Elle resta immobile un long moment ; bailla distraitement puis s’assit en le regardant sans gêne. Puis comme se rendant seulement alors compte de la présence du jeune homme, elle sursauta et se leva en pliant avec dextérité le pagne qui recouvrait il y avait quelque temps une partie de son corps. Elle interrogeait du regard le jeune homme qui toujours pris dans l’engrenage de la beauté de la jeune fille ne faisait rien sinon sourire pour la mettre en confiance. - Bonsoir ! dit elle tout gravement.- Bonsoir. J’étais au marché le jour de votre sortie du couvent. Mais que faite vous ici ? - Euh… non désolée ne soit pas offusqué par ma présence je…, bégaya-t-elle sans se rendre compte qu'elle le tutoyais.- Tu ne dois pas rester là, répliqua Tognawo.
Il se leva et pour la convaincre de sa bonne foi se lança dans un juteux discours qui fit sourire la jeune femme.
- Alors tu me pardonne ? demanda t-il quand il se dit qu’elle ne pouvait plus avoir peur de lui.
Mais au lieu de lui répondre elle éluda la question et dit tout simplement en se rasseyant su la natte.
- Je vois. Je me suis assoupi sans m’en rendre compte.
Il remarqua qu’elle avait des yeux striés preuve qu’elle avait encore besoin de beaucoup de repos. Il engagea une discussion faite de banalités. Tout paraissait si simple qu’il n’imagina pas une seule minute le fait qu’elle ne pouvait devenir sienne quand. Au moment de partir, il déclara « A bientôt Essi ! » mais elle corrigea : - Je ne m’appelle plus Essi maintenant que je suis sorti du couvent. Mon nom est EWOKPE. Tel est le nom que m’a donné ma mère avant sa mort aussi je ne pense pas que nous devrions nous revoir. Je suis maintenant toute dévouée à mon vodou et je ne peux me permettre le privilège de ta compagnie.
Elle tourna ensuite les talons et s'en alla d'une démarche gracieuse. Cependant le jour suivant, il vint la retrouver à la même place et elle ne fit pas de manière. Ils restèrent là discuter de tout et de rien comme de très vieux amis. Tognawo ne pouvait plus vivre une journée sans voir sa nouvelle amie. C’était devenu comme un pèlerinage qu’il devait faire tout les jours pour se heurter à l’obstination d’une Ewokpe qui disait n’avoir pas le droit de se fiancer au risque de réveiller la colère de son vodou à qui elle avait été promise. Lui de son côté aimait un peu plus chaque jour cette jeune femme si douce si humble qui de peur d’être victime d’une malédiction de son dieu-vodou restait sur ses gardes. Une semaine après leur première rencontre, un soir alors que le jeune homme était venu la voir et tous deux assis sur la même natte parlaient à voix basse de ce qu’ils voulaient chacun de son côté faire de son avenir, Le ciel commença par être secoué par de puissants éclairs.
Ewokpe se leva précipitamment ; roula sa natte et prenant par la main le jeune homme, le tira presque pour lui demander de la suivre.
- Ne restons pas ici. La pluie risque d’être violente.
Il la suivit docilement et ils allèrent s’abriter sur la véranda du père de la jeune fille. Les gouttes d’eau commencèrent à tomber drues. Dans la profondeur argentée de la pluie les arbres les maisons se dessinaient avec une parfaite netteté. Tognawo ressentait un certain bien être de vivre cet instant magique avec celle qu’il aimait. Cependant elle autre avait l’esprit peu tranquille ; semblable à une souris qui voit approcher un chat et qui ne peut rien sinon attendre l’ennemie et l’affronter. Ce fut d’une voix discordante qu’elle annonça.
- Regarde là mon père arrive. - Il est tout mouillé ; c’est dommage. Je vais aller l’aider. Ce qu’il porte sur la tête doit être très lourd et cela semble le ralentir. - Non !
Il se retourna vers la fille et la regarda avec surprise. Elle continua par remuer la tête pour l'en dissuader mais il ne comprenait pas le pourquoi. Le vieil homme arriva tout ruisselant et sans se donner la peine de répondre au bonsoir du jeune homme le toisa méchamment. - Que veux-tu exactement de ma fille jeune homme ? Tu n’es pas le bien venu chez moi et je te prie de t’en aller maintenant.
Ewokpe tenta de parler mais son père lui imposa silence. Le jeune homme se leva timidement. Les mots se brouillaient dans sa gorge. L’arrogance de cet homme le dépassait. Un sentiment aigu d’impuissance s’empara de lui et il se retourna vers la jeune femme, quémandant du regard son appui mais il lu dans ses yeux une muette supplication : « Pars je t’en prie. Pars sans aggraver ta situation plus qu’elle ne l’est déjà. Pars !»
Comment riposter si celle pour qui il voulait lutter n’était pas prête à le soutenir ? Sans rien dire il s’élança dans la nature sans soleil. Ses yeux étaient emplis de larmes .Tout s’étaient passé si vite. D’abord l’orage puis la massacrante humeur du papa. Et il n’avait pu dire l’essentiel de sa visite. Comment pouvoir maintenant convaincre la jeune femme de son amour pour elle. Il lui avait annoncé qu’il devait quitter le village pour aller étudier la médicine et elle avait semblé affectée par cette nouvelle mais il n’avait pas encore eut assez de courage ni de temps pour lui déclarer les mots d’amour qu’ils avait appris par cœur.