravi de te voir moi aussi, répondit Gregory avec un sourire faussement chaleureux. — Gregory… le monde ne tourne pas autour de toi, lança-t-elle sans même le regarder. Victor l’embrassa, un peu gêné. — Merci chérie… Je comptais inviter Alexis et William au restaurant ce soir. On pourrait y aller tous ensemble ? — Oh… tu ne veux pas que je vous laisse en famille ? demanda Gregory, faussement humble. — Tu es de la famille, Gregory, répondit Victor. Le sourire de Catherine se fit plus large. — Dans ce cas, chéri, invite aussi ton frère et son mari. Elle se tourna vers Gregory. — Et tant qu’à faire… pourquoi ne viendrais-tu pas avec Nadia ? — Pourquoi pas… je vais lui demander, répondit-il, — Tu n’auras qu’à m’envoyer un message, Victor. — Encore faut-il qu’Alexis accepte, marmonna Victor. — Il acceptera, trancha Catherine. J’ai déjà évoqué une soirée au restaurant à William. Le commissaire soupire — Alors, qu’as-tu prévu comme cadeau ? — Quelque chose qu’il voulait depuis longtemps. — Tu n’as pas fait de folie, j’espère… — Voyons… c’est ton fils. Je n’allais pas lui offrir une boîte de chocolats. Victor plissa les yeux. — Hum… Grégory sourit : — Je te laisse le mien, si ça ne te dérange pas. Je vais rentrer me reposer avant ce soir. — Pose-le sur le bureau. On se rejoint ici de toute façon. — À tout à l’heure, alors. Et merci. Gregory se retira, déjà en train de composer un message pour sa compagne de façade. Catherine le suivit du regard, sourcils froncés. — Tu étais obligé de l’inviter, évidemment… — Oh, ne commence pas… Dis-moi plutôt ce que tu lui as offert, que je ne sois pas surpris. — Une moto. — Une moto ?! Victor blêmit. — Mais… enfin… ! — Tu ne savais pas qu’il avait son permis moto, je présume ? — Ce n’est pas ma faute s’il te parle plus à toi qu’à moi ! — Je lui pose simplement des questions, répondit-elle avec douceur. — Et ne t’inquiète pas pour l’argent. William a participé. Et Daniel lui a offert un équipement complet. — Tu es sûre qu’il est assez responsable pour conduire un engin pareil ?! — Bien sûr que oui. Elle tapota le bureau. — Fais-le venir. Qu’on lui souhaite son anniversaire correctement. Victor soupira et décrocha le téléphone. — Lieutenant ? — Oui, commissaire ? — Le brigadier-chef est avec vous ? — Oui. — Qu’il vienne dans mon bureau. Tout de suite. Dix minutes plus tard, Alexis entra. — Qu’est-ce qu’il y a d’aussi urgent ? Il sourit en voyant Catherine. — Oh… ma belle-mère préférée. — Alexis, viens là. Elle l’embrassa sur les joues. — Bon anniversaire, trésor. — Heu… merci… — Bon anniversaire, Alexis, ajouta Victor. — Tu ne m’en voudras pas si je ne t’embrasse pas… — Je ne m’attendais pas à ce que tu y penses déjà… merci. — Chaton, comment aurait-il pu oublier ton premier anniversaire avec nous ? Catherine sourit. — Il m’en parle depuis plusieurs jours. Victor détourna le regard. — Ce soir, nous dînons tous ensemble pour fêter ça. Non, ne cherche pas d’excuses. William m’a dit que la soirée entre collègues était à vingt-trois heures. On a donc largement le temps. — C’est gentil mais fallait pas… — William sera des nôtres, bien sûr. Elle ajouta, malicieusement : — Et il a ton cadeau. — C’est pour ça qu’il a ce sourire idiot depuis ce matin… — Allez, retourne travailler. On se retrouve ce soir. — J’imagine qu’il faudra que je me change… — Tu imagines bien. William a tout prévu. Alexis embrassa Catherine avant de sortir. Dans le couloir, il retrouva son cousin. — Tu aurais pu me prévenir que ma belle-mère m’organisait une soirée. — Ça n’aurait plus été une surprise. — J’ai pas vraiment le cœur à fêter ça sans Didi… — Justement. J’y ai réfléchi. Diana voudrait que tu passes une bonne soirée. Regarde dans le tiroir de mon bureau. Alexis obéit et trouva un petit paquet. — C’est de sa part. Elle l’avait trouvé il y a des mois. Je devais le cacher ici pour qu’elle ne te le donne pas avant aujourd’hui. — Elle est trop mignonne, ta copine… — Ouvre. Moi aussi, je veux voir. Il déballa le paquet et sourit aussitôt en découvrant la peluche. — J’adore ! — C’est le perso qui drague tout ce qui bouge ? — Exactement. Beau gosse, charmeur… tout à fait moi. — Tu vas le mettre où ? — Chez moi. Ou ici. Ou dans la voiture… Il rit. — Peu importe ce que vous m’avez acheté avec belle-maman, Didi a mis la barre très haut. — Crois-moi, boy… tu n’es pas prêt pour le cadeau de Catherine. — C’est quoi ? Non, dis rien ! Une montre de luxe ? Ou un strip-tease ? Ils furent interrompus par Sophie, qui entra en faisant mine de n’avoir rien entendu. " lieutenant ? La nuisette, je crois que j'ai trouvé quelque chose - tu as dechiffré le message ? - non, mais il y avait autre chose, sur la derniere etiquette, des points... - des points ? - oui, regardez... vous avez bien dit qu'elle travaillait avec des personnes aveugles ? - oui... tu veux dire que c'est ? - du braille... enfin, pas en relief mais oui ça en est... - tu as pu le traduire ? - c'est un prenom, Eugene je pense... - rentre les noms dans les fichiers, voit si ça match avec des affaires, bon travail... - je m'en occupe... ha et bon anniversaire brigadier-chef... - ha quand meme ! Je me demandais quand t'allais me le souhaiter...". Elle leve les yeux au ciel et part se mettre au travail. William soupire : " encore un truc ou je suis passé à côté... - hé... arrete... c'est toi qui a trouvé la nuisette, penser à l'étiquette... - quelque chose me chiffone dans ce prenom... Eugene... - ça colle avec ce qu'on s'imagine du kidnappeur... bourge, la cinquantaine... - oui... bon allez... continuons de chercher notre deuxieme complice... si on choppe l'une d'elles, elles parleront... pour faire tomber une monarchie, il faut retourner le peuple contre lui... - c'est pas un Anglais qui va apprendre à un Français comment abolir une monarchie... - je ne suis pas que Anglais... - Tu t'appelles William Blake... tu as tendance à rouler le plus à gauche de ta droite et tu bois du thé à 17 heures... t'as plus prit de l'Anglais mec...". Dans le bureau de son mari, Catherine feuilletait distraitement un roman, installée dans le petit fauteuil du coin salon. Victor, d’ordinaire si posé lorsqu’il travaillait, n’arrêtait pas de bouger. Il passait de son bureau à la fenêtre, retirait sa veste pour la remettre aussitôt, allumait une cigarette qu’il jetait deux secondes plus tard par la fenêtre ouverte. — Toi… quelque chose te tracasse. — J’essaie de penser comme Diana, mais ça ne sert à rien. Je ne trouve rien. Catherine sourit, amusée. — Chéri… tu es froid, méthodique, avec une logique très cartésienne. Diana est tout ton contraire. Tu ne peux pas penser comme elle. Elle referma le livre. — Laisse William faire ça. Toi, mets-toi plutôt à la place de son ravisseur. Lui, en revanche, a l’air de fonctionner comme toi. — Merci pour la comparaison. — Arrête de t’agiter. Vous cherchez quelqu’un dans l’entourage de Diana, mais ça peut très bien être quelqu’un dans l’entourage de son entourage. Un ami de la famille. Un collègue de son père. Une connaissance de son beau-père croisée à leur mariage… Elle haussa les épaules. — Vous n’explorez pas assez de pistes. Victor s’arrêta enfin de marcher. — Et la nuisette… vous partez du principe que c’est forcément quelqu’un de riche. Ça ne veut rien dire. — Hum… Un silence s’installa. Catherine observa le livre entre ses mains, plissa les yeux. — Dis donc… depuis quand tu cornes les pages de tes livres ? — Quoi ? — Je croyais que tu avais horreur de ça. Elle lui montra le roman. Victor fronça les sourcils, le prit machinalement. — Ce n’est pas le mien… Je l’ai emprunté à Gregory. Il resta figé une fraction de seconde. Gregory, qui détestait les pages cornées. Gregory, toujours avec ses marque-pages bien rangés. — Victor ? Catherine s’était levée. — Tu es tout pâle… ça va ? — Oui… j’ai dû me lever trop vite. Elle l’observa, attentive. — Aliénor faisait ça, tu te souviens ? Elle t’avait corné toutes les pages d’un de tes vieux bouquins poussiéreux. Elle sourit à ce souvenir. — Tu lui as lancé des regards noirs pendant deux semaines. C’était ridicule. Victor serra légèrement le livre. — Je me suis retenu de ne pas lui hurler dessus… Il releva lentement la tête. — Diana a cette manie aussi. . Pendant qu’ils discutaient au commissariat, Gregory était rentré chez lui. Sa prisonnière dormait encore. Il lui attacha les poignets sans brusquerie et la descendit à la cave, la déposant sur la petite couchette. — Pardonne-moi… Son regard s’attarda sur la photo où elle apparaissait avec l’enfant. Tom. Victor et Eugénie avaient tout fait pour lui faire croire que cet enfant était celui de Victor, comme prévut. Mais Gregory avait toujours su. L’enfant n’était pas de lui. Il était celui du Marionnettiste. Il envoya un message à Nadia. Passer au commissariat, souhaiter l’anniversaire d’Alexis, rester quelques secondes. Appuyer. Le reste se ferait tout seul. Il caressa doucement le visage de sa compagne endormie. — Je rentrerai tard… repose-toi. À la gouvernante, il donna des consignes sèches. Elle hoche la tête. — Tu devrais partir, murmura-t-elle. Victor avait déjà des doutes pour Eugénie. — Pas sans l’enfant. - Il est intelligent, il finira par comprendre. Il sourit chaleureusement à sa gouvernante.. Celle qui l'avait élevé. Lui avait tout pardonné. — Victor croit toujours que tu ne parles pas français. Ne t'inquietes pas. Il partit sans se retourner. Une montre, pour ne pas être en reste face à Catherine. Puis un message : rendez-vous à dix-huit heures. Il avait encore du temps. Des vêtements pour Tom. Des livres. Ce qu’il y avait de mieux. Gregory surveille de loin, Nadia parler gaiement avec Guillaume... cette petite trainée ne peut pas s'empecher de faire du charme... il lui demande de le rejoindre dans le parc non loin du poste par sms. Un quart d'heure plus tard, la jeune femme se fait entrainer à l'abris des regards, et reçoit une gifle : " tu ne peux pas t'en empecher ! Je t'avais dit de rester discrete ! Et toi tu fait du charme au premier venu ! - c'est lui qui m'a parlé... il... il m'a proposé une cigarette j'en avais plus... pardon... - j'espere au moins que tu as pu piraté son portable ! - oui... oui c'est bon.... - tu enverras le messages quand je te le dirais... demain, Victor et Catherine viennent dejeuner, fait toi belle... - oui... - fait attention Nadia... n'oublie pas d'où je t'ai tiré... et qui paye tes études...". Il lui carresse la joue et retrouve son ami à la sortie du poste...: " Victor, où sont les autres ? — Cathe nous attend déjà au restaurant. Les garçons sont allés se changer. Il lui tend un paquet. " Tiens, ton cadeau. — Merci… Je lui ai pris une petite bricole en plus. — Il ne fallait pas. Catherine lui a offert une moto…J’ose même pas imaginer ce qu’elle a prévu pour Diana. — Justement… du nouveau ? — Toujours rien. Mais William a promis à ses parents de la retrouver avant son anniversaire. — Il ne reste plus beaucoup de temps… pauvre garçon. Toujours bon pour déjeuner demain, Vic ? Ça va ? T’es pâle. — Oui… un petit malaise, rien de grave." Le cœur de Victor battait trop vite. Comment Gregory connaissait-il la date d’anniversaire de Diana ? — Tu devrais consulter, insista Gregory. Tu veux que je t’ausculte demain ? — Non. Le surmenage. Et je n’ai pas mangé ce midi. — Si tu le dis… — Allons-y. Les garçons ne reviendront pas ici, être vus en costume pour Alexis, c’est la honte absolue. — Et évite l’alcool ce soir. — Ne fais pas ton médecin. Ils arrivèrent en même temps que les autres devant le restaurant réservé par Catherine. Alexis se pencha vers son cousin. — Il fout quoi là, lui ? — C'est un peu comme un oncle…Allez, fais pas la gueule. Alexis sourit quand Gregory s’approcha. — Bon anniversaire, Alexis. Trente-deux, c’est ça ? — Exactement. — Tiens. Un petit présent… et un autre de la part de Nadia. — Merci. J’ouvrirai à l’intérieur. Daniel m’a appelé, ils arrivent dans pas longtemps. À table, Alexis ouvrit les cadeaux. Il s’arrêta sur la montre. — Oh… elle est superbe. — Incassable. Et étanche. Pour un homme de terrain, il faut du solide. — Il fallait pas… Il regarde sa bière "En plus, c’est ma préférée. Diana riait toujours quand j'en buvait." Victor se contenta d’une gorgée d’eau. — Je ne savais pas que tu aimais cette marque. — Tu m’as jamais demandé, papa. — Belle intuition, Gregory, lâcha Victor, un peu trop vite. — C’est Nadia qui m’a guidé. Alexis leva sa coupe. — C’est sympa qu’elle soit passée s’excuser. — Les premières années d’infirmière sont compliquées, commenta Gregory. Catherine posa une main sur le bras d’Alexis. — Et si on allait voir ton cadeau, en attendant ton oncle ? — J’ai hâte. William a été mystérieux toute la journée. William lui adressa un clin d’œil. — Tiens, voilà les clés. J’ai… modestement participé. — Modestement ? intervint Catherine. Il a été tout sauf radin. — J’ai choisi la couleur, ajouta William. — Attendez… Il observe les clés. Elles ouvrent quoi, exactement ? Catherine se leva. — Viens, tu vas comprendre. Dehors, elle ôta son foulard et lui banda les yeux. — Oh… intéressant…C’est des clés de menottes coquines, c’est ça ? Victor leva les yeux au ciel et attrapa son fils par la nuque. — Méfie-toi que ce ne soit pas des vraies. — Je préfère que ce soit Catherine qui me guide, répondit Alexis. T’es un peu trop brutal pour moi. Sa belle-mère lui fait faire quelques pas. — Tu peux enlever le bandeau, trésor… Bon anniversaire. Alexis reste figé. William pose ses mains sur ses épaules. — Happy birthday, Alex. Alors… la couleur te plaît ? — Mais… c’est… Il déglutit. C’est ça mon cadeau ? Vraiment ? — Au départ, j’étais parti sur une machine à café, avoue William. Catherine m’a convaincu de participer. — C’est… Il rit, un peu étourdi. Je sais même pas quoi dire… Il enlace William, puis embrasse sa belle-mère. — C’était pour ça toutes ces questions sur le permis moto ? Catherine acquiesce, ravie. Alexis remercie son père, qui sourit. — De rien. Il fallait bien rattraper trente-deux cadeaux manqués. Mais interdiction de rouler sans casque. — Promis. Daniel et son mari arrivent à ce moment-là. — En parlant de casque…Bon anniversaire, mon garçon. Casque, gants, blouson et pantalon en cuir. Si je te vois conduire sans, je te retire le permis. — Promis, juré ! Son mari lui tend un second sac. — Et un deuxième équipement. Parce que je te connais… tu ne résisteras pas à l’envie d’emmener de jolies passagères. — Oh que oui ! Il secoue la tête, ému. Mais… c’est énorme. Cette moto coûte une fortune. J’en rêve depuis des années… Catherine l’embrasse sur la joue. — Et moi, j’ai toujours rêvé d’avoir un beau-fils à pourrir gâté. Au moindre souci, tu vas chez le concessionnaire. Il est prévenu : tu viens de la part de Victor. Le commissaire rit nerveusement. — Oui, enfin… ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi. Sois prudent. Bon, on retourne à l’intérieur ? Ils regagnent le restaurant. Victor prend Catherine par le bras et murmure : — Et donc… s’il la casse, c’est moi qui paye ? — Victor… la moto a été payée avec mon argent et celui de William. Tu peux bien prendre en charge quelques frais, non ? — Quelques frais ? Tu sais combien ça coûte, une pièce sur ce genre d’engin ? — Arrête de faire ton radin, c’est fatigant. C’est ton fils, bon sang. Et rassure-toi : je paie aussi le restaurant. Tu me rembourseras juste la part de Gregory. — La prochaine fois, demande-moi mon avis. — Pour que tu sois rabat-joie ? Je m’en passerai. Les plats sont commandés dans une ambiance globalement joyeuse. William, pourtant, remarque que Victor est ailleurs. Trop silencieux. Trop en retrait. Le commandant s’en rend compte lui aussi et murmure à son frère : — T’as un souci ? La moto passe mal ? Pourtant, c’est Cathe qui a payé. — Ce n’est pas ça. Je passe chez toi après. — Ah… Il l’observe. C’est important alors. Mais souris un peu… c’est un anniversaire, pas un enterrement. Victor hoche la tête, demande du vin… et sert son lieutenant.. Tu n’es pas en service ce soir… D’ailleurs, as-tu réfléchi à ma proposition ? — Merci… oui. Mais j’aimerais attendre d’avoir retrouvé ma compagne. Elle aura besoin de moi, et j’aimerais prendre un peu de temps pour elle à son retour. — Bien sûr. Ne t’inquiète pas. J’ai besoin d’une réponse rapide, mais le poste ne sera pas vacant tout de suite. Je suis certain que d’ici là, Diana sera de retour. Donc… c’est un oui ? — Of course. — Parfait. Et toi, Alex ? Tu veux toujours devenir major ? — Disons que je peux tenter… Daniel lève son verre. — On ne change pas une équipe qui gagne. C’est bien que vous puissiez évoluer ensemble. — J’espère qu’un jour, Alexis sera mon lieutenant, ajoute Victor. — En attendant, je vais devoir m’habituer à t’appeler capitaine, sourit William. Ça fait bizarre… mais ça te va bien. Catherine soupire. — Évidemment, tu ne pouvais pas t’empêcher de parler travail, Victor… Gregory les félicite avec chaleur : — Il a raison de vous faire confiance. Si mes internes pouvaient être aussi honnêtes et travailleurs que vous… Je suis sûr que ta petite amie serait fière de toi. William sourit. Mais Victor, lui, ne sourit plus. Son regard s’est figé. Il observe les mains de Gregory. — Tu as suivi mon conseil ? demande-t-il soudain. — Lequel ? — Prendre un chat… pour tes problèmes de rongeurs. Gregory esquisse un rire. — Ah, à cause des griffures ? Non. Figure-toi qu’un de mes jeunes patients a réussi à faire entrer son chat dans sa chambre. Sa petite sœur l’avait caché dans un sac à dos. Quand j’ai soulevé la couverture pour l’ausculter… Il m’a griffé. Victor hoche lentement la tête, mais son esprit est ailleurs. Des griffures. Longues. Défensives. Il se souvient très bien de cette phrase. La mère de Diana, l'avait dit plusieurs fois : « Quand elle est en colère… elle griffe. Elle l’a toujours fait. Même enfant. » — Heureusement, reprend Gregory, le chat n’est pas sorti de la chambre. J'étais furieux, mais son moral s’est nettement amélioré… Alors je l’ai laissé le garder pour la journée. — C’est… sympa, murmure Alexis. Victor, lui, ne boit pas. Il fixe encore les mains de son ami. Puis détourne le regard. Ils terminent le dîner assez tôt, comme promis. À la sortie du restaurant, Alexis remercie une dernière fois sa belle-mère. — Merci pour la moto… et pour la soirée. Vraiment, il ne fallait pas. — Arrête de culpabiliser. Comme l’a dit Victor, il fallait rattraper trente-deux ans de cadeaux. Et puis… je n’ai pas d’autres beaux-fils à gâter. Remercie surtout William, il m’a aidée à la choisir. — J’ai hâte de l’essayer. Je vais enfin me servir de mon garage. — J’espère que ça vous a un peu changé les idées à tous les deux… Même si j’aurais aimé qu’elle soit avec nous. — Oui. C’était parfait. Elle aurait sûrement fait un malaise en voyant un cadeau aussi dangereux… Catherine enlace Alexis une dernière fois et le laisse partir avec William. Les deux hommes vont se changer pour rejoindre leurs collègues, décidés à revenir chercher la moto dans une tenue plus appropriée qu’un costume de soirée. Victor fume une cigarette aux côtés de Gregory. — Tu dois être content qu’il ait accepté le poste de capitaine. Tu en parlais depuis longtemps. — Oui… Je me sens un peu coupable de lui avoir proposé dans ces circonstances. Diana n’était pas vraiment pour. — Il n’a pas l’air très ambitieux. — Un peu plus qu’Alexis. La rumeur qu’il est mon fils commence à courir au poste… J’espère que William le convaincra de passer le concours de lieutenant. Catherine soupire, lasse. — Mon pauvre chéri… Toi qui ne voulais pas d’enfants, tu te retrouves avec un bâtard, et en plus, il n’a aucune ambition… — Oh, ça va…Je ne dis pas ça méchamment. Mais simple brigadier… ce n’est pas honteux, certes. Seulement, à son âge, Daniel et moi, étions déjà lieutenant. — Je croyais que tu mettais tous tes hommes sur un pied d’égalité… Commandant ou gardien de la paix. Enfin, ça, c’est ce que tu dis dans tes beaux discours. — Tu me reproches de ne pas m’occuper de lui, et quand je dis que je veux qu’il ait une meilleure place, tu n’es pas contente non plus ! — Ce n’est pas pour son bonheur que tu veux qu’il monte en grade. C’est pour le tien. — C’est faux ! C’est un crime de vouloir être fier de son fils ? — Commence déjà par te souvenir de son anniversaire. Je rentre à la maison… enfin, à ta garçonnière. À demain, Gregory. Elle embrasse Victor, qui marmonne un vague « à tout à l’heure ». Gregory prend congé à son tour. Victor reste seul quelques secondes. Les griffures. La phrase de la mère de Diana. Le malaise qui refuse de passer. Gregory s'empresse de rentrer chez lui. Une fois Tom enlevé, pense-t-il, il faudra déménager. Le temps de préparer leur départ vers la Grêce. Maria fera le ménage. Sa compagne sera installée dans l’ancien pavillon de chasse. Un lieu chargé d’histoire. Celui de la mère de Victor, et de Daniel. Là où elle avait élevé les enfants du maître des lieux. Avec les nourrices, et Maria. Et lui. Le fils d’une employée.
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