Tout a commencé en un dimanche ensoleillé qui appelait à la promenade. Mais où aller ? Agoè n’était encore qu’un grand village où le seul spectacle facilement accessible était cette brousse qui s’étendait à perte de vue et qui par temps était rompue par une poignée de maison souvent inachevées. Mais il y avait aussi le marché qui s’animait tout les cinq jours. Ce jour là, Tognawo n’eut-il dirigé ses pas vers ce marché africain que sa vie aurait suivit une voix parallèle à celle de sa présente femme Ewokpe la fille du couvent. Le bruit uniforme, incongru similaire à celui que fait un groupe de mouche autour d’un animal décomposé, s’élevait haut dans la nature puis se perdait dans le ciel ; avalé par les nuages de formes irrégulières qui paresseusement se promenaient sans but. Par-ci, par-là criaient des femmes ; faisant l’apologie de leurs marchandises qui pour la plupart étaient de qualité douteuse. Des enfants en haillons pieds nus couraient derrière les taxis qui arrivaient avec des passagers et des marchandises. Les enfants se bousculaient chacun cherchant à mettre main sur une marchandise afin de la porter pour le propriétaire pour une somme le plus souvent dérisoire. Tognawo eut pitié de ses enfants portefaits qui se dépensaient pour des paie on ne peut plus dérisoire alors que les écoles étaient presque vides et que les affiches de sensibilisation accrochées sur presque tout les murs criait qu’il faut scolariser les enfants. Ainsi se présentait l’entrée principale du marché d’Agoè où, l’on avait érigé pour protéger le marché un grand vodou. Vodou autour duquel une foule de personne formait un large cercle. Le son du tam-tam mêlé a celui du gon et autres instruments de musique traditionnelle qu’accompagnait. Le chœur des adeptes du vodou, s’assimilait mal à celui initial de la foule démesurée du marché. Ce fut ce chant qui attira l’attention de Tognawo ce jour là. Il voulu résister à l’envie de regarder mais n’y arriva pas. Au milieu du cercle était une jeune femme qui esquissait une danse endiablée. Elle pirouettait sur elle même avec furie ; sautait en l’air et se laissait sauvagement abattre contre le sol sans gémir. Le spectacle, était hallucinant. Elle tirait sans management sur ses cheveux d’ébène qui ruisselait sur son visage ; se collant ainsi à sa peau grâce a l’abondante sueur qui s’enfuyait de son corps. Tognawo l’a regardait avec ébahissement mais c’était bien elle. Elle toujours si calme si douce. Comment pouvait-elle se muer en cette femme sauvage qui se molestait sans en prendre conscience ? Il demanda à un des spectateurs ce qui se passait. On lui expliqua que c’était une cérémonie pour libérer les filles du couvent vodou de Souropkui. Cela se fait à l’approche de chaque saison de pluie. Tognawo savait très bien que Essi une amie d'enfance avait rejoint un couvent animiste mais jamais il n’avait imaginé quelle force un vodou peut donner à une personne dont la timidité n’est qu’exagérée de sorte que cette personne se prête à ce presque macabre spectacle au marché. En même temps qu’il jugeait cette nouvelle Essi, il se sentait attiré par la fille du vodou. Elle ne le regardait pas. Elle ignorait même jusqu’à sa présence dans cette foule de curieux qui l’admirait tout en la regardant évoluer dans sa furie, Lui de son côté, se rendait compte de combien elle était belle. Le plus curieux est qu’il n’avait jamais fait attention à cette beauté qui s’était offerte corps et âme à une secte animiste. Donc elle sortait du couvent pour retrouver sa place dans sa famille !!! Tognawo l’admira encore un temps et continua mon chemin. Depuis, l’image de cette fille insensible face à la douleur s’était calquée dans sa tête et il n’arrivait plus à dormir sans faire un rêve où elle tenait toujours un rôle important. Une semaine où peut être deux s’étaient écoulées depuis la scène du marché. Comme à son habitude Tognawo se promenait. Alors qu’il passait devant chez le père d’Essi, il l’a vit. La maison du père d’Essi était une grande cour qui abritait dans un coin une pincée de trois chambres construite dans du matériel artisanal. Sans hésiter il marcha vers elle qui couchée sous le grand manguier – unique arbre de la maison – ne l’entendit pas venir. Elle était couchée sur une natte étalée à même le sol et elle dormait profondément. Il eut la hardiesse de s’asseoir près d’elle sans y être invité. Se penchant sur le corps endormi, il admira avec avidité le bel visage de cette jeune femme qui hantait ses nuits. Elle souriait dans son sommeil comme si elle était conscient qu’on l’a regardait et lui en était fasciné. Le bourdonnement monocorde d’un vieux moulin lointain lui parvenait faiblement et il le prenait comme une douce mélodie.
Soudain il se mit à écouter avec une attention songeuse l’étrange musique que fait les narines de la jeune femme.
Essi ronflait sourdement mais au lieu d’être exaspéré par ces sourds ronflements qui s’assimilaient à celui doux et lointain du moulin, Tognawo se pencha d’avantage sur la face angélique de la jeune-femme comme pour poser délicatement ses lèvres sur les siennes. Alors le ronflement cascadé s’amplifia un peu plus dans l’étroit conduit auditoire de son oreille. Tognawo voyait tout d’un bon œil. La vie était belle. Même le croassement continu d’une meute de vieux crapauds lui paraîtrait comme une douce chanson. Le corps allongé de la jeune femme roula d’un coté frôlant au passage de son épaule la joue du jeune-homme qui frémit sans pudeur. Deux longs bras frêles et poilus s’étirèrent paresseusement. La première des visions qu’eut Ewokpe en se réveillant fut celui d’un jeune homme assis droitement près d’elle mais la fixant. Une expression de froideur et de lassitude se peignit sur le visage de la jeune-femme. Ce qui éberlua le plus le jeune homme fut qu’elle ne fut pas surprise de l’insolite présence à ses cotés. Ewokpe referma les yeux sans lever la tête de son oreiller.